La vulnérabilité – une catégorie morale ? (Nathalie Maillard)

Si vous achetez le livre de Nathalie Maillard[1], vous en aurez au moins trois :

  1.  Une étude approfondie des différentes conceptions de l’autonomie et leur histoire,
  2. la partie sur la vulnérabilité comme nouvelle catégorie morale, tel le titre du livre, mais finalement sans point d’interrogation, et
  3. une confrontation entre la pensée de Paul Ricœur et celle d’Emmanuel Lévinas, toujours dans la même perspective, amenant le lecteur à cette limite qu’est celle entre la philosophie et la théologie (ou le religieux) : le rapport à l’autre quand l’autre est tout-autre.

Le parcours est exigent, mais finalement indispensable si on ne veut plus confondre ni les différentes formes de l’autonomie et celles-ci avec la liberté de choix et l’autodétermination,  ni la vulnérabilité avec la dépendance ou la faiblesse, ni les besoins avec les capacités, etc. etc. L’univers des soins, de l’éducation et de l’enseignement ne pourra qu’en profiter. Ce travail est à faire, d’autant plus que ces différentes notions sont parfois avancées dans les milieux de soin ou d’éducation non pas pour défendre les personne accueillies, mais dans l’intérêt des institutions qui les accueillent.

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Significations du handicap mental 1 – Le sujet

Significations du handicap mental : 1 Le sujet

« La première apparition du nouveau, c’est l’effroi. » (Heiner Müller)

« … aucune éthique ne peut se permettre de laisser hors de soi une part de l’humain, si ingrate soit-elle, si pénible à regarder. » (Giorgio Agamben)

« La série est toujours une série d’exceptions » (Slavoj Zizek suite à Jacques Lacan)

Mon travail traite la condition humaine, sous l’aspect du handicap : ce que je suis se confronte à un ob-stacle, une réalité, souvent institutionnelle, posée devant moi et que je ne peux pas surmonter seul. L’obstacle, s’il est normatif, est posé arbitrairement. Une fonction sociale, assumée par une multitude d’institutions, définit de quel côté de la norme je me retrouve, dedans, dans la normalité, ou dehors, hors norme, donc anormal. Cette fonction d’inclusion ou d’exclusion est traditionnellement celle du prêtre.

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Le modèle bio-psycho-socio-spirituel de la vie (spirituelle) et l’accompagnement spirituel

Le modèle des quatre dimensions spirituelles établies et développées à partir des deux axes intériorité/extériorité et immanence/transcendance nous permet de poser les enjeux, encore hypothétiques, de l’accompagnement spirituel :

1. Toutes les dimensions de l’existence de la personne humaine participent à sa vie spirituelle :

a. Le physique (bio-)

b. Le psychique (psycho-)

c. Le social (socio-)

d. L’explicite spirituel (spirito-)

Autrement dit, le spirituel a besoin d’un support physique, psychique et social.

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L’assistance au suicide et l’éthique de la responsabilité

Fonder la morale sur la nature, refaire le lien entre la rationalité et la nature des choses, décrire la nature de sorte que les fins apparaissent, déduire le « devoir » de « l’être », fonder les prescriptions dans une philosophie de la nature[1] (l’ontologie, la science de l’être) – projet abandonné depuis David Hume -, c’est ce que Hans Jonas a tenté de refaire, afin de trouver des normes qui cadrent et régulent les sciences et la technique, car, devant les pouvoirs et les enjeux de celles-ci, il s’agit désormais de la survie de l’humanité. Dans la technologie moderne, nous ne pouvons plus estimer les conséquences de notre action, nous avons une responsabilité face aux générations à venir. Ce n’est pas parce qu’un risque n’est pas avéré qu’il ne faut pas prendre des mesures pour l’éviter : le principe de précaution est né[2]. Hans Jonas opte radicalement pour la vie, une éthique de responsabilité pour la vie. Ainsi il met en avant une « éthique de responsabilité » face à ceux qui défendent une pure « éthique de conviction », distinction faite depuis Max Weber (« Verantwortungsethik » versus « Gesinnungsethik » [3]). En défendant d’un côté la vie et en se souciant de l’autre côté des conséquences de notre action et par là de l’avenir de l’humanité, H. Jonas est fidèle à l’une et à l’autre, selon la position tenue par M. Weber, qui dit :

« L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires, mais elles se complètent l’une l’autre et constituent ensemble l’homme authentique … »[4].

Comme impératif nouveau adapté au nouveau type de l’agir humain, il dit :

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre »[5] ou « Inclus dans ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir. »[6]

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Les miracles – définition, hypothèses de travail

Constats, axiomes préalables :

-          Une personne polyhandicapée ne pourra jamais marcher comme moi.

-          Ce qui se passe est plus radical.

-          C’est la raison fondamentale de la croix.

-          Jésus et ses contemporains n’étaient pas dupes.

Hypothèses de travail – hypothèses de vie :

-          Un miracle est un événement extra-ordinaire.

-          Mais les miracles ne sont pas des événements supranaturels.

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