L’accompagnement spirituel (dossier) ; Spiritualité et spiritualités (dossier)
Face aux besoins et désirs qui se présentent dans le travail avec des résidents et résidentes vivant en institution « socio-éducative », je me rends compte que nous devons repenser l’aumônerie en milieu spécialisé (la pastorale spécialisée).
Quelques constats :
- L’évolution de la population accueillie; elle est devenue, comme dans la société en général, multiculturelle.
- Avec la pluralité culturelle, d’autres religions, confessions et spiritualités que le christianisme traditionnel suisse (protestant, catholique) se présentent.
- L’État reconnaîtra tôt ou tard d’autres « communautés religieuses » comme institutions d’intérêt public.
- Face aux besoins personnels, privés et intimes des résidentes et résidents, l’approche des missions en commun entre l’EERV et l’Église catholique dans la canton de Vaud touche à ses limites (« un curé est un curé est un curé et une messe est une messe est une messe » ; l’autre se dit, il témoigne de …)
- La formation CPT (clinical pastoral training), censée répondre aux demandes spirituelles exprimées dans la sphère publique, les hôpitaux notamment, n’y répond que partiellement.
- La théologique universitaire comme régulateur du religieux perd son statut.
- La « régulation de la foi », nécessaire pour éviter toute dérive de prosélytisme ou d’abus spirituel, devra se faire autrement.
- Les Églises sont en pleine mutation, donc prioritairement occupée par elles-mêmes.
- Avec « Église29 » l’EERV prend un virage de retour aux paroisses ; sans correction il y aura donc un éloignement encore plus grand des aumôneries de la base, c’est-à-dire des communautés locales. Quel est encore l’enracinement, ou l’appartenance, communautaire des résidentes, résidents vivant en institution (ils sont « chez eux », et celui-là où est-il spirituellement) ?
- Les moyens financiers des Églises diminuent ; l’État prend des mesures d’austérité. Quelles prioritaires vont se donner les Églises ? La marge sera encore davantage marginalisée (et la prédication dissociée de la pratique institutionnelle ; où est-elle, cette « Église des petits » proclamée le dimanche ?).
- Les Églises manquent de personnel formé et compétent en le domaine.
Pour répondre aux défis qui se présentent, autant pour les institutions que pour les Églises, il y a mon avis deux perspectives possibles, diamétralement opposées, mais pas exclusives :
A Le rattachement des aumôneries aux paroisses (comme pôles, œcuméniques ceux-ci !, voire inter-religieux) ; modèle traditionnel à traduire dans notre temps. A mon avis conciliable avec les missions en commun entre catholiques et protestants ; ce serait à discuter. La « balle » resterait chez les Églises.
B Le rattachement des aumôneries aux institutions
Un cadre donné ou défini par les institutions ; un réceptacle pour une pluralité d’expressions, ou de formes (« Gestalt ») de spiritualités ; avec une définition de ce qu’est une spiritualité bonne et bienveillante renvoyée aux Églises et autres communautés religieuses actives dans les institutions.
Une charte déontologique définissant les limites de la tolérance (large, c’est-à-dire sans interférence aux contenus formels des différentes expressions de la foi).
Dans les institutions, une réception d’une diversité d’intervenants, donc de spiritualités ou de religions, à l’intérieur de ce cadre donné.
Au sein des institutions l’aumônerie comme un service face aux autres services (médical, psychologique, thérapeutiques, etc. ; donc transversal et non pas hiérarchique).
Un service aussi composé de compétences internes.
L’habilitation des institutions et à l’intérieur de celles-ci de collaborateurs et collaboratrices compétents ; donc de mise en place de formations (vivre avec les limites de la vie, les situations limites).
Une conception large de la spiritualité : Art et spiritualité, sport, gastronomie, etc. ; pas seulement « religion » ; le rôle de la spiritualité et de l’éthique dans le quotidien.
La place de l’éthique pour l’ensemble de l’organisation. Quelle gouvernance (« loi ou évangile », directive ou participative) ?
Le respect d’une transcendance, ou d’une sphère sacrée, tout en signifiant celle-ci dans un monde sécularisé (ou laïc si vous voulez). La dignité humaine et l’unicité de toute personne définies et fondées autrement que purement par la ou une philosophie (donc concrètes et pas abstraites, personnalisées. « L’autre est un tu »).
Finalement une professionnalisation de l’accompagnement spirituel sachant professer, donc dire sa profession et le fondement de celle-ci.
Armin Kressmann 2025