Code d’éthique et de conduite de l’EERV – Une analyse critique (Armin Kressmann)

Disputons-nous sur l’éthique et les déontologies professionnelles. Mais vouloir les imposer à autrui est peine perdue.

L’EERV vient de promulguer un code d’éthique et de conduite pour ses collaborateurs et collaboratrices, salariéEs et/ou éluEs. Il se veut procédural, sans être à la hauteur d’une éthique procédurale ; son fondement théologique et ecclésiologique est problématique. Cet article le soumet à une analyse critique.

La démarche est présentée dans l’édition vaudoise de « Réformés » des mois de juillet/août 2025, voici en format pdf : « Les codes de conduite en Eglise : entre prévention des conflits professionnels et changement de culture »

Code d’éthique et de conduite de l’EERV – Une analyse critique

Le code est publié sur le site de l’EERV sous Documents officiels plateforme de la chancellerie ; voici le lien vers la liste des directives en version pdf où se trouve aussi le « Code d’éthique et de conduite ».

Dans cette analyse, le texte du code est mis comme citations, écriture italique et grasse. Les autres citations viennent d’autres textes, de loi ou autres.

Église évangélique réformée du Canton de Vaud Directive

Qu’il y ait dans une organisation comme l’EERV (qui fonctionne selon les règles innées à l’institution Église) une charte est fondamentale, au sens propre du terme. En soi, la démarche est louable. Pour nous, la première charte, et cela vaut la peine de le rappeler à chaque occasion quand il est question de morale (éthique en grec), est la Bible, ce sont les Écritures. Décisif cependant n’est pas le texte en soi, mais son élaboration et le travail sur et avec lui, la dimension réflexive. En l’occurrence, ce n’est pas le code qui compte, mais le travail exégétique et herméneutique continuel avec et sur lui, avec et entre ceux et celles qui sont censés de l’appliquer. L’imposer du haut, sans discussion, est peine perdue. Une culture participative s’imposerait en Église (cf. Charte 2009 ; cf. aussi la démarche des « Justes communities » inspirée des théories de Lawrence Kohlberg ; imaginons que les nouvelles communautés paroissiales d’Église29 se constitueraient autour d’un travail collectif « Communauté juste », quel beau projet). N’étant pas associé à l’élaboration de ce texte-ci, je ne peux donc que faire ce travail personnellement, aussi pour signaler que je l’ai lu et que j’ai bien l’intention de vivre et d’appliquer les intentions qui le dépassent largement.

Ce code est guidé par un «wokisme», – par ailleurs je me revendique woke, même queer, bizarre et curieux, «seltsam», indigné, d’où mon indignation par rapport à ce texte -, qui réduit les personnes avec lesquelles nous vivons et travaillons comme professionnelLEs à des victimes potentielles. Manque tout le pan justice, le devoir (déontologie) d’habiliter tout un chacun à actualiser ses capacités, sa capabilité, ses talents dirait la Bible, et à être responsable, donc autonome. Où est ce qu’on peut appeler en Église la sanctification ? Comment faire de nos «bénéficiaires» des sujets qui arrivent à défendre leurs droits et à prendre leur vie, – physique, matérielle, psychique, sociale et spirituelle -, eux-mêmes en main d’une manière autonome (ou théonome, débat ouvert) ; et non pas les prendre du haut par un paternalisme qui prend ici la forme d’un maternalisme condescendant ? «Non, il faut les protéger des dérives possibles», nous dit le texte, le principe de la non-malfaisance prime sur toute autre chose. Techniquement c’est peut-être juste, mais nous coupe de toute perspective positive de vie et nous contraint en dernière instance à ne plus rien faire. S’y cache aussi un débat philosophique, en principe dépassé, entre une éthique de justice et une éthique de reconnaissance, une dispute comme celle entre Nancy Fraser et Axel Honneth. La balance a passé d’un extrême à l’autre, l’identitaire l’emporte sur l’universel. Les «bénéficiaires», déjà le mot témoigne d’un rapport asymétrique. La non-malfaisance, a priori évidente, devient le principe fondamental, encore une fois. La démarche tombe dans le piège qu’elle veut combattre : «Le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas, je le fais.» C’est le racisme des antiracistes ou le sexisme des anti-sexistes. Que théologiquement nous soyons tous et toutes des pécheurs et pécheresses, c’est admis au moins depuis Paul en Église chrétienne, tout particulièrement en Église protestante, qui, elle, a de la peine avec la sanctification. Mais ce n’est pas à ce niveau que se situe le code, le premier usage de la loi ; s’il le faisait, il se rendrait lui-même caduque.

