Éducation et spiritualité 1 : saisir l’espace-temps

Premier article d’une série sur l’éducation et la spiritualité

Pour analyser l’impact de la spiritualité dans le domaine de l’éducation, nous partons de la courbe de la vulnérabilité de la personne humaine par rapport son âge (point de départ est le nombre des hospitalisations causé par la grippe saisonnière). Cette courbe nous ouvre un espace-temps, le temps déployé sur l’abscisse (axe x), l’espace sur l’ordonnée (axe y). Ce dernier est à travers la vulnérabilité caractérisé par le corps, ce qui est corporel (le « bio », mais aussi le « socio », dans un modèle bio-psycho-social). La vulnérabilité, – qu’on pourrait aussi qualifier d’entropie à échelle humaine -, est grande au début de la vie, puis diminue avec l’âge, pour remonter de nouveau et se manifester davantage dans la deuxième partie de la vie.

Le cadre de l’espace de la vie, – au fond l’espace-temps -, est dans le temps définit par la naissance et par la mort, dans l’espace (le corporel) par la frontière entre immanence et transcendance, la limite entre être et non-être, être ou « être autre(ment) », être corps ou ne plus être corps. Ces frontières sont les limites de la finitude individuelle ; au-delà il n’y a rien, ou infinitude. Cette dernière est le T, pour « Transcendance », dans la conception d’une spiritualité composée de plusieurs sphères ou dimensions, souvent quatre (STIV) ou six (STIV-AR).

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Spiritualité et religion, comment les distinguer (définitions) ?

Religion donne « Gestalt » à la spiritualité

Dans mon dernier article « Le handicap comme ‘Gestalt’ » j’ai affiné la vision de la spiritualité et sa place dans une conception bio-psycho-social de l’être humain. Cette démarche a laissé vacant cette quatrième dimension auparavant nommée « l’explicite spirituel ». Existe-t-elle et de quoi serait-elle faite ?

En radicalisant ma position, je postule que la quatrième dimension est la dimension religieuse de l’être humain, présente en tout être humain. Le bio-psycho-social devient en conséquence un bio-psycho-socio-religieux, englobé et tenu ensemble, enveloppé en quelque sorte, par le spirituel.

Comment cela ?

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Handicap lourd, situations extrêmes

Les situations extrêmes, – et avec le handicap lourd elles font irruption dans l’intimité de la famille -, font éclater, comme le mot le dit[1], le vivre ensemble, les systèmes des valeurs, les institutions, les compréhensions quelles qu’elles soient.

« La première peur est une gêne, une sorte de pénibilité qui nous est imposée par l’être qui n’est plus dans nos normes habituelles. Cette première peur se fait vite plus accentuée quand nous affrontons les transformations qui suivent son accueil : notre vie éclate, nos projet s’effondrent ; et au-delà de nous, individus, les différentes organisations sociales apparaissent rigides, fermées, hostiles : il faudrait les faire voler en morceaux. En nous, ou autour de nous, l’avènement d’un ‘handicap’ constitue une désorganisation à la fois concrète et sociale. Mais de là nous apercevons une autre désorganisation, bien davantage profonde et douloureuse : celle de nos compréhensions acquises, celle de nos ‘valeurs’ établies. » (Henri-Jacques Stiker ; Corps infirmes et sociétés ; Essais d’anthropologie historique ; Dunod, Paris 2005, p. 3)

Les situations extrêmes font fondre l’épaisseur et l’étendu du temps et de l’espace qui nous permettent de prendre de la distance face à l’inexorable, de re-culer, de ré-fléchir et de re-spirer. Elles aspirent tout, elles rapprochent ce qui, pour survivre et bien vivre, est d’habitude éloigné, séparé, espacé : la vie et la mort, le bien et le mal, le corps et l’âme, même Dieu et Satan comme le livre de Job l’illustre.

« Il y a un temps pour tout », dit Qohélet (Bible ; Premier Testament ; Qohélet, chapitre 3, verset 1).

Dans les situations extrêmes, il n’y a plus de temps pour tout, le temps est suspendu, fondu.

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