Réflexion sur un rite de bénédiction des couples homosexuels : le débat sur l’homosexualité n’est pas un débat sur l’homosexualité

Je me suis déjà prononcé sur le sens d’un rite de bénédiction des couples homosexuels. De quel droit refuserions-nous de bénir une union, une alliance d’amour mutuel, libre, conscient, consentant et symétrique quelle qu’elle soit ? Et quel serait un argumentaire encore valable pour maintenir comme seul modèle de famille celui que nous appelons « traditionnel », tout en sachant, selon la bible, que Jésus lui-même était un enfant adopté qui a grandi dans un modèle de famille que nous appellerions aujourd’hui peut-être « recomposé » ? Ainsi, l’enjeu d’un rite de bénédiction pour couples homosexuels dépasse largement la question de l’homosexualité ; il s’agit de toute discrimination se fondant sur une dogmatique qui sacrifie l’être humain au nom d’une quelconque vérité. La vérité, pour l’évangile, est une personne ; la vérité est toujours personne, notamment la personne discriminée, celui ou celle qui est « autre », homosexuel, tzigane, étranger, fou, handicapé, pauvre, faible, exclu, tous ceux et celles, c’est intéressant à relever, pour lesquels notre société a de toute façon de la peine à reconnaître une union d’amour et à les marier. Contre cette forme de discrimination il s’agit de défendre et de préserver l’amour inclusif et, en conséquence, la justice sociale. Le libéralisme moral peut être profondément conservateur, et c’est ainsi que ce qui semble s’opposer est complémentaire. Le fond, je l’appelle évangile, la forme christianisme social.

Venons donc au rite spécifique de bénédiction des couples homosexuels. Continue reading

Du péché, avec Luc 15,1-7 ; notes exégétiques et homilétiques

Le péché est ne pas reconnaître la présence de Dieu en l’autre et en soi-même. Et si perception il y a, ce n’est pas en tirer les conséquences.

Autrement dit, le péché est ne pas reconnaître la sainteté ou, dans un langage moderne, la dignité de l’être, de tout être vivant, notamment la dignité humaine.

Le péche est se reduire et réduire autrui à un objet qu’on peut entièrement instrumentaliser.

Le péché est ne pas reconnaître en toute vie une finalité en soi.

Le péché est ne pas reconnaître une transcendance, en soi et en autrui, c’est se définir et définir autrui, entièrement, finir avec soi-même et avec l’autre, ne pas ou ne plus compter sur un au-delà de ce qui est fini, défini, classé, catalogué, compris, saisi et maîtrisé.

Le péché est se confondre ou confondre autrui avec l’image qu’on a de soi ou de l’autre, ne pas ou ne plus compter sur un au-delà de ce qu’on voit et de ce qui se manifeste.

Le péché est de mettre à la place de l’autre une image de l’autre.
Le péché est se mettre à la place de l’autre, au point que l’autre n’a plus de place.

« Le contraire du péché n’est nullement la vertu, … c’est la foi. » (Kierkegaard)

Le péché est de ne pas croire en soi-même et en l’autre, ne pas se tourner, donc se convertir vers d’autres possibilités que ce qui apparaît, se manifeste dans les limites humains données, celles-ci considérées comme définitives et insurmontables.

Le péché est prendre le handicap comme donnée inéluctable et définitive.

Pécheurs … « fauteurs, ‘amartoloï’ … correspond à l’hébreu ‘hataïms’, d’une racine dont le sens premier est ‘raté’. Le pécheur ‘rate’ sa vie comme une flèche rate son but. La faute qui deviendra en latin ecclésiastique le péché consiste à rater la finalité assignée à l’homme par la tora. » (Chouraqui)

Le péché est ne rien vouloir changer, ne pas compter ni sur soi ni sur l’autre ; ne pas reconnaître l’altérité, ni soi-même comme autre, ni l’autre comme un soi-même.

C’est finalement être perdu, se perdre et perdre autrui.

Mais Dieu cherche ce qui est perdu ; au risque de se perdre lui-même, dans le non-sens de la mort sur la croix.

Cependant, le tombeau vide, ce que nous appelons résurrection, est la matrice d’une vie nouvelle, d’une vie dans laquelle Dieu nous précède et nous attend. Ainsi la vie, – pour Dieu, l’Autre par excellence, pour le croyant, en Dieu et en l’autre, et en soi-même comme autre -, toute vie a du sens et déborde de sens.

« Mind map » de la prédication sur Luc 15,1-7 5ème dimanche de la Passion 17.3.13 à la chapelle de l’Institution de Lavigny

Armin Kressmann 2013

Jean 9,1-3 ; notes exégétiques et homilétiques : Le handicap, la faute à qui ? « C’est pour que le oeuvres de Dieu se manifestent en lui », en qui, par qui ?