Implicitement transparaît le sous-entendu que les collaborateurs et collaboratrices aient une intention ou au moins une disposition à faire du mal. L’institution doit nous en empêcher, d’où ce code.

Ce code vise à garantir que toutes les personnes engagées, ministres et laïques élus dans un conseil, respectent des normes élevées de comportement professionnel et éthique. Il met l’accent sur le respect, la responsabilité, la confidentialité, la qualité des services et la probité. Toutes les personnes engagées au service de l’EERV doivent traiter chaque personne avec dignité, protéger les vulnérables, communiquer de manière respectueuse, et gérer les ressources avec intégrité. Ce code assure un environnement inclusif et harmonieux, en promouvant l’œcuménisme et la paix religieuse. (Vade-mecum ORH 2025 ; mise en évidence par AK)

La loi ne garantit rien. Est-elle éducative (troisième usage de la loi) ? La menace de la sanction, ce que fait ce code, va-t-elle m’empêcher de transgresser ? Non, ce code vise à protéger l’image de l’organisation (deuxième usage de la loi, le politique, «garantir», sic, l’ordre public ou l’ordre interne face au public).

Code d’éthique et de conduite de l’EERV

Le vocabulaire trahit la perspective, «code» (loi) et non pas «charte» (avec sa dimension d’alliance et de participation), «directive» et non pas «visée», voire promesse, donc expression d’un management directif (qui satisfait un besoin de sécurité) et non pas participatif (voire utopique, reposant sur la foi, l’espérance, la confiance et la considération). Il semble émit par le Conseil synodal, sans discussion en synode, ni au sein des corps professionnels. La démarche est autoritaire.

CHAMP D’APPLICATION

En concordance avec le RGO, le Règlement ecclésiastique (RE), les directives du Conseil Synodal (CS) et la Convention collective de travail (CCT), ce code affirme les valeurs fondamentales communes à toute personne élue ou salariée qui assume une responsabilité dans l’EERV : laïques élu·e·s dans une fonction, employé·e·s, animateur·trice·s de paroisse, animateur·trice·s d’Eglise, diacres et pasteur·e·s (ces fonctions sont appelées dans ce document les « personnes engagées dans l’EERV »).

Il donne le cadre dans lequel les personnes engagées dans l’EERV doivent se situer.

ce code affirme les valeurs communes à toute personne élue ou salariée …

Entre ces éléments, le texte manque de différentiation, de définition et de hiérarchisation. Comme guides sur le terrain, ils sont soumis à discussion et interprétation.

Certains de ces valeurs, principes ou moyens, qui devraient avoir une portée générale, ne sont évoqués que dans des champs particuliers, comme p.ex. dans le domaine des finances (transparence et intégrité), l’œcuménisme et le dialogue interculturel ou interreligieux (l’ouverture d’esprit).

La dignité de toute personne : je suis le premier à y souscrire, mais personne ne peut la définir ; l’intégrité physique, psychique et spirituelle en est une bien faible récapitulation ; déjà par le fait que ceux et celles dont l’intégrité physique, psychique ou spirituelle est menacé, atteinte voire violée ne perdent pas leur dignité («Die Würde des Menschen ist unantasbar»… tu ne porteras pas atteinte à la dignité d’autrui, mais même là où atteinte aura été portée à son égard, la personne atteinte ne perd pas sa dignité). Y manque aussi le social, pour arriver au bio-psycho-socio-spirituel aujourd’hui admis par la bioéthique, utile mais pas suffisant. L’impératif catégorique de Kant ? La valeur, au-delà du prix ? La règle d’or, le double commandement biblique d’amour ? La personnalité de toute personne ? Et les animaux, et la nature ? Dites-moi, qu’est-ce la dignité de toute personne et je saurai comment la respecter.

Valeurs ou principes éthiques, fondamentaux pour et de l’Église, «inhérents», où sont la justice, l’autonomie, la liberté, la bienfaisance et la bientraitance, les talents et la capabilité, la sollicitude, la miséricorde, la solidarité et l’empathie, la vie et la paix, la vérité, la communauté … l’articulation avec les principes constitutifs, et pas seulement en les évoquant, la croix et la résurrection ?

