Spiritualité en milieu hospitalier : critique

-         La « détresse spirituelle », est-ce une « pathologie spirituelle » ou une réaction « normale » face à une « pathologie physique, psychique ou sociale » ? C’est-à-dire, n’est-ce pas une sorte de « fièvre spirituelle », un symptôme « sain » d’une pathologie physique ou psychique[1] qui s’exprimerait au niveau spirituel ? Quel est le lien avec le psychosomatique et à quel moment la détresse serait à qualifier comme pathologique ?

Ces questions ont une certaine importance dans l’univers du handicap, du fait que celui-ci est toujours et encore, à juste titre ou non, rapproché à celui de la maladie et de la « folie » ; elles pourraient nous mettre sur des pistes pour sonder les « bonnes raisons », les logiques qui guident des personnes en situation de handicap, notamment mental, dans des attitudes et des actions qui pour les « normaux » et « bien-portants » manquent de logique. Et il se pourrait même que des réactions dites normales soient anormales, voire pathologiques, dans une situation de handicap donnée et que ce qui est considéré comme anormal soit plus normal et plus sain que le normal ; en conséquence, une réaction ou une attitude soi-disant « normale », mais inappropriée, de la part de l’entourage, professionnel ou non, pourrait s’avérer abusive et à la limite maltraitante.

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Spiritualité et spiritualités : « spiritualités de transition »

J’appelle « spiritualités de transition »[1] celles qui, tout en respectant comme la catégorie précédente l’altérité absolue de l’autre, travaillent à la frontière. On pourrait dire que c’est là qu’elles prennent leur point de départ, c’est la limite qui les intéresse en tant que telle. Elles se positionnent sur la marge et se posent la question de ce qui se passe là. Autrui, tout en restant autre, est un moi, moi-même un autrui, pour paraphraser Paul Ricoeur[2]. Immanence et transcendance s’imbriquent sans se confondre, et c’est cette imbrication[3] qui est au centre de la réflexion.

Dans l’accompagnement de résidents, c’est le tiers qui entre en jeu. C’est devant lui qu’on se retrouve, moi-même avec autrui, l’autre avec moi-même. C’est à lui, le tiers, qu’ensemble on se réfère, c’est en lui qu’ensemble on se reconnaît. L’institution devient image, icône, représentation de ce tiers ; elle a tout son sens aussi longtemps qu’elle le reste, le perd par contre au moment où elle se confond avec lui, quand elle n’est plus rappel du tiers, mais se présente elle-même comme sens et finalité.

C’est donc un espace qui s’ouvre, dans lequel une dynamique à trois devient possible. L’image de la Trinité nous rappelle cette dynamique à trois à l’intérieur de l’unité.

Armin Kressmann, Rapport « La spiritualité et les institutions », CEDIS 2008


[1] J’y mets des penseurs comme Theodor Adorno, Paul Tillich, Emmanuel Lévinas et Paul Ricoeur.

[2] « Soi-même comme un autre »

[3] Je rappelle l’articulation de la racine indo-européenne « -rt- », – art, rite, articulation -, et son lien avec la spiritualité évoqués au chapitre précédant.

« Spiritualité et spiritualités  15 : « spiritualités de rupture »

Spiritualité et spiritualités 17 : « spiritualités ludiques » »