(avec la Traduction oecuménique de la bible, TOB 1988 ; Kathy Black, Evangile et handicap, Une prédication pour restaurer la vie, Labor et Fides, Genève 1999 ; Walter Bauer, Wörterbuch zum Neuen Testament, de Gruyter, Berlin 1988)

« En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui posèrent cette question : ‘Rabbi, qui a péché pour qu’il soit né aveugle, lui ou ses parents ?’ Jésus répondit :’ Ni lui ni ses parents. Mais c’est pour que les oeuvres de Dieu se manifestent en lui ! »

La TOB commente : « Jésus écarte les théories courantes sans se soucier d’en proposer une nouvelle. Il constate le fait de l’infirmité et agit en vue d’assurer à cet homme sa pleine intégrité physique ; il accomplit par là un signe qui manifestera aux hommes son origine divine et les invitera à recevoir la véritable lumière. Le passage de l’aveuglement à la vue symbolise celui de l’incrédulité et de la mort à la foi et à la vie. Dans ce sens, l’aveugle (qui est le seule aveugle de naissance du N.T.) pourra être considéré comme le prototype de ceux qui accèdent à la foi. »

Nous devons tout de suite relever que l’aveugle ne demande rien ; il est d’une passivité étonnante. Ce n’est qu’après « miracle », – imposé, offert ? -, où il se manifeste :

 « L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, m’en a frotté les yeux et m’a dit :’Va à Siloé et lave-toi’. Alors moi, j’y suis allé, je me suis lavé et j’ai retrouvé la vue. » » (v. 11)

Si conversion il y a, « accès à la foi », elle n’est pas condition de guérison; l’homme ne fait pas le moindre pas. La foi est grâce1 ; sauf si on considère le passage de l’homme, – déjà guéri ou pas encore ? -, à Siloé, – « ce qui signifie Envoyé » (v. 7) -, comme « oeuvre » en vue de guérison. Devenu « envoyé », l’homme guérit.

Kathy Black dit : « Une autre question qui surgit est le fait que ce texte contredit la théologie qui voudrait faire de la foi une condition préaliable à la guérison. Mais dans notre cas, on voit bien que l’homme n’était pas encore croyant au moment de sa guérison. Sa foi s’est développée à partir du moment où il a dû rendre compte de son expérience à ses adversaires. Oserions-nous nous mettre à apporter la guérison à ceux qui ne font montre d’aucune foi ? Comment évoluerait l’Église si nous cessions d’exiger des confessions de foi avant de nous engager activement pour le salut de notre monde ? » (p. 68)

Je vais encore plus loin : l’homme a-t-il besoin de guérison physique pour confesser sa foi ? Continue reading

Luc 5,1-11 ; notes exégétiques et homilétiques : Le regard qui appelle, le regard qui guérit

(avec la Traduction œcuménique de la Bible (TOB) ; André Chouraqui ; Loucas, Evangile selon Luc ; JClattès, 1993 ; François Bovon ; L’évangile selon saint Luc ; Commentaire du Nouveau Testament IIIa, Labor et Fides, Genève 1991)

La vocation des premiers disciples[1]

Comment prendre le large, traverser l’eau sans couler, sans s’enfoncer ?

  • En prenant la barque
  • En suivant le Christ, sur sa parole

Le filet, dans le premier testament (AT), évoque le châtiment. Ici, la prédication de l’Évangile rassemble les humains en vue du jugement dernier et de l’entrée dans le royaume de Dieu : Matthieu 13,47-52

Si le filet était notre conscience ? La morale ou la loi, comme expressions d’une conscience collective ?

Au bord du lac, au bord de la menace du chaos (« la mer », chez Marc et Matthieu), en Jésus Christ, Dieu nous adresse sa parole, la « Parole de Dieu » : Continue reading

Eglise évangélique réformée (EERV) – Rite de bénédiction des couples homosexuels

J’aime mon Eglise non parce qu’elle aime la modernité, mais parce qu’elle aime tout être humain, quel qu’il soit, quoi qu’il fasse, quoi qu’il croit, non pas parce qu’il fait ce qu’il fait, parce qu’il croit ce qu’il croit, mais parce qu’il est ce qu’il est : un être aimé de Dieu. J’aime mon Eglise parce qu’elle n’aime pas seulement les croyants et les bons chrétiens, mais aussi ceux et celles qui ne se reconnaissent pas en ce qu’elle croit. Elle va plus loin : elle reconnaît que les autres pourraient avoir raison ; cela fait partie de sa foi, c’est sa force et sa faiblesse. L’amour, ou la miséricorde, la sympathie, la compassion, – l’empathie dirait la modernité -, est la clé, chrétienne, protestante, réformée, pour lire le reste, la bible dans son ensemble, et la vie dans son ensemble. Le double commandement de l’amour, – tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force … et tu aimeras ton prochain comme toi-même (Marc 12,29-31) -, régit le reste, la bible toute entière, le premier et le deuxième testament. C’est biblique, profondément biblique, et c’est évangélique, profondément évangélique, et par là c’est chrétien, profondément chrétien. Cela nous enracine dans l’histoire judéo-chrétienne, les Lumières et la modernité incluses. Cela s’appelle, dans la modernité, la dignité humaine ; celle-ci est biblique, celle-ci est évangélique. Elle est intouchable, elle est inaliénable. Celui qui y touche, ne peut pas l’abîmer, quand on la viole, elle n’est pas violée, atteinte ou souillée. C’est la raison profonde de l’égalité des humains, c’est ce que nous exprimons quand nous disons que l’être humain est créé à l’image de Dieu et à sa ressemblance, créé « homme et femme ». C’est ce qui interdit fondamentalement la peine de mort et toute discrimination, souvent mortifère.

Ainsi nous arrivons au débat autour d’un rite pour couples homosexuels. Continue reading