Éthiques ou morales : systématique des différentes grammaires ou familles morales selon Mark Hunyadi

Mark Hunyadi ne fait pas de distinction entre les termes « morale » et « éthique ». Par contre, il insiste sur la différence à faire entre « ce qui est » (le « factuel ») et « ce qui devrait être » (le « contrefactuel ») et par là sur la nécessité d’un idéal régulateur, non pas comme frein au mal, mais comme ligne rouge, analogue au droit, qui trace la séparation entre ce qui est bien (devrait être ?) et ce qui est mal (ne devrait pas être ?). Pourtant la réalité est plus complexe : il n’y pas une seule éthique, – une phrase comme « c’est contraire à l’éthique » n’a pas de sens -, mais des éthiques. M. Hunyadi parle de « grammaires éthiques », de manières différentes de voir, d’analyser et de lire un problème. Comme en linguistique, chaque grammaire éthique a sa syntaxe, sa manière de faire et de procéder et offre un critère de moralité différent. En conséquence, chaque problème d’ordre éthique peut être abordé de manières multiples ; il n’y a pas une seule « réponse éthique » possible et juste.

Il existe des systématiques diverses pour décrire le champ de l’éthique (des éthiques !), mais on distingue généralement deux grandes familles : les éthiques téléologiques et les éthiques déontologiques. Les premières cherchent un but (« telos ») ou une visée à atteindre ou à réaliser, les secondes se basent sur des obligations, des droits et des devoirs qui s’imposent et qui sont à respecter d’une manière absolue.

Parmi les éthiques téléologiques on trouve :

1. Le conséquencialisme (les conséquencialismes ? pour être conséquent ( !), ne devrait-on pas utiliser le pluriel, ce que, pour simplifier, je ne ferai pas, tout en restant conscient de la diversité des éthiques même à l’intérieur d’un seule type d’éthiques) avec
a. L’utilitarisme
b. L’éthique de la responsabilité
Leur but est d’évaluer les conséquences d’une action ; l’utilitarisme pour maximiser le bien-être du plus grand nombre, l’éthique de la responsabilité pour évaluer les opportunités et risques, notamment pour éviter des conséquences néfastes (en appliquant p.ex. le principe de précaution).

2. L’éthique des valeurs avec
a. L’objectivisme
b. L’eudémonisme
c. Le communautarisme
Les éthiques des valeurs favorisent une ou un certain nombre de valeurs et demandent que celles-ci soient respectées, p.ex. la vie ; l’objectivisme fonde son éthique sur des valeurs qui, selon lui, s’imposent d’une manière absolue aux individus, l’eudémonisme cherche le bonheur et le communautarisme défend des valeurs partagées à l’intérieur d’une communauté.

3. L’éthique des vertus ; elle met en avant un comportement, une attitude ou une qualité personnelle comme la sagesse, la sérénité ou le détachement.

Parmi les éthiques déontologiques on trouve :

1. L’éthique des devoirs et des droits
a. L’éthique impérative, dont le prototype est le Décalogue, c’est-à-dire une éthique « donnée » de l’extérieur ou « d’en haut »
b. L’éthique du respect, respects de droits (Droits de l’Homme) ou respect de sphères humaines (privées ou publiques)

2. Le procéduralisme, qui est né dans le contexte moderne du pluralisme des valeurs qui, – dans un environnement qui se veut démocratique, bien sûr -, impose la recherche d’un accord par la discussion et la négociation selon des procédures déterminées à respecter (le parlementarisme p.ex.).

Armin Kressmann 2004

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