Significations du handicap mental 1 – Le sujet

Significations du handicap mental : 1 Le sujet

« La première apparition du nouveau, c’est l’effroi. » (Heiner Müller)

« … aucune éthique ne peut se permettre de laisser hors de soi une part de l’humain, si ingrate soit-elle, si pénible à regarder. » (Giorgio Agamben)

« La série est toujours une série d’exceptions » (Slavoj Zizek suite à Jacques Lacan)

Mon travail traite la condition humaine, sous l’aspect du handicap : ce que je suis se confronte à un ob-stacle, une réalité, souvent institutionnelle, posée devant moi et que je ne peux pas surmonter seul. L’obstacle, s’il est normatif, est posé arbitrairement. Une fonction sociale, assumée par une multitude d’institutions, définit de quel côté de la norme je me retrouve, dedans, dans la normalité, ou dehors, hors norme, donc anormal. Cette fonction d’inclusion ou d’exclusion est traditionnellement celle du prêtre.

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Le jeu comme enjeu – Johan Huizinga

J’ai proposé le concept du jeu comme mode de communication fondamental, notamment avec des personnes mentalement handicapées.

Cela pour plusieurs raisons :

  1. La réalité de l’autre en tant que telle et comme il la conçoit nous échappera toujours
  2. La distinction entre ce qui est « sérieux » et ce qui est « jeu » est en conséquence discutable
  3. Le jeu permet la mise en égalité de joueurs a priori inégaux (par le « handicap ») ; le jeu est liberté (Huizinga)
  4. Dans un espace régulé par les règles du jeu
  5. Celles-ci élaborées par les joueurs lors du jeu
  6. À l’intérieur d’un autre espace, l’institution qu’on pourrait aussi concevoir comme espace de jeu, qui permet (devrait permettre), favorise et soutient cette élaboration
  7. Donc une succession d’espaces (institutionnels) conçus comme espaces de jeu, espaces intermédiaires, « entre », là où se retrouve la personne handicapée régulièrement
  8. Une succession qui, ce serait à étudier, pourrait permettre à cheminer ensemble « hors handicap », en handicapant, si besoin était, la « personne non-handicapée » (cf. Le « handicap » – le terme, son histoire et soin origine)

Reste à discuter la conception du jeu comme réalité ou de la réalité comme jeu, le côté ludique ou sérieux de la réalité. Les auteurs, me semble-t-il, ont des avis divergents.

Commençons avec le « classique », Johan Huizinga, et son livre « Homo ludens », « Essai sur la fonction social du jeu » (Gallimard, 1951) :

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L’espace intermédiaire et le jeu : « Jouer, c’est faire » – Donald W. Winnicott

L’environnement joue dans la conception actuelle de la réalité du handicap un rôle prépondérant : une personne telle qu’elle est, avec ses forces et ses faiblesses, ses capacités et ses déficiences, est handicapée seulement quand un facteur environnemental la met « en situation de handicap ». C’est alors un obstacle, – physique, psychique, institutionnel, etc., un facteur extérieur à la personne, « posé devant elle », ob-stacle, insurmontable pour elle avec ses déficiences -, qui provoque ce que nous appelons aujourd’hui « handicap ». L’environnement, l’espace qui entoure la personne, est en conséquence constitutif, pas seulement du handicap, mais de la personne en elle-même.

« De tout individu ayant atteint le stade où il constitue une unité, avec une membrane délimitant un dehors et un dedans, on peut dire qu’il y a une réalité intérieure, un monde intérieur, riche ou pauvre, où règne la paix ou la guerre. …

Si cette double définition (dedans et dehors, AK) est nécessaire, il me paraît indispensable d’y ajouter un troisième élément : dans la vie de tout être humain, il existe une troisième partie que nous ne pouvons ignorer, c’est l’aire intermédiaire d’expérience à laquelle contribuent simultanément la réalité intérieure et la vie extérieure. » (Donald W. Winnicott ; Jeu et réalité ; L’espace potentiel ; Gallimard, Paris 1975, p. 29s)

Pour Winnicott, cet espace, « l’aire intermédiaire d’expérience », est constitué à partir des « objets transitionnels », qui « sont là, à la place du sein » (p. 31)  maternel, et des « phénomènes transitionnels » où le jeu prend une place primordiale :

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Spiritualité et spiritualités : « spiritualités ludiques »

Si à la limite, – frontière, marge, « no man’s land », « terra nullius » qui n’est pas « land without any man »  -, espace il y a, comment l’habiter ?

Nous sommes enfin devant des spiritualités qui ne pensent ni la transcendance à partir de l’immanence, ni l’immanence à partir de la transcendance, ni d’abord ce qui se passe à la limite, sur la marge, au seuil des deux, mais qui veulent habiter l’espace qui s’ouvre entre elles quand elles entrent dans une dynamique d’échange et de négociation. Ce sont des spiritualités que j’appelle « spiritualités ludiques », – d’ordre pédagogique, artistique et/ou religieux.

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