Confirmation objective ou confirmation subjective ? EERV Église évangélique réformée du canton de Vaud

Le débat est relancé dans l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (Suisse)  : en réintroduisant le terme « confirmation », se pose la question : qui confirme quoi ? Les autorités de l’EERV ont tranché (Directive du Conseil synodal sur les cultes, fêtes chrétiennes, sacrements et autres rites au sein de l’EERV) :

 « La confirmation est un engagement de foi qui permet au baptisé de s’approprier les engagements de son baptême. »

Art. 264 Eléments liturgiques

« La célébration de la confirmation comporte les éléments liturgiques suivants :

a. rappel du baptême autrefois célébré ;

b. confession de foi du confirmant ;

c. invocation du Saint-Esprit sur le confirmant ;

d. rappel de la grâce de Dieu ;

e. bénédiction ;

f. invitation à participer à la sainte cène et à la vie de l’Église ;

g. exhortation à l’assemblée ;

h. confession de foi de l’assemblée.

Ce sont les jeunes qui confirment (« confirmants ») les engagements pris par les parents, marraine(s) et parrains(s) lors du baptême. C’est une confirmation subjective, spécifique à l’Église vaudoise. D’autres Églises réformées sont plus nuancées, certaines valorisent le côté objectif, tout particulièrement cher à la tradition réformée (sola gratia) : c’est Dieu qui confirme son amour inconditionnel qu’il porte à l’égard de toi, « confirmand », personne à confirmer (gérondif) dans ton statut d’enfant de Dieu en Jésus Christ. Pour elles, la confirmation est d’abord une bénédiction (« Einsegnung »).

Je peux l’entendre, même si je le regrette, faisant partie de ceux et celles qui subordonnent tout à la grâce de Dieu. Sinon je serais mal pris, dans le milieu dans lequel j’exerce mon « ministère », en tant qu’aumônier auprès de personnes avec des déficiences intellectuelles et cognitives parfois graves, au point qu’on les appellent encore « faibles d’esprit »[1]. Catholique, protestant, chrétien ou d’une autre religion, discernement du corps du Christ, capacité de discernement ? Tout est ambigu, et même dans les familles il peut avoir avis contradictoires. Une seule certitude (pour moi, et c’est le centre de mon ministère) : Dieu confirme son attachement à chacun, chacune, en Jésus Christ, que confirmation subjective il y ait ou non. C’est ce que je confirme, sinon je ne saurais pas si confirmation il y ait ou non. Donc un autre régime, dans nos « cultes de fin de catéchisme » des Rameaux en institution qu’en paroisse ? Je le regretterais, encore une fois, comme je regrette qu’on ne réfléchit jamais à partir des situations exceptionnelles pour définir nos pratiques, même pas en Église, là où le dimanche on proclame que chaque être est exceptionnel et que tous sont égaux devant Dieu.

Tout cela d’autant plus que je ne comprends plus pourquoi dans la liturgie de confirmation, quand la confirmation est exclusivement subjective,

 « Conformément aux décisions du Synode, on veillera à épurer la liturgie de confirmation des éléments rappelant une confirmation objective (Dieu confirme son amour à la personne). On valorisera les éléments qui expriment la confirmation subjective (la personne reconnaît qu’elle fait confiance à l’amour de Dieu). » (Recommandation des services Formation et accompagnement et Vie communautaire et cultuelle pour le culte de fin de catéchisme (Rameaux))

on réintroduit de nouveau une bénédiction individuelle, et cela uniquement pour ceux et celles qui confirment subjectivement. Cette manière de faire divise les groupes de catéchumènes, qu’on le veuille ou non, entre ceux et celles pour lesquels une bénédiction collective est « suffisante » et ceux et celles qui, après avoir confessé de s’approprier l’amour de Dieu, reçoivent encore explicitement et personnellement le signe de cet amour, la bénédiction individuelle. Ne seraient-ce pas justement les autres qui auraient besoin d’une confirmation objective et individuelle (sous condition qu’ils entrent en matière évidemment, ce qu’ils feraient si on les traitait comme tout le monde)[2].