La Parole et les Écritures ? La foi, la prière, le Christ et le règne de Dieu ? La gratitude, la grâce, le pardon ? L’articulation avec le serment de consécration ?

Où est tout ce champ qu’on appelle écologie, environnement, nature, création … ?

Et comment faire avec les conflits possibles entre les différents valeurs, principes, règles et moyens ? En situation concrète chacun, chacune de nous dans son auto-nomie doit trancher selon les maximes que sa conscience (ou sa foi) lui impose. Le Conseil synodal ne peut nous aider, même devant Dieu nous sommes renvoyés à nous-mêmes.

«Tu aimeras ton prochain comme toi-même, comme tu t’aimes toi-même, comme toi-même aimes.»

Que guide-nous, qui guide-nous ? Un code d’éthique et de conduite ?

Les personnes engagées dans l’EERV respectent la dignité de toute personne rencontrée durant l’exercice de leurs fonctions et préservent par tous les moyens l’intégrité physique, psychique et spirituelle de ces personnes.

L’EERV ne tolère aucun geste ou attitude inadapté·e en matière de harcèlement sexuel ou d’abus et déclenchera systématiquement les mesures légales et contractuelles qui en découleraient.

C’est du concret, le sexuel oui, mais l’abus ? Abus sexuel, psychologique, spirituel, de pouvoir, intellectuel, etc. ? Qui les discerne, les dénonce, les juge et les sanctionne, au-delà de la loi étatique ?

Les personnes engagées dans l’EERV ont un devoir d’accueillir et accompagner sans discrimination toute personne sans distinction de race, de couleur, de genre et d’orientation sexuelle. Elles veillent à promouvoir l’inclusivité dans le respect des différences et des diversités.

Absolument d’accord, je signe, mais quand on commence à énumérer on ne peut plus se limiter à la race (par ailleurs cela n’existe pas, seulement racisme et anti-racisme ), de couleur (est-ce autre chose que ce que le texte vise en disant «race» ?), genre (mérite discussion) et orientation sexuelle. Les enfants, les vieux, les personnes en situation de handicap (comme catégorie même trop large), les malades, les … «vulnérables» ? Et les femmes ? Une simple orientation sexuelle ? Un genre ? Et l’antisémitisme, dans toutes ses formes ? Si on ne fait pas attention, on discrimine en mettant certaines personnes dans une catégorie, d’autres dans une autre, certaines dans ce paragraphe-ci, d’autres dans un autre, sous le paragraphe «Responsabilité» par exemple. Certaines, on les oublie même. Ce code suit une tendance plus politique, ou simplement de mode, qu’une réflexion objective, psycho-sociologique, historique, philosophique ou théologique.

«Inclusivité dans le respect des différences et des diversités» ? C’est naïf, et je sais de quoi je parle. Comment se fait-il par exemple que dans nos cultes bien rares sont les personnes avec déficience intellectuelle, qu’il y ait des aumôneries spécialisées, et ce ne sont que deux questions d’une réflexion bien plus large.

Discrimination systémique en Église, Église protestante réformée, y a-t-il quelqu’un qui a posé et étudié la question ? Abus, à part des abus dénoncés par ceux et celles qui arrivent à et peuvent dénoncer les abus ? Il se pourrait que la manière d’imposer ce code soit un abus de pouvoir.

Les personnes engagées dans l’EERV portent une attention particulière au cadre de l’engagement des bénévoles.

Encore une coquille vide : combien sont-ils qui ne sont pas bénévoles en Église, quantité négligeable sommes-nous. L’Église est faite par les bénévoles, et une bonne part de ce que je fais, en Église, dans l’EERV, est du bénévolat.

«laïques élu·e·s dans une fonction»

Par ailleurs, comment voulez-vous imposer ce code aux bénévoles «élu·e·s» ?

Par ailleurs du par ailleurs, le synode, – et c’est une question de procédure, de pouvoir et d’abus de pouvoir, et non pas le lancement d’une polémique -, a-t-il statué sur le langage utilisé et à utiliser dans les documents officiels, langage épicène ou inclusif ?

Responsabilité

Responsabilité, une valeur fondamentale, suivant la logique inhérente à ce texte, avec le respect, avec la confidentialité, la qualité de service et la probité ?

Toute personne engagée dans l’EERV a une responsabilité particulière à l’égard des personnes vulnérables, ainsi que des personnes mineures.

