Sont-ils différents ?

« Maman, qu’est-ce qu’il a, le monsieur ? ».

La question bien connue posée par l’enfant à sa maman devant une personne handicapée suscite souvent une réponse qu’on pourrait aussi qualifier de classique :

« Ne regarde pas, il est différent. »

Sont-ils vraiment différents ? Et si oui, est-ce une différence quantitative ou qualitative, c’est-à-dire une différence de degré de caractéristiques communes à tous les êtres humains ou, les personnes gravement handicapées, polyhandicapées ou avec diagnostic multiple, autistes ou psychotiques, ont-elles des qualités et caractéristiques propres, supplémentaires ou absentes, qui font que leur humanité ou personnalité ne peut plus être reconnue dans ce qui est commun aux humains ?

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Vulnérabilité et capabilité : besoins et capacités

Plus grande est la vulnérabilité d’une personne, plus importants sont aussi ses besoins. Plus petite sa vulnérabilité, plus grandes sont aussi ses capacités. Même si cette règle ne peut pas être transposée d’une réalité de vie à l’autre (et encore, tout dépend de la définition et de la délimitation du système, entre la personne et son environnement, – tel que Luhmann le fait -, la personne dans son environnement ou la personne étant un avec son environnement, – avec Bateson et von Foerster et leur cybernétique du 2ème ordre, si je vois bien ; cf. aussi l’article sur C.F. von Weizsäcker), elle me semble quand même valable à l’intérieur d’un seul domaine, le physique, le psychique, l’intellectuel ou le spirituel.

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La « capabilité »

L’approche que j’ai retenue se concentre sur notre « capabilité » de réaliser les fonctionnements valorisés dont est faite notre existence, et, plus généralement, sur notre liberté de promouvoir les objectifs que nous avons des raisons de valoriser.

Amartya Sen, Repenser l’inégalité

Note du traducteur :

La mot capability existe en anglais …et signifie « capacité », « aptitude », « possibilité », etc. Chez Amartya Sen, il prend un sens très précis : l’ensemble des modes de fonctionnement humain qui sont potentiellement accessibles à une personne, qu’elle les exerce ou non. Il est d’usage d’exprimer ce concept en français par le néologisme « capabilité ».

« L’homme capable »

Une … caractéristique de la pensée de Ricoeur est l’accent porté dans ses recherches sur la thématique de « l’homme capable ». Ce qui est d’abord constitutif du soi, ce sont ses diverses capacités, que Ricoeur regroupe sous la catégorie générale de l’agir …

La saisie réflexive de soi est à chaque fois contemporaine de l’expérience d’un « je peux » sous une forme spécifique :

pouvoir dire, pouvoir faire, pouvoir raconter et se raconter, pouvoir de se tenir soi-même comme l’auteur de ses propres actes.

Le soi n’est donc pas autre chose que le qui de l’action (sous ses différentes formes) approché réflexivement et par le détour de l’analyse.

Nathalie Maillard Romagnoli, Autonomie et vulnérabilité

kap – (i.-e.)      prendre

Rawls et le handicap mental

Par rapport aux enjeux qui nous préoccupent, – autonomie et handicap -, un des tout grands défis est et sera encore davantage dans l’avenir de tenir ensemble les différentes dimensions de l’autonomie. Il n’y a pas seulement la pluralité des valeurs et la multiculturalité à prendre en considération, mais aussi l’interdépendance de plus en plus grande entre ce qui se passe en politique globale, économie, technique, médecine, éducation et pédagogique, vie sociale et associative, média, etc., avec les choix personnels à faire. Je rappelle seulement les enjeux de la médecine reproductive, du diagnostic prénatal, des thérapies génétiques et de la technoscience[1] en général. Ainsi, l’autonomie politique, morale et personnelle sont étroitement liées et, comme J. Dewey l’a montré, le public et le privé ne se laissent pas mettre en bipolarité comme on a tendance à le faire dans l’actualité publique, notamment par rapport à ce qui se passe dans les finances publiques.

Par là, des auteurs comme John Rawls, qui établissent des grandes théories sociales et politiques, ont une peine considérable de joindre les deux bouts, les choix sociétales et les les possibilités et les décisions personnelles de chacun. Souvent, ils sont démunis face à des situations personnelles exceptionnelles comme le handicap grave. Ainsi, Rawls l’admet lui-même :

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