Enfin, pour moi, une bénédiction collective n’existe pas. Même la bénédiction de la fin du culte n’est pas collective ; elle s’adresse à chacun et à chacune : Dieu pour toi ! Et Dieu avec toi, sur ton chemin, même si tu ne le vois pas. L’Église n’est pas sainte, en tant que collectif, mais une Église de saints (une assemblée de personnes appartenant à Dieu). Même le saint siège n’est pas saint, mais il se peut qu’un saint siège au saint siège. L’Église universelle est un don de Dieu, mais les Églises réellement existantes sont des constructions humaines. La communauté des saints est sainte, mais je ne la confondrais jamais avec nos institutions ; même si, je le sais et je l’expérimente tous les jours avec bonheur, nos Églises institutionnelles sont pleines de saints, pécheurs, mais saints, sanctifiés, par la grâce de Dieu accordée à chacun et chacune en Jésus Christ. Eh oui, à tous, mais quand on est adolescent « tous » ne suffit pas ; on a besoin d’entendre « à toi et pour toi ». Et c’est la petite différence qui change tout.

Armin Kressmann 2012


[1] La révision du Code civil concernant les droits des adultes abandonnera heureusement cette appellation malheureuse.

[2] Imaginez aussi la pression qui pèse désormais sur les pasteurs, diacres et laïcs accompagnant les catéchumènes lors des préparations de la fête des Rameaux, et les groupes de catéchumènes eux-mêmes. Aussi, dans cette logique de la subjectivité, pourrait-on accepter à la confirmation d’un jeune dont « on doute que sa confession soit sincère », qui dit par exemple de vouloir confirmer parce que tous les autres confirment, ou l’inverse ?

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  1. Merci pour cette présentation très claire des enjeux.
    Malgré tout, je ne peux que sourire en pensant qu’au delà de tous les efforts de clarification du sens de la confirmation subjective ou objective, ou même quand il n’y avait (théoriquement) plus de confirmation du tout dans l’EERV, le vécu des jeunes et des familles restait plus ou moins le même.
    J’en veux pour signe que le terme « fête de l’alliance » n’est que peu entré dans les mœurs, que les gens ont continué à parler de confirmation. Et les jeunes continuent de dire des choses comme « je me suis confirmé » ou « j’ai décidé de ne pas me confirmer ».
    La personnalité du pasteur ou de la pasteure joue aussi un rôle. Veut-il assumer un rôle de « passeur » qu’il sera tenté par le langage « je te confirme dans l’alliance de ton baptême » (qui a cours dans l’église genevoise). Se voit-il comme un enfanteur qu’il laissera au jeune le soin de dire « je confirme ».
    En fin de compte, la « vérité » de la confirmation ne tient pas tant à la précision du langage employé: elle émerge de la rencontre d’une intention liturgique avec les vécus de chacun. Objective, subjective? Sûrement un peu des deux.

  2. Grand Merci à mon confrère Armin pour la clarté et la pertinence de ses propos: une des (trop) rares voix à rappeler qu’il ne peut exister de confirmation « subjective » sans d’abord avoir ouvert son coeur à la confirmation « objective », que le Seigneur offre à tout baptisé.
    Sans Lui, qui sans cesse, refait le premier pas dans notre direction en étendant les bras de Sa miséricorde, notre vie ne serait qu’oeuvre sans fondement et « cymbale retentissante »: Sa Grâce aimante précède toujours la réponse de notre foi. Elle la suscite, la stimule, la relève et la fait grandir.
    Les ministres de l’Eglise sont donc particulièrement responsables de rappeler aux jeunes et aux moins jeunes la préséance de cette Grâce gratuite du Seigneur, laquelle est incarnée depuis plus de 2000 ans par la nuée des témoins qui nous ont précédés dans la Foi.
    Puissions-nous recevoir cette Grâce jour après jour avec reconnaissance, et la transmettre avec enthousiasme à celles et ceux qui, bientôt, y répondront de tout leur coeur, à la mesure de leur foi !
    Pasteur Bertrand de Félice

  3. La transfiguration est la confirmation (du baptême) :

    « C’est lui mon fils bien-aimé. »