« REspire – Religion »

Significations du handicap mental : 11.14.1 « REspire – Religion »

Dans une série d’articles, dont « Spiritualité et religion, comment les distinguer » qui peut servir de portail, je tâche de tenir compte de ce changement paradigmatique qui fait que la spiritualité n’est plus subsumée sous le religieux, mais le religieux, dans ses différentes formes particulières (religions, confessions, communautés, tendances, etc.), sous le spirituel. Je dirais aujourd’hui, que le religieux est premièrement spiritualité institutionnalisée, – c’est-à-dire rendue sensible et intelligible -, et deuxièmement, sa spécificité particulière, explicitation de l’ultime, donc réponse concrète à la question de Dieu[1]. Par ce passage, le religieux change lui-même, et peut prendre des formes toutes autres qu’ecclésiales, parfois régissant notre vie comme autrefois l’Église, dans sa forme globalisée du marché libre par exemple, où le gain, donc l’argent, – et je ne polémique pas -, est devenu finalité et a pris la place de l’absolu.

 Armin Kressmann 2011 


[1] Je rappelle ma position par rapport à l’accompagnement spirituel en milieu éducatif : en tant qu’éducateur il ne s’agit pas de faire avec Dieu, mais avec la question de Dieu, donc d’accompagner le résident dans ses questionnements et dans la mise en place de réponses concrètes.

11.14 « ReSpirE – Religion, Spiritualité, Éthique »

Significations du handicap mental : 11.14 « ReSpirE – Religion, Spiritualité, Éthique »

Ainsi arrivé à une certaine conclusion provisoire, – le handicap (mental) lourd étant donneur de sens (théologiquement christologique : l’ultime se met au niveau du plus misérable, « en situation de croix », et, par ce renoncement l’élève au même rang, davantage même, au rang de ce qui signifie réellement l’ultime, « en situation de résurrection ») -, j’évoque quelques éléments qui m’ont servi d’arrière-fond pour mes réflexions (pas dans le sens de point de départ ou de fondement, mais de contexte pour rejoindre la pensée normative ; mon positionnement mental ou mon angle de vue était et est le phénomène handicap, et j’ai tenté de questionner et de penser le reste, l’arrière-fond ou le contexte, à partir de ce fait[1]). J’ai appelé ces éléments classiques, ce qui m’a été reproché. Pourquoi classique ?

Les éléments utilisés sont formellement classiques dans le sens de traditionnel, « qui correspond à une tendance reçue »[2], en l’occurrence libérale[3], mais ils le sont aussi au niveau fondamental :

A part quelques exceptions, notamment Martha Nussbaum[4], à la suite d’Amartya Sen, même les auteurs dits « modernes » (et « libéraux ») consultés, de Kant jusqu’à Rawls, n’ont pas réussi à généraliser leurs théories au point d’y inclure la personne mentalement (gravement) handicapée. La raison, donc classique, les en empêche. Celui qui n’a pas de raison classique, tombe de toute théorie de la justice classique : « amentes sunt »[5].

« (The) disappointing – and embarrassing – result from the liberal point of view becomes even more poignant when we see that ultimately it is the liberal justification of public morality itself that is responsible for the failure to include disabled people on the basis of equality. »[6]

Les interpellations que j’adresse par mes réflexions et par ce site Internet “ethikos.ch” à l’ensemble des instances institutionnelles, – de l’État et des Églises, jusqu’aux établissements finalement appelés à répondre au phénomène handicap mental quand la art, Éthique, religionsociété civile avec ses mouvements, ses associations et ses communautés n’y arrive plus -, se laissent résumer par l’acronyme « ReSpirE ». Il s’agit de respiration, métaphore la plus élémentaire de la définition de ce qui est spiritualité. Mais celle-ci, en l’occurrence, a elle-même besoin de supports et de formes concrètes que je vois en trois domaines : l’art, l’éthique et la religion.

Armin Kressmann 2011


[1] Est-ce qu’un argument avancé, un concept, une théorie donnée tient devant la  réalité du handicap (mental ; lourd) ?

[2] Dictionnaire culturel en langue française ; Le Robert, Paris 2005, vol. 3, p. 1592, définition I B 1, 3

[3] Dont se revendique la majorité des institutions socio-éducatives et socio-médicales, et même celles qui ne le font pas sont constamment acculées par l’Éat dit « libéral » de le faire.

[4] Nussbaum, Martha ; Frontiers of Justice ; Disability, Nationality, Species Membership ; Harvard University Press, Cambridge 2007

[5] Qui deviennent en conséquence emblématiques pour tout ce qui est « non-classique ou post-classique ».

[6] Hans S. Reinders ; The future of the disabled in liberal society ; Notre Dame Press, Notre Dame 2000, p. 15

La spécificité de l’éthique chrétienne – Propositions

  • L’ultime est transcendant.
  • L’ultime est une personne ; nous l’appelons Dieu.
  • Il se rend visible dans la vulnérabilité humaine ; nous l’appelons croix ; il porte un nom : Jésus Christ.
  • Sinon il est caché.
  • Le vide des deuils et des « pourquoi » de l’existence humaine est matrice de naissance et de connaissance ; nous l’appelons résurrection.
  • Ainsi, quand l’ultime se manifeste, il y a guérison ; guérison avec ou sans guérison ; nous l’appelons miracle, et ce qui s’y révèle Royaume de Dieu
  • Celui-ci est la finalité de l’existence humaine ; mais il reste caché ; parce qu’il n’y a pas seulement guérison avec guérison, mais aussi guérison sans guérison.
  • Le souci ultime est la dignité de l’autre ; nous appelons celle-ci sa sainteté.
  • Toute éthique doit la servir, dans sa posture (éthiques de vertus et de responsabilité), dans ses principes (éthiques déontologiques et objectives ou de valeurs), dans ses méthodologies (éthiques procédurales) et dans ses finalités (éthiques utilitaristes).
  • Nous appelons toute volonté qui œuvre dans ce sens inspirée, guidée par l’Esprit, présence cachée de l’ultime.
  • Elle reconnaît ses limites, parce qu’elle sait que l’ultime est transcendant.
  • La loi révèle et manifeste ces limites.
  • Le savoir que l’ultime est transcendant et le souci de l’autre qui en découle, nous les appelons foi : fides quae (quoi ?) et fides qua creditur (comment ?).
  • Cette dernière est ce qu’on peut appeler une « éthique chrétienne ».

Armin Kressmann 2012

11.7 Quand le corps est esprit II – Handicap, structure, religion

Significations du handicap mental : 11.7 Quand le corps est esprit II – Handicap, structure, religion

Le corps est l’esprit et l’esprit le corps. Nous pouvons par une autre approche que l’inversion de la pyramide de Maslow arriver au même résultat. Dans sa particularité le polyhandicap nous confirme dans notre constat. Continue reading

Comment définir le professionnalisme de l’accompagnement spirituel dans une perspective chrétienne ?

  • Au centre des préoccupations est la personne.
  • La personne au centre, l’ultime doit aussi être une personne.
  • Une personne, c’est un nom, voire un prénom.
  • Le nom de l’ultime en tant que personne est Dieu. Continue reading