L’Église du fou, un miracle fou – Évangile selon Marc 5,1-20

ARCABAS, Le possédé de Gérasa, Saint Hugues de Chartreuse

Saint Hugues de Chartreuse

Dans le cadre de mes réflexions sur les miracles voici le résultat provisoire d’un travail exégétique sur la « Guérison d’un démoniaque dans la Décapole » (TOB, Traduction Œcuménique de la Bible), récit qui se trouve dans l’évangile selon Marc, au chapitre 5, versets 1 à 20 :

Dossier technique : éléments exégétiques de Marc 5,1-20

-          Jésus en pays étranger, païen, à la rencontre de la folie et de tout ce qui, – pour les « juifs », « le peuple », « l’Église de l’époque » -, est considéré comme menace et impureté :

  • Au-delà de la mer, donc du chaos (voir ce qui précède, l’apaisement de le tempête) et de l’abîme
  • L’étranger
  • Le paganisme
  • La maladie et la folie
  • La mort, le tombeau

Dans quelle mesure est-ce la réalité d’une société, Églises constituées incluses, qui met ses « fous » en institution, « hors peuple », hors société ?

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Theissen et les miracles

« … Krankheit ist ja nicht nur ein physisches und oekonomisches Problem, sondern ein soziales. Man denke an die Angst vor Isolierung, vor dem Aufgegebenwerden, vor dem Zur-Last-Fallen. Hier versicherten die Wundergeschichten auch noch dem aussichtslos Erkrankten, dass man ihn nicht aufgeben werde … »

Gerd Theissen ; Urchristliche Wundergeschichten ; Gerd Mohn, Gütersloh 1974, p. 249

« Origenes hat … die soziale Funktion des Wunderglaubens klar herausgestellt : Er dient der Durchsetzung und Legitimation siner neuen Lebensform. …

Wunderglaube wird von den unteren Schichten getragen.

Urchristliche Wundergeschichten sind kollektive symbolische Handlungen unterer Schichten, in denen traditionnell legitimierte Lebensformen verlassen werden.

(Der urchristliche Wunderglaube) drang in höhere Schichten und wurde gemeinsames Gut verschiedener soziokultureller Gruppen. » (p. 256)

« Ihr existentieller Sinn lässt sich so beschreiben : Urchristliche Wundergeschichten sind symbolische Handlungen, in denen durch Berufung auf eine Offenbarung des Heiligen die konkrete Negativität menschlichen Daseins überwunden wird. Sie überschreiten in ihrem Vollzug die Grenzen des menschlich Möglichen. Sie berufen sich für diese Grenzüberschreitung auf den « Heiligen Gottes », der die Dämonen austreibt, das Brot vermehrt, übers Wasser geht und Tote erweckt. Der historische Wundercharismatiker Jesus erscheint in symbolischer Steigerung als göttlicher Wundertäter. » (p. 295)

« Urchristliche Wundergeschichten zeugen von einer Offenbarung des Heiligen, von seiner Macht, das normale Weltgeschehen zu durchbrechen – von nichts anderem. » (p. 287)

Bloch et les miracles

« Es war nicht nur primitive Zaubersphäre, die im Neuen Testament durch Bauern und Fischer sich wieder ausgebreitet hat. Sondern auch gänzlich neue Bestimmungen, diese vor allem, regten das Mirakelhafte auf : Jesus als Messias, Jesus und das nahe herbeigekommene Himmelreich. Beides sind Grundwunder, welche die kleineren, die man von Jesus erwartete und die er selbst als seine « Zeichen » empfand, erst fundierten. An Stelle des älteren, immer noch mit der Zauberei verbundenen Wundersinns trat hier also ein neuer, ein eschatologischer : – Wunder sind die Anzeichen des kommenden Endes. »

Ernst Bloch ; Das Prinzip Hoffnung ; Suhrkamp, Frankfurt 1974, vol. 3, p. 1542

« Die Zeichen dieser Zeit vereinten so entfernt scheinende Vorgänge wie Lahmenheilung und Evangeliumpredigt an die Armen : letztere war ebenfalls als real-verwandelnd gemeint, als Ende der Mühe und Beladenheit in einem neuen Äon. So entschieden rangiert Jesus die konkrete Verwandlung über die bloss innerliche und unsichtbare, dass folgende erstaunliche Frage bei ihm möglich wird :

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Miracles – Définitions

Voici quelques définitions de ce qu’est « miracle » pour différents auteurs :

