Les institutions socio-éducatives et leurs chartes : entre libéralisme, communautarisme et procéduralisme (Institution de Lavigny, Eben-Hézer et de L’Espérance)

Qu’est-ce qui devrait figurer dans une charte éthique d’une institution socio-éducative ?

Comment l’établir ? Comment s’en approprier ?

Voici une mise en parallèle des mots clé de trois chartes d’institutions qui accueillent et accompagnent notamment des personnes mentalement handicapées :

Les chartes elle-mêmes peuvent être consultées sur les sites des trois institutions

Eben-Hézer

Institution de Lavigny

L’Espérance Continue reading

Établissement, institution et spiritualité

Sociologiquement un établissement socio-éducatif, scolaire ou hospitalier n’est pas une institution, mais une organisation qui fonctionne selon les règles de l’institution qu’est l’hospitalier, le scolaire, le socio-éducatif, l’Etat, l’économie ou l’argent.

Une institution est

« l’ensemble des normes qui s’appliquent dans un système social et qui définissent dans ce système ce qui est légitime et ce qui ne l’est pas. »1

Institution, à travers les normes qu’elle impose, donne de la stabilité. Au niveau des mots et des concepts qui se cachent derrière les mots, institution et stabilité sont de la même famille, comme table, étable, station, statut, exister, constituer ou assister. Ce qui est institution est posé, établi, donne de la sécurité et une durée dans le temps. C’est la force de l’institution ; elle protège, elle sécurise, elle définit, met des limites et cadre ainsi. Sans institution il n’y a pas de possibilité de vivre ensemble, sans institution il n’y a pas de communication, il n’y a rien de commun si ce n’est la nature dont on n’a pas conscience sans cette institution première qu’est le langage.

En conséquence, devant la menace du chaos que comportent la maladie, le dysfonctionnement social ou le handicap, les lieux tels que l’Institution de Lavigny (où je suis aumônier) donnent une nouvelle stabilité. Ils réconfortent, remettent de l’ordre, permettent vie et survie quand la vie, une vie, est déstabilisée.

Cependant, qui dit stabilité dit aussi danger de figement, car le sens de l’institution n’est pas dans l’institution. Une institution qui ne sait plus à quoi elle sert, qui n’est plus consciente de la mission qui transcende les règles, les normes et les procédures de l’institution, qui a perdu une finalité au-delà du bon fonctionnement de l’institution, devient totale, voire totalitaire (Erving Goffman). Elle règle tout, toute la vie de ceux et celles qui sont soumis à ses règles, sans savoir ni pourquoi, ni pour quoi, donc sans savoir d’où elle vient ni vers quoi elle tend, ses origines et sa destinée : elle a perdu son sens, ou son orientation, elle se vide et tourne sur elle-même.

Ainsi s’affrontent, idéalement comme complément et non pas opposition, institution et spiritualité. Le contraire d’institution, ou d’établissement, n’est pas la communauté, mais la spiritualité : institution, ou ici organisation, quel est l’esprit qui t’habite ? Que veux-tu réaliser ? Qu’est-ce qui t’est commun au-delà des normes, des règles et des procédures ? Si tu le sais, ce qui pourrait être lettre morte, l’institutionnel, s’animera, sera rempli de vie et fera du sens, et toi, institution dans le sens noble de ce terme, deviendras communauté, institution animée, vivante et sensée. C’est la spiritualité qui indique le sens, et non pas l’éthique, parce que celle-ci, de nouveau, est de l’ordre de l’institution, des règles et des normes. Ce qui est finalement visé est la dignité, celle de la personne, de toute personne impliquée dans l’organisation, et celle de l’établissement lui-même, la beauté du vivre et du travailler ensemble, la noblesse des règles, des normes et des procédures.

Quand je dis spiritualité, je ne dis pas tout de suite religion. La religion est encore autre chose, se concrétise quand on institutionnalise le spirituel, le met en forme, en règles, normes et procédures. Non, ce que je vise d’abord comme collègue parmi collègues et humain parmi humains, au sein de cette organisation qui s’appelle l’Institution de Lavigny, n’est pas une réponse, mais une question : quel est le sens de ce que nous faisons, sa finalité, le souci ultime ? Dans la quête commune, j’en suis convaincu, réside la réponse, au-delà de l’institution.

