La pyramide de Maslow, selon Abraham Maslow

La théorie de la motivation selon Maslow, avec sa pyramide des besoins, a trouvé sa place en beaucoup de domaines, dont les soins, l’éducation, la vente, le management, etc. Sa conception des besoins, même critiquée, est probablement la plus utilisée. J’en profite aussi dans mes recherches sur la spiritualité et l’accompagnement spirituel, et si ce n’est que pour la contester par moment, notamment sur la hiérarchisation des besoins et, conséquence, la distanciation extrême entre les besoins physiques et les besoins spirituels, « l’accomplissement de soi » dans le vocabulaire maslowien. Ainsi, j’ai inversé sa pyramide et en le faisant rapproché le spirituel du corporel, la transcendance et l’immanence par excellence. Pour ces travaux j’ai essentiellement profité de littérature secondaire, comme on le fait souvent pour des auteurs devenus « classiques ».

Le moment est venu de laisser parler Abraham Maslow lui-même, en citant des extraits de son article de 1943 « A Theory of Human Motivation », repris et traduit en français dans Abraham Maslow ; L’accomplissement de soi, de la motivation à la plénitude ; Eyrolles, Paris 2004, p. 15ss :

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11.3 Humain capable, humain vulnérable

Significations du handicap mental : 11.3 Humain capable, humain vulnérable

Qu’est-ce qui fait l’homme ?

Capable, « presque un dieu » (Psaume 8,6), vulnérable, « qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui, l’être humain pour que tu t’en soucies ? » (Psaume 8,5) ?

Ce double trait qui caractérise l’être humain, ses capacités et sa vulnérabilité, traverse l’ensemble de l’accompagnement et de la « prise en charge » des personnes fragiles, les soins, l’éducation, la formation et les thérapies, si ce n’est pas le vivre ensemble tout court. Le rapport à autrui est toujours un donner et un recevoir, le rapport à soi-même un s’investir et un lâcher prise. Action et passivité, agir et subir caractérisent les liens que nous avons avec nous-mêmes, avec notre environnement et notre entourage. Et les institutions, dans le sens large du terme, sont là pour  organiser le tout, lui donner l’espace nécessaire pour qu’il puisse s’exprimer librement et répondre aux besoins des uns et des autres.

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Éducation et spiritualité 3 : l’éducatif, le curatif, le thérapeutique et le palliatif

Comme nous l’avons vu dans notre dernier article sur l’éducation et la spiritualité, « Prendre soin et mobiliser les ressources », l’accompagnement socio-éducatif, tout particulièrement de personnes en situation de handicap grave, voire extrême, demande une attention des deux côtés, du côté des soins et de celui de l’éducatif. Maintenant, nous devons différencier les approches davantage :

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Limites – Passer, limiter, être en situation de handicap

Toute limite est floue, aucune n’est nette.

Peut-être se laisse dire ce qu’est d’un côté et ce qu’est de l’autre, mais la limite, la frontière elle-même, étant entre les deux, est l’un et l’autre, ou, ni l’un, ni l’autre. Comme dans un nuage : on ne sait pas où il commence ni où il finit.

Limite est définition, limite est institution. Et dé-finir est inclure et exclure, nécessaire, mais trompeur, parfois juste, parfois faux. Aucune dé-finition ne dit ce qu’est ce qui est dé-finit. Ce qu’est est ce qu’il est, le dé-finir est le réduire aux fins et confins qu’on met pour le com-prendre. Mais ce qui est nuage ne se laisse prendre.

Nous sommes entre.

La vie est entre, c’est parce qu’elle est entre qu’elle est vie. On appelle cela systèmes ouverts ; ce qui est ouvert n’est pas fermé, peut-être limité, mais sans limite. Sa limite est une dé-finition.

« Ich bin Du und Du bist Ich ».

Devenir soi-même est se dé-finir.

Eduquer pour exister. Faire sortir de l’indifférence. Rendre auto-nome, faire de sorte que l’autre sache se limiter soi-même, se dé-finir. Je suis. Tu es.

Et quand il est limité, mis en situation de handicap, cet autre, devant l’ob-stacle, l’insurmontable ? Entre « éduquer », – de l’ordre de la différence -, et « empâtir », – de l’ordre de l’altérité. Une fois « ex », une fois « en », qu’il sorte, lui, quand il peut, que j’entre, moi, quand il ne peut pas sortir.

Soins palliatifs égal « empathiser », ou « empâtir », éprouver de l’empathie et traduire l’éprouvé en action, même si celle-ci est une passivité choisie (« Gelassenheit », sérénité).

Capabilité égale éduquer, vulnérabilité égale soigner, prendre soin.

Prendre soin, prendre en charge : « Ich bin Du »

Rendre auto-nome, se dé-finir : « Du bist Ich »

Nous passons de l’un à l’autre ; eux sont entre deux, « limités ».

« Entre », sur le seuil, cet espace qu’est la limite : « liminalité ».

Et maintenant je comprends pourquoi on les exclue souvent des rites ; on ne veut pas, on pense de ne pas pouvoir les passer de l’un à l’autre, même pas symboliquement.

Armin Kressmann 2011

Besoins spirituels et religieux : la vision classique

Dans une vision classique d’une hiérarchie des besoins, les besoins spirituels et religieux figurent tout en haut, tel que Maslow l’a formulé dans la révision de sa pyramide des besoins :

C’est ainsi que le religieux a été essentiellement compris, jusqu’au milieu du XXème siècle, aussi en Occident :  le religieux englobe le spirituel. Et ce dernier est d’abord une pratique, sous forme d’ascèse, – abstention -, ou de mystique, – fusion :

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