11.13 L’accompagnement spirituel II – Quand l’accompagnement faillit : place à la folie

Significations du handicap mental : 11.13 L’accompagnement spirituel II – Quand l’accompagnement faillit : place à la folie

Nous arrivons ainsi à l’accompagnement spirituel comme faisant partie de l’accompagnement socio-éducatif ou socio-médical au même titre que les soins de base, l’alimentation, l’accompagnement psychologique, le travail et les loisirs. Vivre sa spiritualité et si nécessaire y être accompagné font partie des droits fondamentaux de l’individu tels que par exemple Martha Nussbaum les a formulés à travers sa vision des « capabilités ». Au moment où les institutions accueillant des personnes en lieu de vie, donc chez elles, se trouvent au bout de la chaîne des responsabilités déléguées dans une société libérale et un État de droit démocratique qui ne savent plus au nom de quoi ou de qui prendre soin de ces personnes, ces institutions doivent se positionner. Elles ne peuvent plus se référer à une instance subsidiaire ; il n’y en a plus. « Hier steh ich nun und kann nicht anders »[1], le fait d’être là et d’assumer ce qu’aucune autre instance n’a pu assumer, fait appel à une référence, un fondement, une source originaire et une perspective, même si, ou parce que, ce qui est au sein de ce vide ne se laisse pas dé-finir, dis-cerner positivement, au contraire, comme nous l’avons vu. Y croire le fait exister, mais il faut y croire, pour qu’il ex-iste, se mette et se positionne en dehors, en dehors de l’impuissance et de l’échec qu’est devenue la « normalité ». Croire en quoi, en qui ? Continue reading

11.8 Être autrui comme soi-même : entre ado- et abolescence – Le triangle pédagogique

Significations du handicap mental : 11.8 Être autrui comme soi-même : entre ado- et abolescence – Le triangle pédagogique

Pyramide et triangle sont du même ordre ; strictement parlé, la pyramide de Maslow est un triangle. Dans l’éducatif et le pédagogique l’idée de triangle évoque tout de suite les travaux de Jean Houssaye. La pyramide d’Abraham Maslow peut être lue à l’intérieur de son triangle pédagogique : Continue reading

« Est permis ce qui plaît »

« Quod licet, libet » (Rhetorica ad Herennium)

« Che libito fe’ licito in sua legge » (Dante ; Inferno)

« Erlaubt ist was gefällt » (Goethe ; Torquato Tasso)

C’est un vieux débat : est permis ce qui plaît ou ce qui convient ?

Mais là n’est pas la question. Ce qui me préoccupe est le fait que pour certains est permis ce qui (leur) plaît, là où pour d’autres il y a des règles strictes. Davantage : on fait aujourd’hui comme si, pour tous, ce qui plaît était permis. Ici je ne suis pas moraliste et je ne pose pas la question de la justesse et de la justification de l’une ou de l’autre des deux positions. Ce qui me dérange est l’injustice commise à l’égard de ceux et celles qui n’ont pas les mêmes droits et les mêmes libertés.

La vie en institution sociale est fortement régulée. « Il y a des règles chez nous » est une phrase souvent entendue, non pas pour rappeler une évidence, mais comme levier pour imposer une réalité qui ne plaît pas, sans qu’on questionne cette réalité et son adéquation dans une situation donnée. En institution sociale est permis ce qui convient et non pas ce qui plaît. Les mécanismes de contrôle, – santé, hygiène, finances, sécurité, procédures, règlements, etc. -, sont tels que la liberté de l’individu est fortement restreinte. Sa liberté est définie, parfois au point qu’elle devienne obligation. « Nous savons, mieux que toi, ce qui te plaît. ». C’est un risque du projet personnel : que nous projetions sur la personne hébergée, en situation de handicap, ce qui lui a à plaire (et à convenir).

Comment distinguer ce qui pourrait lui plaire de ce qui nous plaît ?

Et c’est là, au plus tard et pour éviter toute confusion, parce que c’est embarrassant de définir un plaisir, qu’on revient à la convenance.

« Wo jeder Vogel in der freyen Luft

Und jedes Thier durch Berg und Thäler schweifend

Zum Menschen sprach: erlaubt ist was gefällt. » (Tasso)

« Nur in dem Wahlspruch ändert sich, mein Freund

Ein einzig Wort : erlaubt ist was sich ziemt. » (Prinzessin)

Armin Kressmann 2010

John Rawls, La justice comme équité

« La justice comme équité »[1]

« La justice comme équité envisage les citoyens comme des personnes engagées dans la coopération sociale, et comme pleinement capables de remplir ce rôle pendant toute leur vie. «  p. 39

Encore une fois, que faire des personnes malades ou handicapées, avec une capacité réduite de « remplir ce rôle pendant toute leur vie » ? Et que faire de l’exigence « pendant toute leur vie. » ?[2] Qu’en est-il avec les personnes dépourvues des droits civils ?

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John Rawls, Théorie de la justice

« Théorie de la justice »[1],

« L’idée qui nous guidera est … que les principes de la justice valables pour la structure de base de la société sont l’objet de l’accord originel. Ce sont les principes mêmes que des personnes libres et rationnelles, désireuses de favoriser leurs propres intérêts, et placées dans une position initiale d’égalité, accepteraient et qui, selon elles définiraient les termes fondamentaux de leur association. » p. 37

« De même que chaque personne doit décider, par une réflexion rationnelle, ce qui constitue son bien, c’est-à-dire le système de fins qu’il est rationnel pour rechercher. de même un groupe de personnes doit décider, une fois pour toutes, ce qui, en son sein, doit être tenu pour juste et pour injuste. » p. 38

« Les principes de la justice sont choisis derrière un voile d’ignorance. » p. 38

Justice entre personnes libres et rationnelles, qui définiraient entre elles les principes de leurs rapports, choisis derrière un « voile d’ignorance », c’est ce que Rawls veut. Programme ambitieux, dont on voit très vite les limites, notamment en médecine. Rawls lui-même admet :

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