Comment parler du Dieu absent ? Une théologie palliative

On l’appelle « théologie négative » ; je n’aime pas ce terme. Pour opposer une vision autre à une théologie affirmative qui risque d’enfermer Dieu en ce qu’il n’est pas, j’utiliserais d’autres termes : mystère, croix, abîme, Dieu caché, incertitude, tâtonnement, et la théologie qui en résulte est mystique, et tournée vers l’éthique, une théologie profondément biblique, celle

– du buisson ardent (Exode 3) et du creux du rocher (Exode 33)

– d’Élie, de la caverne et du « bruissement ténu » (1 Rois 19)

– de Job, juste (plus que Dieu ?)

– du Cantique des cantiques, de la tendresse et de la caresse (Emmanuel Lévinas)

– de Nicodème (Jean 3), de la voix du souffle quand on ne sait pas d’où vient le vent ni où il va

– de Samedi saint, des soins du corps, de ce qui reste, et du tombeau, enfin vide

– de l’Ascension et de Pentecôte, de l’absence de Dieu qui instituent l’homme et qui font de lui avocat de l’homme, à l’image du Paraclet, « imago Dei », autrement

Une théologie palliative !

En résulte une posture phénoménologique qui suspend ce qu’elle sait ou croit savoir pour entrer dans une démarche non pas de transmission, mais de connaissance, de naissance avec ceux et celles avec lesquels on chemine.

« Devant Dieu et avec Dieu nous devons vivre sans Dieu. Dieu se laisse déloger du monde et clouer sur la croix. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement il est avec nous et nous aide. » (Dietrich Bonhoeffer, Résistance et soumission, 16 juillet 1944)

C’est la condition chrétienne, la seule valable quand on ne sait plus, quand on est devant ou en situation extrême, « handicap lourd ».

Et c’est ainsi seulement que l’accompagnement spirituel, l’aumônerie, prend du sens en milieu laïc :

« … seul le Dieu souffrant peut aider. Dans ce sens on peut dire que l’évolution du monde vers l’âge adulte …, faisant table rase d’une fausse image de Dieu, libère le regard de l’homme pour le diriger vers le Dieu de la Bible qui acquiert sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance. C’est ici que devra intervenir ‘l’interprétation laïque' » (Dietrich Bonhoeffer, Résistance et soumission, 16 juillet 1944)

C’est une théologie positive, affirmative, qui reconnaît Dieu en ce que la bible nous en dit, et qui nous renvoie en situation concrète à ce qui surgit dans la rencontre avec celui et celle qui souffre, l’homme nu, « ecce homo »,

concrètement dans la pastorale, ou dans la catéchèse, une catéchèse phénoménologique.

« RienAVoir » et l’absence de Charly en sont des tentatives.

« Alles, was der göttlichen Natur eigen ist, das ist auch dem gerechten und göttlichen Menschen eigen ; darum wirkt so ein Mensch auch alles, was Gott wirkt, und er hat zusammen mit Gott Himmel und Erde geschaffen, und er ist Zeuger des ewigen Wortes, und Gott wüsste ohne einen solchen Menschen nichts zu tun. » (Meister Eckhart)

Armin Kressmann 2011

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2 réflexions au sujet de « Comment parler du Dieu absent ? Une théologie palliative »

  1. Ping : EERV, Église évangélique réformée du canton de Vaud, de la théologie s’il te plaît ! Du statut de l’homme en tant que femme : contre le supranaturalisme !

  2. Ping : Qu’est-ce qui t’arrive ? Et maintenant j’ai besoin d’une autre dose de morphine (Armin Kressmann)

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