« respirE – Éthique (théologique) »

Significations du handicap mental : 11.14.3 « respirE – Éthique (théologique) »

Une centaine d’articles de ce blog « ethikos.ch » traite d’éthique et de bioéthique, une partie plus spécifiquement d’éthique du handicap (mental), dont un certain nombre se recoupe avec la spiritualité.

L’assistance au suicide a été le sujet d’un travail de séminaire lors de ma formation en éthique médicale. Mais la problématique est aussi aiguë en milieux d’éducation, là où la capacité de discernement est donnée. En institution socio-éducative, faut-il entrer en matière quand il y a demande d’accompagnement d’assistance au suicide, d’une manière organisée ou non, qui, comment, quelles sont les limites de l’accompagnement, quelles sont les implications pour l’entourage, par rapport aux valeurs défendues par l’institution (l’établissement), la mission, etc. ?

Dans ce même cadre de formation j’ai travaillé la question de l’autonomie, premier des quatre piliers de la bioéthique (avec la bienfaisance, la justice et l’équité). Ce principe est aussi celui qui est le plus souvent avancé dans les milieux éducatifs, étant pour la majorité des éducateurs la finalité de leur engagement. Je l’ai en un premier temps articulé avec la bienfaisance, puis élargi le champ vers la « capabilité » et la vulnérabilité, ce qui est indispensable quand on est devant et avec des personnes aussi fragiles et fragilisées.

Théologiquement, mais peut-être aussi anthropologiquement, l’autonomie est un non-sens. Continue reading

11.12 L’accompagnement spirituel I – Saisir le bruit du silence ténu !

Significations du handicap mental : 11.12 L’accompagnement spirituel I – Saisir le bruit du silence ténu !

Saisir le bruit du silence ténu ! comme le prophète Elie (bible, premier livre des Rois, chapitre 19), c’est ce à quoi nous sommes invités quand la compréhension, la saisie, la lecture, l’interprétation d’une situation qui nous plonge dans la déprime nous laisse sans mots, quand la parole fait défaut, tout particulièrement dans les fracas des situations extrêmes.

A Wittgenstein et son

« Wovon man nicht sprechen kann, darüber muss man schweigen. » (Tractatus 7.)

je répondrais :

„Wo man nicht sprechen kann, da muss man hinstehen“, Continue reading

Assistance au suicide – Merci à Denis Müller pour ses propos clairs

Denis Müller sur son blog « Le temps de vivre », suite au débat avec J. Sobel d’Exit sur la TSR, Infra-Rouge du 7.12.10

« … Je maintiens qu’en Suisse, l’assistance au suicide, dans le code pénal (art. 115), est dépénalisée sous des conditions très strictes, mais en aucun cas légalisée/légitimée. Et que le texte ne dit heureusement nulle part que c’est un acte médical : « quiconque » aura, pour des motifs désintéressés, porté aide… ne sera pas puni… Mais la possibilité existe toujours d’une poursuite pénale, Voilà qui est sain et clair. On reste dans le pénal. Loin de l’idéologie de la bonne conscience. …

J’ai insisté sur le fait que nous devons toujours avoir « mauvaise conscience » – contre la bonne conscience dont trop souvent Exit fait preuve, banalisant ainsi la subjectivité …  Je maintiens que l’assistance au suicide est un acte non médical, à la différence de l’euthanasie si elle devait être dépénalisée. N’importe qui devrait – au fond de sa conscience ! – avoir le courage de donner le pentobarbital, s’il pense sérieusement agir par compassion désintéressée et par amour pour la personne qui le lui demande. Il est hypocrite d’y voir un geste médical ! L’important, c’est l’interdit du meurtre … »

Lire l’ensemble de son article « L’hypocrisie d’Exit et de l’auto-délivrance par médecin assistant » …

La seule attitude en l’occurrence « digne » est celle qu’Otfried Höffe appelle dans la NZZ du 27.2.2010 une « tragédie partagée »,

… et ce n’est que celui qui partage réellement la tragédie d’une vie qui peut à la limite revendiquer d’agir par passion, souffrance, com-passion.

Vivre dignement, c’est tromper la mort

Il y a une seule tromperie qui se justifie : tromper la mort.

Le contrat est clair : nous devons tous mourir.

La dignité humaine est donc vivre, malgré la mort. La mort, elle, n’a pas de dignité ; elle a seulement raison.

Se suicider est donner raison à la mort, c’est remplir le contrat, mais aussi perdre la dignité de la vie.

Vivre dignement, jusqu’au dernier souffle, c’est tromper la mort.

Cependant, tromper la mort, ce n’est pas s’acharner à la vie.

Mais tromper la mort sont ces petits mots, gestes et actes qui signifient la dignité de la vie en face à face avec la mort.

Le monde du handicap nous l’enseigne, tous les jours.

Ce qu’on appelle la résurrection ?

Ce n’est pas seulement tromper la mort, mais la vaincre pour toujours. C’est ce que Pâques, la crucifixion et la résurrection de Jésus de Nazareth, un homme comme toi et moi, signifie. Ce n’est pas humain, c’est divin. Y croire, une fois encore, c’est tromper la mort, au moins ça, peut-être plus.

Donc, l’assistance au suicide ?

C’est donner raison à la mort, c’est cosigner le contrat : tu dois mourir. C’est être complice de la mort, sauf … je consens … comme acte d’amour.

Assister quelqu’un, par amour, à se suicider, peut se faire seulement contre sa propre conviction, en disant :

« Non, je ne veux pas donner raison à la mort, je veux vivre avec toi, jusqu’au dernier souffle. Mais toi, tu m’es tellement cher que j’assume ce que tu veux, toi, pas moi. »

Assister quelqu’un, par amour, à se suicider, ne peut être assumé que par celui qui meurt, symboliquement, avec l’autre, celui ou celle qu’il aime. Ce n’est pas un devoir, cela ne fait pas partie du contrat, ce n’est pas humain, c’est divin.

Et devant Dieu, je me tais.

Armin Kressmann 2010

L’assistance au suicide

Assistance au suicide 1 : une situation

Assistance au suicide 2 : une situation – conflits et enjeux éthiques

Assistance au suicide 3 : une définition

Assistance au suicide 4 : le cadre légal

Assistance au suicide 5 : la situation dans les EMS du canton de Vaud

Assistance au suicide 6 : EXIT et les institutions sociales

Assistance au suicide et institutions sociales 7 : quelles valeurs mettre en avant ?

L’assistance au suicide 8 : l’utilitarisme

L’assistance au suicide 9 : l’éthique de la responsabilité

L’assistance au suicide 10 : l’objectivisme

L’assistance au suicide 11 : le communautarisme

L’assistance au suicide 12 : l’éthique des devoirs (déontologique)

L’assistance au suicide 13 : le procéduralisme (éthique du dialogue)

L’assistance au suicide 14 : résumé des positions des différentes grammaires éthiques