Comment parler du Dieu absent ? Une théologie palliative

On l’appelle « théologie négative » ; je n’aime pas ce terme. Pour opposer une vision autre à une théologie affirmative qui risque d’enfermer Dieu en ce qu’il n’est pas, j’utiliserais d’autres termes : mystère, croix, abîme, Dieu caché, incertitude, tâtonnement, et la théologie qui en résulte est mystique, et tournée vers l’éthique, une théologie profondément biblique, celle

- du buisson ardent (Exode 3) et du creux du rocher (Exode 33)

- d’Élie, de la caverne et du « bruissement ténu » (1 Rois 19)

- de Job, juste (plus que Dieu ?)

- du Cantique des cantiques, de la tendresse et de la caresse (Emmanuel Lévinas)

- de Nicodème (Jean 3), de la voix du souffle quand on ne sait pas d’où vient le vent ni où il va

- de Samedi saint, des soins du corps, de ce qui reste, et du tombeau, enfin vide

- de l’Ascension et de Pentecôte, de l’absence de Dieu qui instituent l’homme et qui font de lui avocat de l’homme, à l’image du Paraclet, « imago Dei », autrement

Une théologie palliative !

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Des résidents face à la charte de leur institution : un équilibre à trouver entre le contractuel et l’affectif

Ce qui avait été avancé par un groupe de résidents de l’Institution de Lavigny comme valeurs, ce qui compte dans leur vie,  était le point de départ pour faire un travail sur la charte de cette institution.

Après avoir récolté les valeurs des résidents, nous leur avons demandé de les mettre en relation avec les valeurs et principes institutionnelles :

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L’assistance au suicide et l’objectivisme

Quand on prend une valeur comme la vie comme valeur suprême objective[1], notre question est relativement vite réglée : autant le suicide que l’assistance au suicide sont interdits !

Mais une telle manière de faire peut nous amener dans des nouveaux dilemmes. Que faire, quand la vie et plus encore ses souffrances deviennent inhumaines, insupportables ? Nous pouvons nous retrouver dans la situation dénoncée par les défenseurs d’EXIT, l’acharnement thérapeutique, et, en cas d’échec des soins palliatifs, imposer au patient l’hétéronomie la plus totale, les douleurs, la souffrance morale et la perte de l’autonomie et de son droit à l’autodétermination.

Par contre, quand on prend une autre valeur comme valeur suprême, on pourrait arriver à des conclusions totalement opposées. Si on prenait l’autonomie comme valeur suprême, – ce qui, me semble-t-il, est une tendance dans la bioéthique classique -, il ne serait pas question de nier le droit de chacun, chacune de disposer de sa vie, et, sous certaines conditions (demande répétitive, souffrances, etc.), l’assistance deviendrait un devoir moral.

Devant ces contradictions possibles, un auteur comme Robert Spaemann a essayé d’établir une hiérarchie aussi objective que possible des valeurs à respecter et à suivre[2].

Armin Kressmann 2004

« L’assistance au suicide 9 : l’éthique de la responsabilité

L’assistance au suicide 11 : le communautarisme »


[1] Comme le fait Jonathan Glover par exemple, cf. in Helga Kuhse et Peter Singer, Bioethics, an Anthology, Oxford 1999, p. 194 :

« My aim will be to suggest that the doctrine of sanctity of life is not acceptable, but that there is embedded in it a moral view we should retain.”

[2] Robert Spaemann, Notions fondamentales de morale, Paris 1999

Assistance au suicide et institutions sociales : quelles valeurs mettre en avant ?

La situation telle qu’elle peut se présenter concrètement dans un établissement où le médico-social et le socio-éducatif ainsi que le privé et le public se côtoient et interagissent est complexe ; une multitude de facteurs et de valeurs qui sont en jeu, se confrontent et se contredisent parfois :

-          Le respect et la protection de la vie

-          Suicide ou « autodélivrance » ; respect de la liberté, c’est-à-dire principe d’autonomie, ou « délivrance », c’est-à-dire principe de bienfaisance et de non-malfaisance ? Bioéthique et paternalisme :

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Spiritualité en milieu hospitalier : critique

-         La « détresse spirituelle », est-ce une « pathologie spirituelle » ou une réaction « normale » face à une « pathologie physique, psychique ou sociale » ? C’est-à-dire, n’est-ce pas une sorte de « fièvre spirituelle », un symptôme « sain » d’une pathologie physique ou psychique[1] qui s’exprimerait au niveau spirituel ? Quel est le lien avec le psychosomatique et à quel moment la détresse serait à qualifier comme pathologique ?

Ces questions ont une certaine importance dans l’univers du handicap, du fait que celui-ci est toujours et encore, à juste titre ou non, rapproché à celui de la maladie et de la « folie » ; elles pourraient nous mettre sur des pistes pour sonder les « bonnes raisons », les logiques qui guident des personnes en situation de handicap, notamment mental, dans des attitudes et des actions qui pour les « normaux » et « bien-portants » manquent de logique. Et il se pourrait même que des réactions dites normales soient anormales, voire pathologiques, dans une situation de handicap donnée et que ce qui est considéré comme anormal soit plus normal et plus sain que le normal ; en conséquence, une réaction ou une attitude soi-disant « normale », mais inappropriée, de la part de l’entourage, professionnel ou non, pourrait s’avérer abusive et à la limite maltraitante.

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