Handicap mental – Apprendre une autre langue pour communiquer avec lui

Si nous n’arrivons pas à suspendre tout ce que nous croyons savoir sur le handicap mental dans ses formes multiples, nous n’y comprendrons jamais rien.

Nous devrions faire de sorte qu’il nous parle, lui, qu’il nous dise ce qu’il a à dire, qu’il se révèle à nous. Nous devrions d’abord apprendre ses codes et ses langages, avant de lui attribuer des significations usuelles qui sont les nôtres, – folie, troubles de comportement, décompensation, agressivité, déficit, invalidité, etc. Nous devrions apprendre à le comprendre dans ses langues diverses, puis l’écouter.

Nous n’y sommes pas encore et nous n’y serons jamais si nous le considérons comme pathologies et déficiences par rapport à quelque chose dont nous croyons être, – nous, les « normaux » -, en possession, l’intelligence par exemple. Ne confondons pas toujours handicap et maladie. C’est le regard qui handicape, le nôtre, qui met en situation de handicap.

Le même piège nous est d’ailleurs tendu face à ce que nous appelons démences de la vieillesse ; un jour peut-être nous souhaiterions aussi que quelqu’un nous prenne tel que nous sommes et nous comprenne dans notre univers, nos pensées et notre langage.

Armin Kressmann 2011

La spiritualité : l’enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe

Dans une série d’articles j’ai approfondi le modèle bio-psycho-social de l’être humain proposé pour remplacer le modèle bio-médical en médecine par George L. Engel. J’ai montré que s’impose une quatrième dimension, la spirituelle, sous deux formes :

1. justement comme quatrième dimension, ce qui nous mène vers une modèle spirito-bio-psycho-social ou bio-psycho-socio-spirituel,

2. comme méta-réalité, le spirituel englobant les autres aspects et les tenant ensemble. En ce deuxième cas la quatrième dimension serait davantage constituée par le souci religieux de l’être humain, sa quête de rassembler l’ensemble de ses expériences de vie (Emile Benveniste) et de le relier à un ultime.

Par ces considérations j’arrive maintenant à une vision plus globale de la spiritualité, celle d’enveloppe. Ce concept est bien connu en psychologie, sous le terme « enveloppe psychique » ou le « moi-peau » (Didier Anzieu). La construction de l’enveloppe psychique se fait par l’intériorisation de la fonction contenante de la mère ou de la fonction maternelle (« fonction alpha »).

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Charly et l’être de l’être : « en situation de handicap »

Sortir d’une situation de handicap : avoir une autre vie ou être quelqu’un d’autre ?

Pourquoi la personne mentalement handicapée, trisomique ou autistique devrait désirer d’être guérie de son handicap, être comme vous ?

Être homme ou femme n’est pas une maladie non plus.

Une réplique légitime : la souffrance.

Je consens. Mais qui dit qu’elle souffre de ce qu’elle est ? Et non pas de ce qu’elle subit ? Si c’était vous qui la faites souffrir ?

Qui dit que le fou souffre de sa folie ? Et non pas du regard que vous portez sur sa folie ? Si c’était le regard porté sur la folie qui rend fou ?

« Wir werden zu uns selbst durch de Blicke der Anderen. » (Siri Hustvedt ; Zeit Literatur, no.12, mars 2011, p. 7)

Je tâtonne, je vous l’accorde.

La souffrance, c’est peut-être la seule différence entre maladie et handicap.

Le malade souffre de sa maladie, le handicapé du regard des autres.

Être Christ : condition handicapée, condition humaine ?

Paul, l’apôtre, malade ou handicapé ? L’écharde l’obstacle ? Et Moïse qui bégaie ?

L’institution : nier le handicap, faire d’eux des malades ?

La foi : vivre avec eux, surmonter mon handicap, changer mon regard ?

Handicap mental : anges ou démons ?

8ème article de la série On m’appelle handicapé

Nous les « fous », parce que fous, sommes rapprochés au meilleur comme au pire, anges ou démons disais-je. Et ceux et celles qui nous accompagnement, nos parents, nos familles, éducateurs, thérapeutes, soignants, tous, même les lieux qui nous accueillent le sont avec nous.

« C’est merveilleux ce que vous faites, je ne pourrais jamais le faire », ne l’avez-vous jamais dit à un parent ou une connaissance travaillant dans le milieu qui est le nôtre ? Comme si les parentes pouvaient choisir. N’est-ce pas une manière pour leur dire : « Laissez-moi tranquille avec vos histoires, j’ai déjà assez de problèmes avec moi-même. ».

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« Handicapé – Monstre »

« C’est un handicapé ! »

Cet énoncé, que nous sommes tous tentés à utiliser, révèle la gêne qui prend celui qui, pour la première fois[1], est confronté à une personne visiblement handicapée, physiquement ou à travers ses réactions. Si ce qui nous frappe est fort et sort de nos habitudes, la gêne se renforce et peut devenir dégoût, panique, angoisse : « c’est monstrueux ! » Nous ne voyons plus la personne en face de nous, mais la déformation, un comportement, l’aspect qui nous impressionne ou nous frappe. Qui donc est handicapé, impuissant de réagir ? Qu’est-ce qui fait de l’autre un monstre ?

C’est ce qui se passe en nous-mêmes et le regard que nous portons sur cet autre qui, nous le savons aussi, est un même, un semblable. Ce qui nous choque, au fond, c’est notre propre réaction, et notre crainte de nous voir nous-même, autrement, en celui que nous voyons[2].

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