Il y a miracle et miracle, ce qu’on appelle en allemand « Wunder » et ce qu’on appelle « Mirakel », miracle le premier, prodige le second. D’abord celui-ci :
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Régine Scelles (dir.) (2008), Handicap : l’éthique dans les pratiques cliniques. Postface d’Emmanuel Hirsch
Editions érès, Ramonville Saint-Agne, 293 pages
ISBN 978-2-7492-0955-5
Recension publiée dans Bioethica Forum, Journal Suisse d’Éthique Biomédicale, vol. 2, no. 2, 2009
Institution égale contention
Hannah Arendt et le monde des institutions socio-éducatives
Institution égale contention, c’est une évidence ! Toute institution donne un cadre, sur la base de lois et de règles. Elle a été fondée par un acte de droit, de droit privé ou de droit public, récemment ou il y a longtemps, aussi longtemps que ses traces peuvent se perdre dans les mythes de l’histoire. Droit, loi, règles, cadre et limites, tout institution est un contenant qui contient et cadre un contenu. C’est lui, le contenu, qui est sa fin ; c’est ce qui habite le contenant qui compte et non pas le contenant en soi, c’est-à-dire l’institution. L’institution n’est que moyen. Malheureusement toute institution a finalement la tendance de se justifier par elle-même et de persister hors les besoins et les intérêts de son contenu pour qui elle a été instituée. Et quand les moyens deviennent fin nous sommes dans la violence ; pour sauvegarder le contenant, le contenu est sacrifié. Cela s’appelle la raison d’Etat.
L’année 2006 était l’année Hannah Arendt. Cette femme penseur, tellement engagée contre tout totalitarisme, ne nous a pas seulement quelque chose à dire par rapport au politique en général, mais aussi en ce qui concerne le politique institutionnel, les « cités » que constituent en soi les institutions socio-éducatives.
Hannah Arendt distingue la violence du pouvoir par son côté instrumental, utilitariste, qui tend vers une fin ou un but. Le pouvoir s’appuie sur une délégation, une légitimité remise par d’autres, la violence sur des seuls moyens ou outils.
Aussi, pour Hannah Arendt, la tradition politique définit la « non-liberté » doublement : d’un côté par le fait d’être exposé et soumis à la violence d’un autre, de l’autre côté par le fait d’être exposé et soumis à la nécessité nue de la vie. De fait, la vie d’une société n’est pas définie par la liberté, mais par la nécessité. En résulte la contrainte du travail.
Ainsi, les résidents de nos institutions socio-éducatives sont exposés à des risques multiples de violence et de maltraitance, en dehors de toute maltraitance physique primaire :
1. Comme personne d’autre ils subissent les nécessités de la vie, étant souvent dépendants déjà pour des actes quotidiens premiers, des soins de base à l’alimentation.
2. Dépendants d’autrui, ils doivent se remettre à son pouvoir ou subir sa violence.
3. Et, en général, ce ne sont pas eux qui choisissent et définissent leur cadre de vie, l’institution dans laquelle ils vivent.
Si, maintenant, l’institution se considère comme finalité en soi et, en plus, se définit, comme c’est la cas actuellement, davantage par les moyens que par les besoins, violence et maltraitance font partie du système, d’un système de contention maltraitant en dehors de toute contention malveillante. Et l’Etat en est complice.
Armin Kressmann 2006
Le clown et la non-violence
Le clown nous fait entrer dans un autre monde, le monde … du rêve, de l’enfance, du monde de l’autre, des profondeurs de nous-mêmes, de nos folies et de la folie … de Dieu ?
Si je suis le clown dans sa démarche, je peux essayer des choses que je ne pourrais jamais faire dans la vie « normale » …
Je peux découvrir qui je suis : moi, moi dans l’autre, l’autre en moi …
« Ça mange quoi un clown ? » disait une petite fille, « ça dort où ? » « Ça mange ce que tu veux, ça dort où tu veux, ça fait ce que tu veux, à ton gré ! »
Le clown porte en lui toutes les richesses et toutes les « imperfections » de l’humanité. Vivre pleinement son clown, c’est trouver cette juste distance entre liberté et responsabilité, c’est donc sérieux et en même temps drôle et enrichissant pour tous.
Ce que sait, ce qu’est et ce que respecte le clown – Les règles de clown comme règles de vie :
- Le clown relie le ciel à la terre : il a le nez … au ciel … et les pieds … sur terre.
- Le clown est un passionné : il reçoit le monde et les autres tels qu’ils se présentent à lui ; il n’a pas de préjugés. Il prend les choses telles qu’elles apparaissent à lui, avec amour, affection, empathie, sympathie, ouverture, compassion et passion, comme un cadeau qui l’émerveille.
- Le clown propose au monde et à autrui ce qu’il ressent et il reçoit les propositions que le monde et les autres lui font. Il les reçoit sans les juger, telles qu’elles lui adviennent.
- Le clown exprime ce qu’il ressent ; il fait part de ses sentiments et de ses émotions. Il les propose à autrui, comme un cadeau.
- Il assume sa violence ; il l’exprime sans violence, c’est-à-dire sans passage à l’acte !
- Il assume sa méchanceté et l’offre aux autres sans méchanceté.
- Le nez du clown représente l’intimité : on n’y touche pas ! On ne le met et on ne l’enlève pas devant le public !
- Le clown respecte la distance avec autrui. Sans permission, il n’entre pas dans la bulle d’autrui.
- Le clown, sans violence ni méchanceté, va dans les extrêmes ; les extrêmes de ses sentiments, de ses émotions, de ses mouvements, de ses idées, de sa timidité ou de son extériorité, sa gentillesse ou sa méchanceté, sa joie ou sa peine, ses larmes ou ses rires, ses silences ou ses bruits. Il exploite les extrêmes de la vie sans mettre en danger la vie, ni par ses paroles, ni par ses actes.
- Le clown va d’un extrême à l’autre. Quand sa vie bascule c’est lui qui bascule, des larmes aux rires et des rires aux larmes. Sans êtres extrémiste il est un extrémiste.
- Le clown est son corps et son corps c’est lui. Il parle avec son corps. Et son corps, c’est son nez, au milieu de son être, au milieu de son visage, et son corps ce sont ses pieds, bien gros et bien plantés en terre, même quand il perd pied, et son corps est ce qui est entre son nez et ses pieds, et son corps c’est ce qui est au-delà de son nez et de ses pieds, et son corps, c’est le ciel et la terre, et son corps est ce qui est au-delà du ciel et de la terre !
Le clown est tout et le clown n’est rien !