La vulnérabilité est innée à la condition humaine. C’est en situation concrète qu’elle se manifeste.

Toute activité impliquant des mineur·e·s se doit de respecter la charte de qualité pour les activités impliquant la prise en charge de mineur·e·s du 1er avril 2022 et de suivre une formation spécifique de prévention d’abus.

La Loi vaudoise sur la protection des mineurs (LProMin) de mai 2004 précise que l’obligation de renseigner l’emporte sur le secret professionnel, et qu’une personne engagée dans l’EERV doit informer sa hiérarchie dans une situation de mineur·e à protéger.

Formulation peu précise, voire inexacte ; elle relativise le secret professionnel outre mesure. Pour les mineurs c’est réglé, et encore, par l’État. Mais que ferais-je si sous le secret pastoral quelqu’un me confessait un crime ? Qu’est-ce que j’ai à dire quand … je ne peux pas vous le dire. Nous nous retrouvons devant une antinomie : le secret professionnel est absolu et la protection des mineurs est absolue. Moralement, que le Conseil synodal nous délie du secret professionnel en une situation où nous serons amenés à violer le secret professionnel dans l’intérêt de la protection d’une personne mineure ne nous rendra pas moins coupables. Au niveau de la conscience, nous devrons porter la faute et vivre avec elle.

L’articulation entre secret et protection devrait toujours être pensé et repensé, elle ne se laisse pas régler par la loi ou un code d’éthique. Comme devrait être pensé et repensé, au moins pour les pasteurs, à la lumière des Écritures, le champ de la confession. Théologie du ministère, déontologies professionnelles, théologie de la consécration …

Art. 321 Code pénal suisse (CP)

3. Demeurent réservées les dispositions de la législation fédérale et cantonale statuant un droit d’aviser une autorité et de collaborer, une obligation de renseigner une autorité ou une obligation de témoigner en justice.

LProMin Art. 26a Signalement 10

1 Toute personne peut signaler la situation d’un enfant semblant avoir besoin d’aide. Elle adresse son signalement simultanément à l’autorité de protection de l’enfant et au service.

2 L’obligation de signaler, simultanément à l’autorité de protection de l’enfant et au service, le cas d’un enfant semblant avoir besoin d’aide au sens des articles 301 et ss CC[C] est réglée par la loi vaudoise d’application du droit fédéral de la protection de l’adulte et de l’enfant (LVPAE)[S] .

LOI 211.251 d’application du droit fédéral de la protection de l’adulte et de l’enfant

Art. 32 Signalement d’une situation d’un mineur ayant besoin d’aide

1 Toute personne qui, dans le cadre de l’exercice d’une profession, d’une charge ou d’une fonction en relation avec les mineurs, qu’elle soit exercée à titre principal accessoire ou auxiliaire, a connaissance de la situation d’un mineur semblant avoir besoin d’aide, a l’obligation de la signaler simultanément à l’autorité de protection et au service en charge de la protection des mineurs (ci-après : le service).

2 Sont notamment astreints à cette obligation les membres des autorités judiciaires, scolaires et ecclésiastiques, les professionnels de la santé et les membres du corps enseignant, les intervenants dans le domaine du sport, les préfets, les municipalités, les fonctionnaires de police et les travailleurs sociaux, les éducateurs, les psychologues scolaires, les psychomotriciens et les logopédistes.

Statut

Toute personne engagée dans l’EERV est consciente de son statut et n’utilise pas celui-ci à des fins de manipulation, d’abus de pouvoir ou de toute autre fin malhonnête. Elle n’agit pas de manière déplacée par des contacts physiques inappropriés et/ou non-consentis.

Je suis un laïc avec délégation pastorale. Celle-ci l’Église évangélique réformée du Canton de Vaud me l’a accordée lors de ma consécration. Ceci est une confession de ma foi, et je sais que mes collègues ne partagent pas tous et toutes cette vision, cette théologie du ministère et de la consécration. Et c’est bien ainsi. Le débat est et reste ouvert.

Discours

La communication utilisée par les personnes engagées dans l’EERV doit être adaptée à son audience et être respectueuse des sensibilités de chacun·e. Toute personne engagée dans l’EERV s’engage à adopter une attitude disponible et accueillante, exempte de tout discours irrespectueux, discriminant ou offensant.

