11.3 Humain capable, humain vulnérable

Significations du handicap mental : 11.3 Humain capable, humain vulnérable

Qu’est-ce qui fait l’homme ?

Capable, « presque un dieu » (Psaume 8,6), vulnérable, « qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui, l’être humain pour que tu t’en soucies ? » (Psaume 8,5) ?

Ce double trait qui caractérise l’être humain, ses capacités et sa vulnérabilité, traverse l’ensemble de l’accompagnement et de la « prise en charge » des personnes fragiles, les soins, l’éducation, la formation et les thérapies, si ce n’est pas le vivre ensemble tout court. Le rapport à autrui est toujours un donner et un recevoir, le rapport à soi-même un s’investir et un lâcher prise. Action et passivité, agir et subir caractérisent les liens que nous avons avec nous-mêmes, avec notre environnement et notre entourage. Et les institutions, dans le sens large du terme, sont là pour  organiser le tout, lui donner l’espace nécessaire pour qu’il puisse s’exprimer librement et répondre aux besoins des uns et des autres.

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11.2 « cif-ler » : la Classification Internationale du Fonctionnement, de la santé et du handicap

Significations du handicap mental : 11.2 « cif-ler » : la Classification Internationale du Fonctionnement, de la santé et du handicap

Le besoin de classifier, de distinguer entre le normal et l’anormal, émerge, à la fin du 19ème et le début du 20ème siècle, du côté médical, pour des raisons de santé publique, les différentes causes de mortalité, du côté pédagogique, pour connaître les enfants « scolarisables ».

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« Personnes mentalement handicapées »

Nous n’avons pas, nous n’avons plus de mot pour nommer les personnes mentalement handicapées. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose.

Elles font partie des personnes handicapées, c’est une évidence, des personnes qui par une propriété donnée, une déficience ou une incapacité peuvent se retrouver, pour ne pas dire sont amenées, en situations de handicap, selon la nouvelle terminologie (CIF). Mais nous n’avons pas de catégorie propre pour parler de ceux et celles qui n’ont qu’un (!) déficit intellectuel.

Pour la plupart des « handicaps » il y a un terme spécifique : aveugle, sourd, paraplégique, etc. Il n’y en a pas pour les personnes mentalement handicapées.

Autrefois, on disait « idiots » ; mais ce terme, à part d’être tellement connoté négativement, au fond, ne veut rien dire.  La racine id- de l’indo-européen wi- ne dit rien d’autre que « particulier », en grec idios ; les idiotês sont des gens particuliers, simples.

N’existe-t-il pas de catégories pour ces personnes parce qu’elles-mêmes, dans nos représentations n’existent pas ? « Amentes sunt« , ce sont des a-mentaux – n’en parlons pas, pas besoin d’en parler ?

Si intégration de ces personnes, donc présence et implication dans nos différents lieux de vie, de travail et de loisirs, il y avait, l’absence d’un terme serait un bon signe. Avec l’exclusion et l’enfermement par contre elles sont évacuées de nos pensées et de nos esprits. C’est nous qui nous faisons a-mentaux, parce que, probablement, leur présence nous confronte trop à nous-mêmes. Cette attitude s’appelle aussi antisémitisme ou racisme.

Armin Kressmann 2010

Cette humanité qui nous précède …

Il y a des raisons philosophiques et théologiques pour défendre l’humanité de tout humain, voire la personnalité de tout humain[1] (Spaemann ; Zzizek). Elles sont notamment liées à la question du fondement. Si humanité et personnalité de tout humain ne sont pas données a priori, il faut les justifier. Toute justification a besoin de critères. Ceux-ci sont soumis à discussion, varient dans le temps, selon les écoles de pensée et d’un contexte à l’autre, sont exposés à des pressions de pouvoir, peuvent être instrumentalisés et manipulés. La contestation de l’humanité et de la personnalité d’un humain fragilise toute humanité et ouvre la porte à l’ambiguïté et à l’abus. En fin de compte mon humanité est mise en question.

Je pars de l’axiome que l’humanité est donnée, qu’elle ne se justifie pas, mais qu’elle est appelée à s’épanouir vers une plénitude individuelle et personnelle dans un contexte donné favorable qui la promeut et la soutient. Je parle de potentialité et de « capabilité », et non pas de déficit. Théologiquement je parle de foi et de justification par grâce. L’humanité ne se prouve pas mais s’affirme et se confirme. Elle s’atteste ; elle est attestée par l’affection et l’amour d’abord, – comme la personnalité avant la naissance même, ce qui pose quelques dilemmes éthiques bien connus -, par la loi et l’institution ensuite, par l’acte humaniste et humanitaire, au-delà de la loi et du devoir, la solidarité morale enfin.

En conséquence, le phénomène du handicap n’est pas d’abord un problème personnel du « handicapé », mais une phénomène social et moral global. Il s’agit d’appartenance, d’appartenance à un corps, corps social, culturel ou spirituel (religieux). Si d’autres justifications il n’y avait pas, il y aurait toujours fraternité en l’humanité. Théologiquement c’est la question de la vie en Dieu, de participation au et de place dans le corps du Christ[2].

Armin Kressmann 2010


[1] cf. notamment R. Spaemann, Personen, Versuche über den Unterschied zwischen „etwas“ und „jemand“, Klett-Cotta Suttgart 1996

[2] « Die Sache Gottes und die Sache Christi »

Vulnérabilité et capabilité : « guérir, pallier, éduquer »

La courbe de la vulnérabilité (ou de la capabilité) à travers l’âge pour une personne handicapée nous donne quelques indications sur le type d’accompagnement nécessaire en l’un ou l’autre moment de la vie.

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