« Ich und Du, und was dazwischen ist » – Moi et toi, je et tu, et ce qui est entre nous (avec Martin Buber)

« Das Zwischen », l’entre : structure fondamentale de l’éthique et de la communication (notamment, mais pas exclusivement, avec des personnes mentalement handicapées)

Autrui en tant que tel m’échappe toujours. Il se montre seulement dans la rencontre. Ce qui apparaît de l’autre dans celle-ci m’est accessible, et non pas lui-même. La structure fondamentale pour apprivoiser autrui est donc ce qui se passe entre lui et moi, dans la „Zwischenmenschlichkeit“ d’un Martin Buber, entre „Ich und Du“, „moi et toi“. Je ne peux découvrir autrui qu’en situation, dans l’entre-nous.

„Buber unterscheidet zwei grundsätzliche Weisen der Teilnahme : die Begegnung, ausgesagt im Grundwort Ich-Du, die Erfahrung ausgedrückt im Grundwort Ich-Es. In der Begegnung als der Ich-Du-Relation walten Unmittelbarkeit und Gegenwart … Das Zwischen stellt eine ‚Urkategorie der menschlichen Wirklichket’ dar, die sowohl Ich und Du wie ihre Relation transzendiert und die Authentizität der Begenung, des Du-Sagens und Ich-Werdens gewährleistet. Für das Du der Begegnung gilt, dass es in seiner Ausschliesslichkeit, Anderhait und Ganzheit zum Vorschein kommen und gegenwärtig werden darf, während das Ich als Person, d.h. an der Wirklichkeit teilnehmende Subjektivität, erscheint.“ (Theologische Realenzyklopädie, Bd. 7 ; de Gruyter, Berlin 1981, p.255)

Martin Buber distingue ce qui se passe dans la rencontre entre „Moi – Je“ et „Toi – Tu“, et qu’il appelle la „Zwischenmenschlichkeit“, „l’entre-humanité“ ou „ l’entre-humanitude“ même, distincte de ce qu’il appelle „le social“ (Das Soziale und das Zwischenmenschliche ; in : Das dialogische Prinzip ; Gütersloher Verlagshaus, Gütersloh 2006, p. 271ss). Dans le social, l’individu est porté par le collectif, par ce qui dépasse et englobe et l’un et l’autre dans la rencontre, „das Draussen“, ce qui est dehors. Dans la „Zwischenmenschlichkeit“ il s’agit de la vie entre personne et personne – „das Leben zwischen Person und Person“, „das Drinnen“, ce qui est dedans -, de ce qui se passe dans la rencontre spécifique d’une personne avec une autre personne.

„Ich meine … mit der Sphäre des Zwischenmenschlichen … aktuale Ereignisse zwischen Menschen, sei es voll gegenseitige, sei es solche, die sich unmittelbar zu gegenseitigen zu steigern oder zu ergänzen geeignet sind ; denn die Partzipation beider Partner ist prinzipiell unerlässlich. Die Sphäre des Zwischemenschlichen ist die des Einander-gegenüber ; ihre Entfaltung nennen wir das Dialogische.

… Wenn etwa zwei Menschen ein Gespräch miteinander führen, so gehört zwar eminent dazu, was in des einen und des anderen Seele vorgeht, was, wenn er zuhört, und was, wenn er selber zu sprechen sich anschickt. Dennoch ist dies nur die heimliche Begleitung zu dem Gespräch selber, einem sinngeladenen phonetischen Ereignis, dessen Sinn weder in einem der beiden Partner noch in beiden zusammen sich findet, sondern nur in diesem ihrem leibhaften Zusammenspiel, diesem ihrem Zwischen.“ (p. 275s)

Cet entre, „das Zwischen“, est la dimension spirituelle de la rencontre.

„Buber (hat) die geschehende Begegnung als das Verhältnis der Teilnahme am Sein den Geist genannt. Der Geist ist ursprünglich Ereignis. Nämlich das Ereignis der ‚Teilnahme des Menschen an dem Sein der Welt’. Die ‚eigentliche Tatsache des Geistes’ ist das ‚Zwischen’. … Diese Tatsache an dem sich ereignenden Zwischen als Geist zeigt sich aber bei Buber, dort, wo sie sich konkretisiert, als Sprache. Das mich sein lassende Ereignis der Beziehung ist Geist. Der Urakt des Geistes aber ist die Sprache.“ (Bernhard Casper ; Das dialogische Denken ; Franz Rosenzweig, Ferdinand Ebner und Martin Buber ; Karl Aber, Freiburg 2002, p. 275)

L’espace, „das Zwischen“, l’entre, ce qui se passe entre nous, est donc le lieu du devenir sujet et de l’un et de l’autre, en tant qu’un et autre.

Aussi, il n’y a pas de limite, de frontière, qui ne soit pas espace. Communiquer avec autrui dépend donc de l’implication de l’un et de l’autre dans l’espace qui est entre eux. L’espace intermédiaire, „das Zwischen“, est le lieu du vivre ensemble et du devenir, devenir de l’un et devenir de l’autre autant que du devenir ensemble. L’espace intermédiaire est l’espace de tous les enjeux, l’espace de jeu où et l’un et l’autre se met en jeu.

