Spiritualité et condition humaine

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Ce site, en quelques mots : une définition simple, mais abstraite (soumise à la discussion), de ce que sont « spiritualité », « handicap », « condition humaine », « art », « éthique » et « religion » :

Spiritualité est ce qui dépasse et englobe. Spiritualité est donc méta : méta immanent et méta transcendant. Ou : spiritualité est relation, perçoit et conçoit ce qui est « entre ».

Ainsi, spiritualité est communication ; communication d’esprit, donc d’être, essentiellement par l’art, l’éthique et la religion. Spiritualité transcende.

Quel rapport ai-je à mon corps (bio), à moi-même (psycho) et  à l’autre (socio et environnemental) et quelles sont les relations ou les corrélations entre ces données ? (1er ordre)

Et comment est-ce que je conçois et je vis ces rapports et corrélations, quelle est la relation que j’entretiens avec les rapports à mon corps, à moi-même, à autrui, au monde et à ce qui est entre eux ? (2nd ordre)

Dans le handicap, en situation de handicap, il y a obstacle dans ces relations. Handicap est donc condition humaine.

L’art illustre ces relations, l’éthique (ou la morale) leur donne une finalité, les ordonne et les subordonne, comme la religion, qui, elle, les personnalise et nomme un ultime.

Armin Kressmann 2012

Limites – Passer, limiter, être en situation de handicap

Toute limite est floue, aucune n’est nette.

Peut-être se laisse dire ce qu’est d’un côté et ce qu’est de l’autre, mais la limite, la frontière elle-même, étant entre les deux, est l’un et l’autre, ou, ni l’un, ni l’autre. Comme dans un nuage : on ne sait pas où il commence ni où il finit.

Limite est définition, limite est institution. Et dé-finir est inclure et exclure, nécessaire, mais trompeur, parfois juste, parfois faux. Aucune dé-finition ne dit ce qu’est ce qui est dé-finit. Ce qu’est est ce qu’il est, le dé-finir est le réduire aux fins et confins qu’on met pour le com-prendre. Mais ce qui est nuage ne se laisse prendre.

Nous sommes entre.

La vie est entre, c’est parce qu’elle est entre qu’elle est vie. On appelle cela systèmes ouverts ; ce qui est ouvert n’est pas fermé, peut-être limité, mais sans limite. Sa limite est une dé-finition.

« Ich bin Du und Du bist Ich ».

Devenir soi-même est se dé-finir.

Eduquer pour exister. Faire sortir de l’indifférence. Rendre auto-nome, faire de sorte que l’autre sache se limiter soi-même, se dé-finir. Je suis. Tu es.

Et quand il est limité, mis en situation de handicap, cet autre, devant l’ob-stacle, l’insurmontable ? Entre « éduquer », – de l’ordre de la différence -, et « empâtir », – de l’ordre de l’altérité. Une fois « ex », une fois « en », qu’il sorte, lui, quand il peut, que j’entre, moi, quand il ne peut pas sortir.

Soins palliatifs égal « empathiser », ou « empâtir », éprouver de l’empathie et traduire l’éprouvé en action, même si celle-ci est une passivité choisie (« Gelassenheit », sérénité).

Capabilité égale éduquer, vulnérabilité égale soigner, prendre soin.

Prendre soin, prendre en charge : « Ich bin Du »

Rendre auto-nome, se dé-finir : « Du bist Ich »

Nous passons de l’un à l’autre ; eux sont entre deux, « limités ».

« Entre », sur le seuil, cet espace qu’est la limite : « liminalité ».

Et maintenant je comprends pourquoi on les exclue souvent des rites ; on ne veut pas, on pense de ne pas pouvoir les passer de l’un à l’autre, même pas symboliquement.

Armin Kressmann 2011

Communiquer avec le handicap mental, savoir ce qui convient

Comment faire pour savoir ce qui convient ou ne convient pas à une personne mentalement handicapée qui ne parle pas ? Comment mener ce qui s’appelle dans les institutions ou les entreprises une « enquête de satisfaction » avec un public plus profondément handicapé ?

Ce sont des questions que j’aborde d’une manière expérimentale avec les participants à un atelier de lecture et de partage à l’Institution de Lavigny : « La Chouette et la Lune » (pour la vieillesse et la sagesse).

Il fallait se rendre compte que, avant de parler de ce qui convient ou qui ne convient pas, il faut trouver un langage commun. Ce n’est pas évident pour un public dont certains n’ont pas de parole. Dans la ligne de ce que j’ai retenu de la pensée de Ludwig Wittgenstein sur la communication, sans être stricte, nous travaillons sur trois niveaux : Continue reading

En situation de handicap ! Qui ?

Je suis en Allemagne, à Cologne pour être précis. Ce matin mon projet est de partir à Essen. Je me trouve donc à la gare principale, à 10h30, et le train que j’ai l’intention de prendre part à 10h47. A l’automate pour tirer un ticket je parviens à executer une bonne douzaine d’étapes, jusqu’au paiement ; ici, la machine refuse mon billet de 50 euros. Un homme, handicapé, avec un déambulateur, un « tintébin », comme nous disons en Suisse, se  tient à côté de moi et m’approche : Continue reading

Le handicap (sévère) et la théologie négative

Une voie de la théologie nous offre des pistes pour sortir de l’impasse d’une théologie affirmative qui, pour être « guérie », renvoie la personne en situation de handicap à son propre handicap et à sa seule foi, au handicap au premier degré, à ses vulnérabilités physiques, psychiques et mentales. La tradition parle, malheureusement, de « théologie négative » ; je l’ai appelée « théologie palliative », conscient que cette dernière dénomination pourrait prêter à confusion, notamment pour tous ceux et celles qui, quand on parle du « palliatif », entendent « on ne peut plus rien faire » et se détournent de la personne concernée, en la laissant avec elle-même, donc, encore une fois, en situation de handicap, ce qui est le contraire de son intention (et de celle des textes bibliques).

La « théologie négative » ou « palliative », comme les soins palliatifs, accueille la personne telle qu’elle est, en travaillant sur son environnement, sans chercher à changer la situation en voulant changer (la « santé » de) la personne, sans vouloir la « guérir », elle-même. La théologie négative reçoit Dieu sans se prononcer sur lui, sachant que toute énoncé sur Dieu ne parle pas de Dieu tel qu’il est. Continue reading