«respectueuse des sensibilité de chacunE», «discours irrespectueux, discriminant ou offensant», d’un côté évident, de l’autre problématique : qui en juge ? La victime ? La sensibilité ne se laisse pas objectiver, et la parole biblique ni la respecte, ni la ménage. Ce passage reflète bien l’arrière-fond sociétal du «wokisme» dans sa forme identitaire problématique.

Ce pourrait être l’occasion de mener une réflexion sur notre «philosophie», ou nos philosophies, dans l’EERV, à la lumière des Écritures : est-elle, sont-elles, veulent-elles, devraient-elles être identitaires ou universelles, ou universalistes ? Quelle «vérité» et quel rapport avons-nous à la «vérité» ? Quelle éthique privilégions-nous pour formuler nos codes déontologiques : une éthique déontologique, de responsabilité, utilitariste, objective, procédurale, de vertu ? Une autre encore ? Chrétienne ?

Ce qui nous amènerait aussi à nous débattre sur les différents courants spirituels qui traversent notre Église et notre rapport à la société et au monde, bien au-delà du «wokisme». Notre Église, est-elle, veut-elle, peut-elle encore être «multitudiniste» ?

Prise de position publique/réseaux sociaux

Toute personne engagée dans l’EERV doit scrupuleusement faire preuve de prudence, lorsqu’elle s’exprime publiquement, y compris sur les réseaux sociaux. Elle évitera toute prise de parole polémique incompatible avec les valeurs de l’EERV.

De surcroît, lorsqu’elle s’exprime à titre personnel et privé, elle sera particulièrement attentive au fait que ces prises de position n’apparaissent pas comme émanant de l’EERV.

Toute prise de position au nom de l’EERV doit être validée par l’OIC (selon directive du CS).

«Scrupuleusement», encore un terme absolu.

«Incompatible avec les valeurs de l’EERV», quand, comme nous le voyons, les discussions sont ouvertes sur ces valeurs. Le Conseil synodal, s’autoriserait-il à les définir et imposer ? Qu’il les définisse !

Que les prises de position n’apparaissent pas comme émanant de l’EERV.

Toute prise de position d’une personne se réclamant appartenir à l’EERV et souscrivant aux principes constitutifs est une prise de position émanant de l’EERV.

Dans une ecclésiologie protestante réformée «je suis, nous sommes Église, EERV» et ma position est une position devant Dieu : pas d’intermédiaire (à part Jésus Christ, Fils de Dieu, Dieu lui-même … Nicée-Constantinople … mais confession de foi officielle n’avons-nous pas dans l’Église réformée, en tout cas pas aussi longtemps que nous tenons au multitudinisme).

Confidentialité et secret professionnel

De manière générale, les professionnel·le·s chargé·e·s de mission sont tenus au secret professionnel, selon le code pénal, sauf dans les cas prévus par ce même code.

Toute personne engagée dans l’EERV est soumise à l’obligation de garder le secret. Elle fait preuve d’une discrétion absolue à l’égard des informations de nature personnelle. Conformément au devoir de discrétion, elle ne doit pas révéler des faits destinés à rester confidentiels.

Le/la ministre et les animateur·trice d’Église sont tenu·e·s au secret professionnel. Ils/elles sont soumis·e·s à l’art. 321 du Code pénal, en cas de violation de ce secret.

Distinction plus claire mériterait d’être faite entre secret professionnel, secret de fonction et devoir de discrétion ? Quel registre s’appliquerait dans quelle situation et pour qui, quelle profession, quelle fonction, quel «statut», employés et «bénévoles», ministres et laïques ? Qu’est-ce qu’un, une ecclésiastique dans une Église protestante réformée ? Parce que c’est le mot «ecclésiastique» qu’utilise le code pénal.

Art. 321 Code pénal suisse (CP)

1. Les ecclésiastiques, avocats, défenseurs en justice, notaires, conseils en brevet, contrôleurs astreints au secret professionnel en vertu du code des obligations, médecins, dentistes, chiropraticiens, pharmaciens, infirmiers, physiothérapeutes, ergothérapeutes, diététiciens, optométristes, ostéopathes, ainsi que leurs auxiliaires, qui auront révélé un secret à eux confié en vertu de leur profession ou dont ils avaient eu connaissance dans l’exercice de celle-ci, seront, sur plainte, punis d’une peine privative de liberté de trois ans au plus ou d’une peine pécuniaire. Seront punis de la même peine les étudiants qui auront révélé un secret dont ils avaient eu connaissance à l’occasion de leurs études. La révélation demeure punissable alors même que le détenteur du secret n’exerce plus sa profession ou qu’il a achevé ses études.

