La vulnérabilité – une catégorie morale ? (Nathalie Maillard)

Si vous achetez le livre de Nathalie Maillard[1], vous en aurez au moins trois :

  1.  Une étude approfondie des différentes conceptions de l’autonomie et leur histoire,
  2. la partie sur la vulnérabilité comme nouvelle catégorie morale, tel le titre du livre, mais finalement sans point d’interrogation, et
  3. une confrontation entre la pensée de Paul Ricœur et celle d’Emmanuel Lévinas, toujours dans la même perspective, amenant le lecteur à cette limite qu’est celle entre la philosophie et la théologie (ou le religieux) : le rapport à l’autre quand l’autre est tout-autre.

Le parcours est exigent, mais finalement indispensable si on ne veut plus confondre ni les différentes formes de l’autonomie et celles-ci avec la liberté de choix et l’autodétermination,  ni la vulnérabilité avec la dépendance ou la faiblesse, ni les besoins avec les capacités, etc. etc. L’univers des soins, de l’éducation et de l’enseignement ne pourra qu’en profiter. Ce travail est à faire, d’autant plus que ces différentes notions sont parfois avancées dans les milieux de soin ou d’éducation non pas pour défendre les personne accueillies, mais dans l’intérêt des institutions qui les accueillent.

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La « capabilité »

L’approche que j’ai retenue se concentre sur notre « capabilité » de réaliser les fonctionnements valorisés dont est faite notre existence, et, plus généralement, sur notre liberté de promouvoir les objectifs que nous avons des raisons de valoriser.

Amartya Sen, Repenser l’inégalité

Note du traducteur :

La mot capability existe en anglais …et signifie « capacité », « aptitude », « possibilité », etc. Chez Amartya Sen, il prend un sens très précis : l’ensemble des modes de fonctionnement humain qui sont potentiellement accessibles à une personne, qu’elle les exerce ou non. Il est d’usage d’exprimer ce concept en français par le néologisme « capabilité ».

« L’homme capable »

Une … caractéristique de la pensée de Ricoeur est l’accent porté dans ses recherches sur la thématique de « l’homme capable ». Ce qui est d’abord constitutif du soi, ce sont ses diverses capacités, que Ricoeur regroupe sous la catégorie générale de l’agir …

La saisie réflexive de soi est à chaque fois contemporaine de l’expérience d’un « je peux » sous une forme spécifique :

pouvoir dire, pouvoir faire, pouvoir raconter et se raconter, pouvoir de se tenir soi-même comme l’auteur de ses propres actes.

Le soi n’est donc pas autre chose que le qui de l’action (sous ses différentes formes) approché réflexivement et par le détour de l’analyse.

Nathalie Maillard Romagnoli, Autonomie et vulnérabilité

kap – (i.-e.)      prendre

La vulnérabilité

La vulnérabilité indique que la santé, la capacité à s’autodéterminer ou un rapport réussit à soi-même ne sont jamais que possibles.

Au-delà de la précarité première de sa vie corporelle, l’effectivité et la disponibilité d’aucune des caractéristiques ou capacités spécifiques auxquelles nous nous référons pour dire ce qu’est l’homme ne sont jamais assurées. …

À cet égard, la vulnérabilité introduit du négatif dans la conception que nous nous faisons de ce qu’est une vie humaine …

Mais cet indice négatif, c’est aussi la condition essentielle de l’homme …

La vulnérabilité indique la précarité de notre vie physique et sa dégénérescence inéluctable, mais elle dit aussi le caractère incertain de l’humanité en chaque homme.

Nathalie Maillard Romagnoli, Autonomie et vulnérabilité, Thèse, Université de Lausanne

Voir aussi son dernier livre :

Nathalie Maillard ; La vulnérabilité, Une nouvelle catégorie morale ? 

wel - (europ.)                déchirer, prendre de force

Lat. volnus, vulnus blessure