11.7 Quand le corps est esprit II – Handicap, structure, religion

Significations du handicap mental : 11.7 Quand le corps est esprit II – Handicap, structure, religion

Le corps est l’esprit et l’esprit le corps. Nous pouvons par une autre approche que l’inversion de la pyramide de Maslow arriver au même résultat. Dans sa particularité le polyhandicap nous confirme dans notre constat. Continue reading

Comment définir le professionnalisme de l’accompagnement spirituel dans une perspective chrétienne ?

  • Au centre des préoccupations est la personne.
  • La personne au centre, l’ultime doit aussi être une personne.
  • Une personne, c’est un nom, voire un prénom.
  • Le nom de l’ultime en tant que personne est Dieu. Continue reading

Face à la mort : « ReSpirE – Religion, Spiritualité, Ethique »

« Le sens du monde réside hors monde. »

« Je sais que le monde existe. Que je m’y trouve comme mon œil dans mon champ visuel. Qu’il y a quelque chose de problématique, ce que nous appelons son sens. Que ce sens ne réside pas en lui, mais en dehors de lui. Que la vie est le monde. » (Ludwig Wittgenstein)

Enjeux et questionnements

La question de la mort et de la vie après la mort est d’abord philosophique et, en l’occurrence devant le handicap mental profond, pédagogique, ensuite religieuse :

Dans nos relations, reconnaissons-nous une référence commune, un tiers commun autre que la loi (c’est-à-dire tout ce qui est institutionnel dans le sens large du terme) ? Et si oui, qui est-il ?

Avec la mort, la question de l’ultime, du premier et du dernier fait irruption.

« ReSpirE » : la spiritualité pose la question, la religion y répond concrètement (elle nomme l’ultime, rend visible l’invisible, accessible l’inaccessible) et l’éthique en tire les conséquences pratiques.

  • Quel est le sens de la vie ? Et de quoi découle-t-il ? Quel est le souci ultime et comment se concrétise-t-il ? Quel est le sens de la mort ?
  • Qui est au centre des funérailles ? Le défunt ou les survivants ? La mort ou la vie ?
  • Dans nos relations et devant les ruptures des relations, reconnaissons-nous une autre référence que toi et moi ? Y a-t-il un tiers dans nos histoires de vie ?
  • A qui attribuer le pouvoir absolu, le pouvoir sur la vie et sur la mort ?
  • Qui porte la responsabilité ultime ? Moi, toi, l’institution, l’État, la société, Dieu ?
  • Et qui porte la coulpe, la culpabilité objective ? Peut-il avoir pardon ?

Armin Kressmann 2011

Spiritualité et accompagnement socio-éducatif ; une esquisse

-         Le spirituel est une des dimensions qui constituent la globalité de la personne humaine dans son unicité (modèle bio-psycho-socio-spirituel).

-         Dans l’accompagnement socio-éducatif il faut donc aussi tenir compte des besoins spirituels de la personne.

-         La spiritualité ne se laisse plus confondre avec la seule religiosité.

-         L’art, l’éthique et la religion rendent spiritualité visible ; ils l’instituent en quelque sorte.

-         La religion répond à un souci ultime, donc à des questions de vie et de mort. Elle nomme l’absolu.

-         La spiritualité traite des questions de

  • sens (ce qui donne orientation)
  • transcendance (ce qui est au-delà)
  • identité (ce qui constitue)
  • valeurs (ce qui donne des repères)
  • appartenance (ce qui fait communauté)
  • reconnaissance (ce qui donne statut)

-         La spiritualité fait donc partie de l’accompagnement socio-éducatif.

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Comment supporter l’inexprimable ? L’incongruence entre langage et expérience

D’où vient le rapprochement du handicap (sévère), – et de la folie -, avec le sacré, « anges ou démons », la sainteté ou le mal, la présence ou l’absence de Dieu ?

Le contact avec le handicap (sévère) provoque des réactions émotionnelles fortes, de l’ordre du mystique, une confrontation immédiate avec des réalités absolues, la vie, la mort, la souffrance, l’impuissance, la colère, la sidération, du dégoût, du rejet, de la répulsion, mais aussi de la fascination.

Qu’est-ce qui nous arrive là ? Qui sommes-nous ? Qu’est-ce l’être humain ? Pourquoi ? Pourquoi ça ?

En ne reconnaissant en l’autre pas un autre moi-même, on ne se reconnaît plus soi-même.

L’ultime, l’absolu, en personne, s’impose. L’ultime, l’absolu, en personne, porte un nom : Dieu. Il est inexprimable, « unsagbar, unaussprechlich », au-delà du langage, sinon il ne serait pas absolu.

 « Es gibt allerdings Unaussprechliches. Dies zeigt sich, es ist das Mystische. », dit Ludwig Wittgenstein (Tractatus 6.522)

Celui qui a dit qu’il faut garder le silence sur ce qui ne se laisse pas exprimer (Tractatus 7) dit aussi, – c’est ce qu’on passe souvent sous silence -, que l’inexprimable se laisse percevoir, „erfahren“. Ralf Stolina parle « d’incongruence entre langage et expérience »[1]. Dans l’expérience, devant les faits, nous manquent les mots, nous manque la parole, le langage butte à ses limites, il est en situation de handicap.

Avec le handicap lourd et sévère, et tout particulièrement avec le handicap mental profond où toute communication devient extrêmement difficile, nous sommes dans ces catégories. La question de Dieu, ou du Mal, n’est pas loin. Comment parler du Dieu absent, ou trop présent pour être supporté ?

S’impose une « théologie négative ». Celle-là, est-elle silence, « Sigetik » (Giorgio Agamben) ?

 « (Damit ist gegeben), dass die Grenze der Sprache nicht auch die Grenze der Erfahrung ist und das Schweigen eine Rede eigener Art sein kann und nicht notwendig identisch ist mit Verstummen. »[2]

Armin Kressmann 2011

[1] Niemand hat Gott je gesehen, Traktat über negative Theologie ; de Gruyter, Berlin 2000, p. 76

[2] idem p. 76