2. La révélation ne sera pas punissable si elle a été faite avec le consentement de l’intéressé ou si, sur la proposition du détenteur du secret, l’autorité supérieure ou l’autorité de surveillance l’a autorisée par écrit.

3. Demeurent réservées les dispositions de la législation fédérale et cantonale statuant un droit d’aviser une autorité et de collaborer, une obligation de renseigner une autorité ou une obligation de témoigner en justice.

Qualité

Toute personne engagée dans l’EERV s’engage à fournir des services de qualité. Elle travaille dans un souci d’entraide et de collaboration. Elle doit s’assurer que son niveau de compétence est suffisant à l’accomplissement de ses tâches. Des entretiens d’évaluation sont organisés à intervalles réguliers par l’instance compétente.

Je n’avais jamais l’intention de fournir des services de mauvaise qualité.

Le travail en équipe surgit indirectement, sans être nommé comme tel.

En Église il est souvent confondu avec la répartition des tâches.

Comme principe déontologique il mériterait d’être nommé, développé, et avec lui une réflexion sur les différents niveaux de prise de décision (directive, consultative, participative, consensuelle, etc.).

Probité

Les personnes engagées dans l’EERV entrant en contact avec les aspects financiers et de gestion d’un lieu d’Église ou d’un conseil doivent administrer la réception et l’utilisation des dons et des subventions avec transparence et intégrité. Les fonds doivent être utilisés de manière justifiée et en cohérence avec les besoins de l’institution.

Les personnes engagées dans l’EERV acceptent les cadeaux avec modération et discernement. Elles déclinent les cadeaux, faveurs et avantages pouvant altérer leur jugement et leur comportement professionnel.

Œcuménisme et dialogue

Les personnes engagées dans l’EERV font preuve d’ouverture d’esprit et d’acceptation.

Merci de me le rappeler …

Au cours des activités de l’EERV, elles prennent en compte les différences culturelles et religieuses.

L’œcuménisme fait partie des missions de l’EERV. Les personnes engagées dans l’EERV contribuent à la conciliation et l’harmonie des chrétien·ne·s.

Ici le langage épicène me dérange vraiment ; il y a donc des chrétiens et des chrétiennes. Et les autres chrétiens, ceux et celles qui ne sont ni chrétiens, ni chrétiennes, mais non-binaires ?

Les personnes engagées dans l’EERV s’engagent pour la conciliation de tous les individus, quelle que soit leur appartenance religieuse, et participent à la paix religieuse.

«Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive», «celui qui n’est pas contre vous est pour vous», «qui n’est pas avec moi est contre moi»,

… faisons le travail exégétique et herméneutique nécessaire pour savoir où est la limite de la tolérance, comment construire la paix religieuse et comment la défendre quand elle est menacée chez nous.

Changement de poste et départ à la retraite

Les ministres et animateur·trice d’Eglise appelé·e·s à changer de poste dans un lieu d’Eglise, une paroisse ou une aumônerie, ou quittant un tel lieu lors de la retraite, veilleront à se retirer totalement de leur champ de travail et éviteront toute immixtion dans l’ancien poste, à l’exception des vicaires retraité·e·s.

«Totalement», encore une formulation «totalitaire». Comme pasteur retraité je dois donc arrêter les bénévolats que j’offre dans les «champs de travail» qui étaient les miens ? Ne plus m’investir dans le champ de la jeunesse, du handicap mental, de la santé ou de la vie paroissiale ? Je sais bien que ce n’est pas l’intention de ce code, je lui demanderais seulement de le formuler correctement, de sorte qu’on puisse l’utiliser comme base pour juger des situations concrètes.

Toute personne engagée se doit d’être loyale envers l’EERV et fiable envers la hiérarchie et les personnes dont elles ont la charge.

Compliqué quand on se doit d’être loyal et fiable envers Dieu en Christ.

La morale, ce code-ci se revendique éthique, ne connaît pas «doit», seulement «devrait», parce qu’elle sait qu’elle est visée et promesse, impératif et indicatif, quelque chose à atteindre, mais qui est souvent, trop souvent, inatteignable.

«Le bien que je veux, je ne le fais pas ; mais le mal que je ne veux pas, je le fais.»

