Face à la mort : « ReSpirE – Religion, Spiritualité, Ethique »

« Le sens du monde réside hors monde. »

« Je sais que le monde existe. Que je m’y trouve comme mon œil dans mon champ visuel. Qu’il y a quelque chose de problématique, ce que nous appelons son sens. Que ce sens ne réside pas en lui, mais en dehors de lui. Que la vie est le monde. » (Ludwig Wittgenstein)

Enjeux et questionnements

La question de la mort et de la vie après la mort est d’abord philosophique et, en l’occurrence devant le handicap mental profond, pédagogique, ensuite religieuse :

Dans nos relations, reconnaissons-nous une référence commune, un tiers commun autre que la loi (c’est-à-dire tout ce qui est institutionnel dans le sens large du terme) ? Et si oui, qui est-il ?

Avec la mort, la question de l’ultime, du premier et du dernier fait irruption.

« ReSpirE » : la spiritualité pose la question, la religion y répond concrètement (elle nomme l’ultime, rend visible l’invisible, accessible l’inaccessible) et l’éthique en tire les conséquences pratiques.

  • Quel est le sens de la vie ? Et de quoi découle-t-il ? Quel est le souci ultime et comment se concrétise-t-il ? Quel est le sens de la mort ?
  • Qui est au centre des funérailles ? Le défunt ou les survivants ? La mort ou la vie ?
  • Dans nos relations et devant les ruptures des relations, reconnaissons-nous une autre référence que toi et moi ? Y a-t-il un tiers dans nos histoires de vie ?
  • A qui attribuer le pouvoir absolu, le pouvoir sur la vie et sur la mort ?
  • Qui porte la responsabilité ultime ? Moi, toi, l’institution, l’État, la société, Dieu ?
  • Et qui porte la coulpe, la culpabilité objective ? Peut-il avoir pardon ?

Armin Kressmann 2011

L’État et le Royaume de Dieu

Est-ce que le Royaume de Dieu a, de près ou de loin, la forme d’un État ?

Pour réguler le vivre ensemble, l’État se donne des lois.

L’amour du prochain, comme commandement (évangile selon Matthieu, chapitre 22, versets 37ss), est la  « loi » du Royaume de Dieu. Cependant, dans le Royaume de Dieu, l’amour du prochain est une évidence ; l’utopie est devenue réalité. En tant que réalité vécue, le Royaume de Dieu n’a plus besoin de loi ; l’amour est incarné, par toutes et tous.

En conséquence, le Royaume de Dieu, si comparaison il fallait, correspondrait à ce que nous appelons la société civile. Celle-ci est régulée par la morale : je sais ce que j’ai à faire, je n’ai pas besoin d’une loi extérieure qui me le commande.

La différence entre la société civile et le Royaume ?

Une fois je sais, l’autre je fais.

Donc, le Royaume, pourquoi n’est-il pas réalité, ici et maintenant ?

« Le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais. » (Lettre de Paul aux Romains, chapitre 7, verset 19)

Justification du paternalisme (John Rawls) et l’éthique d’avocature (Micha Brumlik)

Le paternalisme est décrié ; pourtant nous nous remettons régulièrement à l’appréciation d’autrui quand nous sommes à la limite de notre capacité de juger une situation et ne savons plus quoi faire : « Docteur, dites-moi, qu’est-ce que vous feriez à ma place ? » Même le médecin comme patient n’est plus médecin, mais patient. Qu’est-ce qui justifie le paternalisme, l’impose même ?

John Rawls[1] dit :

« Le problème du paternalisme mérite … une discussion, puisqu’il a été mentionné dans l’argument en faveur de la liberté égale pour tous et qu’il concerne une liberté moindre …

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Suicide et directives anticipées

Après deux semaines à domicile pour se remettre de sa grève de la faim, Bernard Rappaz, le chanvrier condamné à 5 ans et 8 mois, est de retour en prison. La conseillère d’État valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten ne veut plus se laisser mettre sous pression :

« S’il devait recommencer sa grève de la faim et refuser toute réanimation, je respecterai sa volonté et le laisserait mourir. »

24h heures ; Lausanne 22-24 mai 2010, no. 11

Une telle position est-elle éthiquement tenable pour une représentante de l’État ?

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