Jeu veut dire règles du jeu et jeu lui-même, le jeu qui, en principe, se déroule selon les règles du jeu à l’intérieur de l’espace de jeu, mais qui ne se confond pas avec ses règles. Le jeu est de l’ordre spirituel ; le jeu est esprit, pas seulement esprit du jeu, mais esprit lui-même.

“Der Mensch wird am Du zum Ich. Gegenüber kommt und entschwindet, Beziehungsereignisse verdichten sich und zerstieben, und im Wechsel klärt sich, von Mal zu Mal wachsend, das Bewußtsein des gleichbleibenden Partners, das Ichbewußtsein. (…) Das Ich [steht] sich selbst, dem abgelösten, einen Augenblick gegenüber, um alsbald von sich Besitz zu ergreifen und fortan in seiner Bewußtheit in die Beziehungen zu treten. (…) Geist in seiner menschlichen Kundgebung ist Antwort des Menschen an sein Du. (…) Geist ist Wort. (…) In Wahrheit nämlich steckt die Sprache nicht im Menschen, sondern der Mensch steht in der Sprache und redet aus ihr, – so alles Wort, so aller Geist. Geist ist nicht im Ich, sondern zwischen Ich und Du. (…) Der Mensch lebt im Geist, wenn er seinem Du zu antworten vermag. Er vermag es, wenn er in die Beziehung mit seinem ganzen Wesen eintritt. Vermöge seiner Beziehungskraft allein vermag der Mensch im Geist zu leben. (…)(Martin Buber ; Ich und Du ; Das dialogische Prinzip ; Gütersloher Verlagshaus, Gütersloh 2006, p. 32ss passim)

Jeu est esprit, esprit est parole, esprit „Zusammenspiel“, „Sprachspiel“ dirait Wittgenstein : la structure fondamentale de ce qui se passe entre toi et moi, la structure fondamentale de la rencontre est le jeu, avec son espace et avec ses règles et ses rôles, donc institution, – lieu de communication, langage verbal ou non-verbal. L’institution est le lieu de la communication, mais ne se confond pas avec la communication elle-même. Le jeu est la communication, l’esprit. Il faut jouer, l’un et l’autre, pour se comprendre. La finalité est le jeu et se trouve dans le jeu lui-même.

„Geist in seiner menschlichen Kundgebung ist Antwort des Menschen an sein Du. Der Mensch redet in vielen Zungen, Zungen der Sprache, der Kunst, der Handlung, aber der Geist ist einer, Antwort an das aus dem Geheimnis erscheinende, aus dem Geheimnis ansprechende Du. Geist ist Wort.

… in Wahrheit nämlich steckt die Sprache nicht im Menschen, sondern der Mensch steht in der Sprache und redet aus ihr, – so alles Wort, so aller Geist. Geist ist nicht im Ich, sondern zwischen Ich und Du. “ (p. 41)

En situation de handicap le jeu se bloque, et les joueurs ne peuvent plus jouer le même jeu ensemble. „Guérison“ est dépassement ou levée du handicap qui bloque le jeu, ce qui est souvent seulement possible si les joueurs trouvent ensemble un autre jeu, de nouvelles règles de jeu, un autre langage commun qui leur permet, aux uns et aux autres, de réinstaurer le jeu et de le maintenir en jeu. En conséquence intégration veut ici dire s’intégrer, et les uns et les autres, dans un nouveau jeu commun. Et, parce qu’il s’agit essentiellement de langage, c’est à celui qui est capable d’apprendre le langage de l’autre de le faire d’abord, et non pas à celui qui n’en est pas capable, „la personne en situation de handicap“. Finalement, vraie intégration serait souvent le contraire de ce qui se pratique généralement : intégration de celui qui est socialement intégré dans le jeu de celui qui ne l’est pas, donc d’abord désintégration du jeu de celui qui sait jouer son jeu (ou celui de la société, jeu qui est d’habitude le jeu du plus fort) en vue d’une réintégration commune en quelque chose de nouveau, une institution nouvelle et pas encore connue. Une telle approche ferait des institutions sociales des vraies „organisations qui changent“, image dont elles se vantent suite à ce qui se fait dans l’industrie.

Théologiquement ce qui nous précède est la Parole (évangile selon Jean, prologue), ou le Verbe – „das Wort“, parole créatrice (Genèse 1) et vivante, se mettant en jeu dans la rencontre, ce Dieu qui est et se veut amour (1 Jean 4,8) et qui se découvre seulement dans la rencontre (Exode 3,14), donc dans le jeu qui se veut amour, le corps à corps entre personnes respectant les règles du jeu (de l’amour). C’est un jeu de coopération, donc un jeu dont les règles évoluent et dont le jeu, l’Évangile, entre joueurs prime sur le respect littéral des règles du jeu, la Loi. Ce qui compte est l’esprit du jeu, „das Zwischen“, qui est Esprit ; c’est lui qui me permet de devenir et d’être moi, face et avec toi, un autre moi.

Laisser ou mettre un autre en situation de handicap est mettre Dieu en situation de handicap ; en théologie chrétienne c’est la croix, „stigmatisation“.

Armin Kressmann 2010

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