Spiritualité et spiritualités : « spiritualités croyantes »

Les « spiritualités croyantes »[1] reconnaissent un « au-delà », s’inscrivent dans une tradition et une culture[2], reçoivent quelque chose qui est donné et qui vient d’ailleurs. Elles pensent la spiritualité à partir d’une histoire, voire d’une « révélation »[3]. Si celles-ci sont rattachées à un absolu qu’on appelle ou qu’on peut appeler Dieu, ces spiritualités sont religieuses, et la pensée qui les pense s’appelle théologie. Autrui est un autre. La transcendance se manifeste dans l’immanence ; c’est elle, la transcendance, qui transcende la condition humaine.

Le principe d’accompagnement qui les guide est la bienfaisance, son fondement le paternalisme[4]. En matière morale et spirituelle, on fait comme les « pères » ont fait.

Armin Kressmann, Rapport « La spiritualité et les institutions », CEDIS 2008


[1] Avec des auteurs comme Hans Urs von Balthasar, Paul Tillich, Alasdair McIntyre ou Stanley Hauerwas, qui nous intéressent dans notre contexte.

[2] La laïcité a évidemment aussi une histoire et fait partie d’une culture ; mais pour la pensée autonome, en principe, on peut en faire abstraction et faire comme si on partait à zéro. Dans ce sens, ce type de spiritualité qui mise sur l’autonomie quasi absolue du sujet pensant est quasiment anhistorique.

[3] En écho à la note précédente, je dirais que toute spiritualité a une dimension de foi, mais sans tout de suite parler de foi en Dieu. Quelque part spiritualité n’est jamais « raisonnable ».

[4] Sans jugement de valeur ! Ne pensons qu’au paternalisme médical remontant au Sermon d’Hippocrate.

« Spiritualité et spiritualités  12 : « spiritualités laïques »

Spiritualité et spiritualités 14 : « principlisme » – bioéthique »

Spiritualité et spiritualités : définition par opposition

Dé-finir, dé-limiter la spiritualité, l’insaisissable, par ce qui s’y oppose, par ce qui se laisse saisir !

Il est simple de dé-finir la spiritualité par la négative, en nous y approchant par ce qu’elle n’est pas, parce que ce qu’elle n’est pas, cela est tangible et maniable (« handfest »). Cette approche se fait dans l’espoir que par la suite le tangible nous offre les métaphores et paraboles qui nous permettent de concrétiser ce qui nous échappe autrement. Nous « touchons du bois » avec Carl Friedrich von Weizsäcker :

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Spiritualité et spiritualités : défnition à partir du mot « esprit »

Cette approche a été menée de la manière la plus détaillée par Sœur Lucy Tinsley. Celle-ci a publié son étude en 1953[1], donc avant ou juste au début du grand bouleversement qui a fait voir se dissocier « religion » et « spiritualité ». A la même époque Hans Urs von Balthasar l’a magistralement conceptualisée[2].

Cette approche est, encore aujourd’hui, une démarche quelque part mystique, fortement liée à la liberté de l’esprit, qui laisse ouvert le cheminement et son aboutissement, soit-il religieux ou non. C’est sûrement l’approche qui reste la plus fidèle à « l’esprit de la spiritualité », mais aussi celle qui se laisse la moins contrôler. Dans ce sens, elle correspond au mieux à l’univers du handicap et de la « folie », mais inquiète comme celles-ci notre époque qui cherche à tout maîtriser. C’est l’approche des art-istes ! C’est aussi elle qui interroge le plus et met fondamentalement en question mon mandat même ; elle dit : vouloir dé-finir la spiritualité est un non-sens.

Armin Kressmann, Rapport « La spiritualité et les institutions », CEDIS 2008


[1] Lucy Tinsley ; The French Expressions for Spirituality and Devotion, A Semantic Study; The catholic University of America Press, Washington 1953

[2] Hans Urs von Balthasar ; L’Évangile comme norme et critique de toute spiritualité dans l’Église ; Concilium 1965, no. 9, p. 11-24

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Spiritualité et spiritualités 9  : définition par opposition »