« … Something amazing, unusual phenomena, deeds of power, signs, inexistent, extraordinary visions in the natural cours » (P.-H. Menoud ; Die Bedeutung des Wunders nach dem Neuen Testament)

… a direct and extraordinary intervention of divine power in the world of human beings … extraordinaty incidents such as miraculous healings, special historical events or unusual occurences of natural forces. (K. Gatzweiler ; Der paulinische Wunderbegriff)

… every divine action can be called a miracle … the border between miarcle and non-miracle in ancient times is not determined/defined, human beeings decide on the defintion (O. Weinreich ; Antike Heilungswunder)

… impressive occasions understood by the faithful as signs of God’s salvfic action (Heilshandeln) (A. Weiser ; Was die Bibel Wunder nennt)

… a miracle is a marvelous occurrence taking place in human experience which could not have been exercised by human powers or by the power of any narural agency. It is an event that must be attributed to divine intervention. It is usually thought of as en act which demonstrates divine control over the laws of nature. (R.L. Hambin ; Miracles in the Book of Acts) »

Tous cités par Beate Kowalski ; Eschatological Signs and Their Function in the Revelation of John ; in : M. Labahn (éd.) ; Wonders Never Cease , T&T Clark, London 2006 ; p.200

Beate Kowalski elle-même donne à la fin de son article la définition suivante (p. 216) :

« At the end of our analysis we can define the meaning of eschatological signs in Revelation. They are signs, good or bad, coming from God or his opponents, that occur within a dramatic time or crisis of faith. They are revealed to the believers or their opponents and bring about the last events. They wont to give hope and courage to those who suffer in the crisis. One can recognize God’s action in them, reflect on his protection and care for the faithful Christians, but alos on his accusation and revenge towards the unbelievers. The characters reprensting the Roman Emperor Cult who produce signs are destroyed at the end, but the effect of God’s signs last. »

Gerd Theissen ; Urchristliche Wundergeschichten

Nouveau livre de la foi ; La foi commune des chrétiens (« C’est la première fois depuis la Réforme que des théologiens protestants et catholiques, dont le nom fait autorité, réunissent leurs efforts pour présenter solidairement l’ensemble de la foi chrétienne … »)

Religion in Geschichte und Gegenwart

Et la vision de deux philosophes :

Ernst Bloch

Ludwig Wittgenstein

Les actes de puissance – Miracles

Nouveau livre de la foi ; La foi commune des chrétiens ; Le Centurions, Paris 1976, p. 130s

« Jésus lui-même a lié sa prédication sur le règne de Dieu à l’accomplissement d’actes de puissance[1]. Il a avant tout guéri des malades et chassé des démons.  … Mail il ne voulait pas se faire passer par « thaumaturge », ni se laisser enfermer dans une telle image. … Bien plutôt, Jésus donne lui-même le sens précis de ses actes de puissance : ils sont le prolongement de sa prédication sous la forme d’une action qui dévoile la nature du règne de Dieu. … Le règne de Dieu … exprime … la libération de l’homme … Ce n’est pas seulement dans « l’au-delà » que surviendra ce règne de Dieu ; en outre il n’est pas non plus une réalité purement « spirituelle » ; c’est au contraire sous une forme toute corporelle qu’il cherche à prendre place en ce monde. Enfin, même en ce monde, le règne de Dieu n’est pas une « utopie », ou une réalité toujours lointaine qui ne surviendra jamais ; il est toujours déjà présent ici même, et à l’œuvre en celui qui adhère à Jésus. … Au cœur même de l’ancien monde, le règne de Dieu fonde un monde nouveau. … ouvre l’accès à la liberté.

C’est dans cette liberté qu’entrent ceux qui suivent Jésus. Par là ils deviennent le peuple de Dieu de la fin des temps. En effet, suivre Jésus veut dire : ne plus confier sa vie à quelque autre règne qu’au seul règne de Dieu, annoncé par Jésus comme moyen définitif de salut. …

Les miracles que, selon ses propres paroles, Jésus opère par la puissance de Dieu sont pour le croyant des signes indiscutables de ce qui doit se réaliser dans le peuple de Dieu ; en adhérant à Jésus, il trouve la réconciliation, la paix, le pardon, le salut, la liberté que Dieu réserve à ceux qui se soumettent à son règne. »


[1] … nous avons évité ici le terme courant de miracle qui évoque plus l’étonnement du spectateur que le pouvoir de celui qui accompli l’action. (note de l’éditeur)