 Armin Kressmann 2013

1 Mendras, H., dans Petit, F. ; Introduction à la psychosociologie des organisations ; Privat, Toulouse 1988

Le bénévolat des résidents – Institution de Lavigny

La participation figure comme valeur dans la charte de l’Institution de Lavigny. Pour l’aumônerie, elle a deux fondements ; l’un est philosophique et séculier, l’autre religieux. Au niveau laïc, elle concrétise le principe d’autonomie, l’agir selon les règles qu’on se donne et s’impose soi-même. Au niveau religieux, elle rejoint ce que nous appelons le sacerdoce universel ; celui-ci « insiste sur l’égalité en dignité de tous les baptisés et leur mission commune dans le monde » (Encyclopédie du protestantisme). Ainsi, concrètement à la chapelle, toute personne participant au culte peut en principe être officiant et apporter le message. En conséquence, les résidents sont invités à prendre la parole au même titre que le pasteur et à remplir les mêmes fonctions que les officiants en paroisse. Cette conviction nous a amenés à reconnaître les résidents qui le souhaitent comme bénévoles. Le bénévolat des résidents est donc un signe de l’égalité fondamentale de tout être humain, quel qu’il soit. Si distinction dans l’engagement il y a, elle ne distingue pas entre les personnes, mais se pratique seulement pour servir les résidents dans leur capacité propre de participation.

L’autre volet de la participation et de cette liberté qu’elle véhicule est celui de la responsabilité. Qui s’engage entre dans une relation qui repose sur une réciprocité ; en découle juridiquement un contrat, explicite ou implicite. Respecter celui-ci est un défi pour les résidents. C’est ici que se distinguent les deux approches, philosophique et religieuse. Là où pour la première l’individu est renvoyé à lui-même et à sa propre responsabilité, ce qu’expriment les terme autonomie et autodétermination, il peut pour la seconde toujours compter sur un tiers, une instance ultime qui pardonne à qui se remet à lui quand il y a défaillance.

En résumé, le bénévolat valorisent les résidents, mais les engage et les responsabilise aussi. Il est donc profondément éducatif.

Armin Kressmann 2013

Du corps et de sa fragilité à la force de l’esprit – Guérir, pallier, éduquer

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En vue d’une formation sur la fin de vie et les deuils à l’Institution de Lavigny, j’ai revisité en une vingtaine de schémas l’articulation entre corps et esprit, notamment en soins palliatifs :

« Du corps et de sa fragilité à la force de l’esprit – Guérir, pallier, éduquer »

en reprenant et développant

Vulnérabilité et capabilité – Guérir, pallier, éduquer

Armin Kressmann 2012

Marc 10,13-31 ; notes exégétiques et homilétiques, premières réactions et questions : « Le paradoxe d’une vie menacée »

En préparation du recueillement à l’Hôpital de Lavigny du 2.10.12 et du culte à la chapelle de l’Institution de Lavigny du 7.10.12

v. 14 « leurs pareils (aux enfants) » : qui, aujourd’hui ?

 Jésus se fâche !

 « Ne les empêchez pas » – Ne les handicapez pas !

 cf. Lévitique 19,14 « N’insulte pas un sourd et ne mets pas d’obstacle devant un aveugle ; c’est ainsi que tu auras la crainte de ton Dieu »

v. 15 Accueillir le royaume « comme un enfant » : comment « comme » ? En tant qu’adulte, « comme si » ?

v. 16 Geste empathique (palliatif ; « agapaô ») par excellence … donc significatif pour les soins et l’aumônerie

Un geste qui « confirme » une parole, alors sacramentel (bénédiction).

v. 17 « vie éternelle » ?

Plénitude de (la) vie égale royaume de Dieu (v. 23.25) – « utopie et uchronie », non pas chronos éternel

Racine indo-européenne aiw-, force de vie, durée de vie Continue reading