Toujours dans la suite « Communiquer avec le handicap » – Jusqu’au bout

« Le code est dans l’angle », disais -je.

Allons jusqu’au bout, disons, contre toute attente probablement : la bible est scientifique ; dans ses parties les plus significatives elle observe, elle décrit, elle réfléchit et elle témoigne, dans son langage et dans son temps. Ce n’est pas de la biologie, ni de l’astronomie, peut-être même pas de l’histoire ou de la sociologie, en tout cas pas dans le sens moderne de ces termes. Mais de la science de la vie telle qu’est la vie, la vie des humains et des autres êtres.

Au-delà, face à l’essence, face à l’au-delà, donc la métaphysique, elle reste pudique. Elle se méfie de l’ésotérisme, elle lui oppose une théologie qu’on appelle traditionnellement « négative », la seule qui est positive, scientifiquement « vérifiable » (ou, pour rester poperien, pas « falsifiable ») :

Si vous voulez voir l’essentiel, voici la croix, et le creux d’un tombeau vide.

Ni plus, ni moins.

Mais cela, je sais, vous n’aimez pas le voir, ni penser le reste à partir de là ; c’est tout notre problème.

Donc, pour la bible, « l’essentiel », ce qui est au-delà de la science, appartient à la foi.

Ce qui se voit dérange, un savoir qui dérange, et ce qui range, et pourrait arranger, l’ultime, la connaissance, ne se voit pas.

Rien à voir qui plaît, pas de « spectacle » plaisant, juste le regard sur la vie telle qu’elle est.

Serait-ce la raison plus profonde du vide dans les Églises dont les membres ne sont invités qu’à observer, à décrire, à réfléchir (par eux-mêmes) et à témoigner, sans spectacle ? Même plus de miracle. Ou tout, ou presque, en tout cas l’essentiel ?

Philosophie et théologie seules devant ce qui parle : en situation de …

Armin Kressmann 2011

 

Le « rôle d’être handicapé »

« Le mot ‘rôle’ n’avait au début aucune consonance sociologique. Il a pénétré par le vieux français dans l’anglais et le français médiéval. Il est dérivé du mot latin rotula ou rotulus. Ce terme de ‘rôle’ désignait à l’origine quelque chose de concret – le rouleau – puis le rouleau de parchemin sur lequel était écrite la pièce de théâtre dont on parlait. Par une évolution lente, le terme a fini par désigner le texte correspondant à la part que chacun devait prendre à l’action. » (Jacob L. Moreno ; Psychothérapie de groupe et psychodrame ; PUF, Paris 1965, p. 79)

« Le ‘rôle’ peut être défini comme la manière d’être réelle et perceptible que prend le Moi. ‘Nous définissons ainsi le manière d’être et d’agir (functioning form) que l’individu assume au moment précis où il réagit à une situation donnée, dans laquelle d’autres personnes ou objets sont engagés. Le rôle dépend donc de la ‘manière d’être au monde’ d’un individu, de sa situation et dans la position prise par lui dans un groupe donné ou une situation donnée, et de leurs relations réciproques. La représentation symbolique de cette manière d’être et d’agir, perçue tant par l’individu que par les autres, s’appelle le ‘rôle’. Cette manière d’être au monde provient provient des expériences passées et des modes culturels de la société dans laquelle vit l’individu … Tout rôle est une fusion d’éléments privés et collectifs. Chaque rôle a deux aspects : un aspect privé, personnel, individuel, et un aspect social, de groupe collectif. » (p. 81)

« Tout individu – de même qu’il a à n’importe quel moment un certain nombre d’amis et un certain nombre d’ennemis – dispose d’un éventail de rôles dans lesquels il se voit et fait face à un certain nombre de rôles qui lui donnent la réplique (contre-rôles) et que tiennent les autres autour de lui. Ils sont développés à des degrés différents. les rôles dans lesquels un individu agit forment l’aspect tangible de ce qu’on appelle son Moi. … Le rôle est l’unité de culture. Le Moi et le rôle sont en interaction continuelle. » (p. 83)

A partir de ces considérations de Jacob Moreno nous devons nous poser la question si « être handicapé » tient du moi ou est un rôle, rôle attribué par les autres dans le jeu de société qu’est le vivre ensemble. Continue reading