La spécificité de l’éthique chrétienne – Propositions

  • L’ultime est transcendant.
  • L’ultime est une personne ; nous l’appelons Dieu.
  • Il se rend visible dans la vulnérabilité humaine ; nous l’appelons croix ; il porte un nom : Jésus Christ.
  • Sinon il est caché.
  • Le vide des deuils et des « pourquoi » de l’existence humaine est matrice de naissance et de connaissance ; nous l’appelons résurrection.
  • Ainsi, quand l’ultime se manifeste, il y a guérison ; guérison avec ou sans guérison ; nous l’appelons miracle, et ce qui s’y révèle Royaume de Dieu
  • Celui-ci est la finalité de l’existence humaine ; mais il reste caché ; parce qu’il n’y a pas seulement guérison avec guérison, mais aussi guérison sans guérison.
  • Le souci ultime est la dignité de l’autre ; nous appelons celle-ci sa sainteté.
  • Toute éthique doit la servir, dans sa posture (éthiques de vertus et de responsabilité), dans ses principes (éthiques déontologiques et objectives ou de valeurs), dans ses méthodologies (éthiques procédurales) et dans ses finalités (éthiques utilitaristes).
  • Nous appelons toute volonté qui œuvre dans ce sens inspirée, guidée par l’Esprit, présence cachée de l’ultime.
  • Elle reconnaît ses limites, parce qu’elle sait que l’ultime est transcendant.
  • La loi révèle et manifeste ces limites.
  • Le savoir que l’ultime est transcendant et le souci de l’autre qui en découle, nous les appelons foi : fides quae (quoi ?) et fides qua creditur (comment ?).
  • Cette dernière est ce qu’on peut appeler une « éthique chrétienne ».

Armin Kressmann 2012

L’Église du fou, un miracle fou – Évangile selon Marc 5,1-20

ARCABAS, Le possédé de Gérasa, Saint Hugues de Chartreuse

Saint Hugues de Chartreuse

Dans le cadre de mes réflexions sur les miracles voici le résultat provisoire d’un travail exégétique sur la « Guérison d’un démoniaque dans la Décapole » (TOB, Traduction Œcuménique de la Bible), récit qui se trouve dans l’évangile selon Marc, au chapitre 5, versets 1 à 20 :

Dossier technique : éléments exégétiques de Marc 5,1-20

-          Jésus en pays étranger, païen, à la rencontre de la folie et de tout ce qui, – pour les « juifs », « le peuple », « l’Église de l’époque » -, est considéré comme menace et impureté :

  • Au-delà de la mer, donc du chaos (voir ce qui précède, l’apaisement de le tempête) et de l’abîme
  • L’étranger
  • Le paganisme
  • La maladie et la folie
  • La mort, le tombeau

Dans quelle mesure est-ce la réalité d’une société, Églises constituées incluses, qui met ses « fous » en institution, « hors peuple », hors société ?

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Amour, confiance et foi

Dans mes articles précédents j’ai souvent fait appel à la notion de foi ; aujourd’hui je vais la mettre, à travers quelques considérations d’ordre étymologique,  en lien avec la confiance et l’amour.

Comme Charly l’a déjà constaté, la foi, en français, est confiance ; croire et foi sont deux choses bien différentes. Cela se confirme par leur étymologie :

La racine « croire » est indo-europénne et veut dire :

kret-, idée de croyance (religieuse)

Dictionnaire des racines des langues européenne ; Larousse, Paris 1949

Pour la « foi », la racine est

bheid-, idée de confiance, de persuasion

latin fidere, avoir confiance ; fides, foi, bonne foi ; fiducia, confiance

Nous la retrouvons en allemand et anglais :

all. bitten, demander ; beten, prier ; Gebet, prière

angl. bid, souhaiter, commander

« Foi » et « croyance », faith et belief en anglais, n’ont en allemand qu’un seul mot, der Glaube, avec la racine, qu’on trouve d’ailleurs aussi dans belief en anglais :

leubh-, indo-européen, prendre plaisir, aimer

Nous voici où nous voulions arriver, l’amour :

angl. love, amour ; believe, croire ; belief, croyance

all. lieb, cher ; Liebe, amour ; lieben, chérir

glauben, croire ; Glaube, foi

loben, louer ; Lob, louange

La foi, croire en quelqu’un est, profondément, confiance, amour et louange.

« Augustin (354–430) unterscheidet zwei Momente im Glaubensbegriff : Glaube als Vollzug (fides, qua creditur, Gottglauben), der von der Hoffnung (spes) bestimmt ist und sich in der Liebe (caritas) bewährt, und Glaube als Erkenntnis und Zustimmung zu bestimmten Inhalten (fides, quae creditur, Glaube an Gott und Christus). » (Taschenlexikon Religion und Theologie, TRT ; Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen 1983, vol. 2, p. 203)

« Das spezifische Kennzeichen des Glaubens … ist das Vertrauen auf die Verheissung Gottes, die Gewissheit des Herzens, in der man Gott vertraut (fiducia). (p. 204)

Armin Kressmann

Les miracles – définition, hypothèses de travail

Constats, axiomes préalables :

-          Une personne polyhandicapée ne pourra jamais marcher comme moi.

-          Ce qui se passe est plus radical.

-          C’est la raison fondamentale de la croix.

-          Jésus et ses contemporains n’étaient pas dupes.

Hypothèses de travail – hypothèses de vie :

-          Un miracle est un événement extra-ordinaire.

-          Mais les miracles ne sont pas des événements supranaturels.

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Le développement du jugement religieux

L’homme, les étapes de son développement religieux – selon Fritz Oser, Paul Gmünder et Louis Ridez, Cerf, Paris 1991
Jugement religieux est le modèle subjectif de la relation de l’homme à une réalité ultime (Dieu, selon P. Tillich) qui se cache derrière les diverses activités humaines (penser, parler, ressentir, agir).

Il s’agit plus de religiosité que de religion, de la fides qua creditur (l’attitude de foi ; qua – comment ?) que de la fides quae creditur (les contenus de la foi ; quae – quoi ?).

Les étapes du développement religieux, p. 23ss