Quand loyauté est revendiquée fait irruption, et pas seulement en Église, la ligature d’Isaac (Elohim et Adonaï, Abraham, Job, Hannah Arendt et Emmanuel Kant ; Omri Boehm, Radikaler Universalismus, Jenseits von Identität, Ullstein 2023).

Sola scriptura, sola gratia, sola fide, solus Christus.

Que guide-nous, qui guide-nous ? Code d’éthique et de conduite ?

Il se pourrait même, l’histoire des Église en témoigne, que la transgression et la désobéissance, en situation de désobéissance de l’Église à l’égard de la «loi de Dieu», soit loyauté véritable envers l’Église.

Le Conseil synodal, novembre 2024

Voici un texte qui ne respecte pas la diversité des «professions», nivelle les exigences vers le bas, protège davantage la hiérarchie ou «l’institution» que les «bénéficiaires», veut «garantir» quelque chose qu’il ne peut pas garantir, est donc vitrine pour l’extérieur et seulement faible instrument pour ceux et celles qui s’engagent «sur le terrain». Il est expression parmi d’autres d’une «institution» qui a peur, n’est plus sûre des fondements de sa morale (synonyme d’éthique) et reproduit une tendance sociétale identitaire, et non pas universaliste, – universaliste, ce que je demanderais à une Église qui se revendique évangélique et réformée -, pour se protéger et se dédouaner quand en son sein problème réel il y a, abus, harcèlement, discrimination, manipulation, conflit, violence et exclusion, individuels, collectifs et systémiques. «Regardez, nous avons un code d’éthique et de conduite», si problème il y a, c’est l’individu qui en est responsable, c’est donc un «cas particulier», et non pas un problème systémique d’éthique et de conduite de l’Église EERV dans son ensemble, corps, communauté, «institution» ; «éthique» et «conduite» étant par ailleurs un pléonasme.

«Code d’éthique et de conduite», me manque enfin un paragraphe sur les devoirs de «l’employeur» et les engagements qu’il prend à l’égard de ses «employés», notamment là où pour des raisons systémiques, ou «institutionnelles», atteinte à la dignité il y a.

Au vu de le tonalité de ce texte, je me demande aussi si le principe de présomption d’innocence est encore en vigueur et à quoi l’employeur s’engage au cas où un ou une employéE est sous enquête, pénale ou administrative.

«Le Seigneur mit un signe sur Caïn pour que personne en le rencontrant ne le frappe.»

Comment protéger la dignité du fautif ?

Un dernier mot : j’espère que le lecteur, la lectrice de cette analyse aura compris que j’attendrais de mon Église davantage que ce code pour protéger les personnes en situation de dépendance et de vulnérabilité, que dans une démarche participative et réflexive une vraie culture de bienfaisance en situation de crise et une éthique d’habilitation (d’autonomisation, « empowerment ») au-delà de la crise soient développées et cultivées. Et là où abus il y a eu, il y a et il y aura, que l’Église reconnaisse ses torts.

Armin Kressmann, avril 2025

Une réflexion au sujet de « Code d’éthique et de conduite de l’EERV – Une analyse critique (Armin Kressmann) »

  1. Cher Armin,
    Je tiens à te remercier pour ton courrier des lecteurs sur le code éthique et de conduite de l’EERV. Ce n’est pas un code de déontologie, mais un règlement qui n’ose pas se déclarer tel. J’avais en son temps été mandaté par l’EERV pour 1) écrire un préambule à une première version puis, au vu de mes remarques et réticences devant un tel texte, 2) pour mettre en chantier un code de déontologie. Mais j’ai rapidement renoncé, d’abord parce que j’étais déjà la retraite et ensuite parce que je n’en avais pas les forces. Il me semble qu’un tel code doit être produit par les professionnels eux-mêmes et non par l’institution et ceux qui la dirigent.

    J’ai aimé ton bref article sur l’EERV, où va-t-elle? De mon côté je plaide depuis longtemps pour le retour de la célébration aux laïcs (je supporte de moins en moins cette distinction clerc-laïc…). Nous faisons en paroisse à Chexbres une expérience dans ce sens, heureuse et stimulante.

    J’avais en son temps proposé une formation sous le titre « À quoi sert le culte? » et dont les axes étaient clairement anthropologiques: la nécessité du culte n’est pas liée au besoin de Dieu d’être adoré!

    Bernard Bolay

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