11.9 La condition handicapée comme condition humaine

Significations du handicap mental : 11.9 La condition handicapée comme condition humaine ou La condition humaine comme condition handicapée

Le handicap lourd ou sévère convoque Dieu, sinon, au moins la question de Dieu. Il le fait autant pour ceux qui y sont confrontés pour la première fois, que pour ceux qui l’accompagnent tous les jours. Il le fait autant pour ceux qui se déclarent croyants que pour ceux qui se disent agnostiques ou athées. Comment ? Continue reading

Significations du handicap mental 2 – Il s’agit de « profession »

Significations du handicap mental : 2 Il s’agit de « profession »

« Des théories ne se laissent pas vérifier ; mais elles peuvent faire leur preuve. » (Karl Popper[1])

Parler du handicap (mental) n’est pas faire de la science naturelle, comme les débats autour de la « Classification du fonctionnement, du handicap et de la santé (CIF) » l’illustrent, même pas faire de la médecine. Le handicap est un phénomène complexe, résultat d’interactions multiples entre ce qu’est un être humain « naturellement » ou biologiquement et le milieu et le contexte dans lesquels il naît, grandit et vit.

Cependant, vivre et travailler avec des personnes en situation de handicap peut se faire aussi dans un esprit de recherche, la volonté de comprendre ce qui se passe, qui nous sommes, les uns et les autres, et pourquoi nous agissons et réagissons tel que nous le faisons.

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Une spiritualité bonne et bienveillante – Prolongement

De multiples discussions m’amènent à compléter ce que j’ai écrit sur une spiritualité bonne et bienveillante. Je remercie mes interlocuteurs qui m’ont permis d’avancer dans mes réflexions.

Une spiritualité bonne et bienveillante :

-         rappelle la dignité humaine, l’être humain en tant que personne unique, et cela d’une manière inconditionnelle, au-delà de tous les problèmes « que celle-ci pose ou qui se posent avec elle »

-         accueille ainsi autrui dans son altérité et dans sa différence, le rejoint là où il est et répond à ses besoins

-         se centre avec empathie sur et se soucie de l’être humain dans toute sa vulnérabilité

-         mais compte aussi sur ses ressources intérieures et ses capacités propres, cherche sa guérison et le dépassement des ses souffrances

-         libère donc l’individu et cherche son bien ; elle respecte son autodétermination

-         est sensible à la souffrance, au mal et aux injustices, aux scandales que ceux-ci comportent ; elle les dénonce

-         défend donc des valeurs, une éthique, et donne en conséquence des orientations

-         rassure là où il faut rassurer et met en doute quand doute s’impose, sans alimenter ni les angoisses ni les troubles

-         ne lâche jamais l’espérance, cherche et défend fondamentalement une perspective de vie, se tourne donc vers une réalité ultime et le sens de la vie ; elle les nomme

-         elle dépasse la culpabilité, même quand faute il y a ; elle assume sa faute là où elle-même se rend coupable

-         s’inscrit dans une communauté avec une histoire de vie et des personnes de références

-         cherche un positionnement, une attitude

  • d’honnêteté et d’humilité
  • de confiance
  • de fidélité raisonnable
  • de liberté d’esprit, de questionnement et de recherche
  • de joie et d’espérance face aux incertitudes de la vie

-         s’étonne face à la vie, les surprises qu’elle nous réserve et se laisse toucher par celles-ci

-         répond à l’interrogation par rapport à la mort, tout en étant discrète par rapport à l’au-delà

-         est ouverte aux autres spiritualités et respectueuse à leur égard ; elle cherche le dialogue, sans estomper les différences

-         ne se réduit pas à l’inexplicable, le sentimental et l’irrationnel ; elle prend au sérieux l’entendement, la raison, la compréhension, la sagesse et cherche le dialogue avec la science ; elle accompagne les autres réalités sans se confondre avec elles

-         connaît ses limites, ne se confond pas avec l’absolu et sait prendre avec humour du recul par rapport à elle-même ; elle ne se substitue pas aux autres sphères, le politique, le juridique, l’économique, le scientifique, le médical, etc., mais se permet à les interpeller quand cela lui semble nécessaire et éthiquement incontournable et inévitable

Armin Kressmann 2011

Quand est positive une théologie qui se dit négative

La théologie négative bien comprise

-         s’abstient de qualifier Dieu par des attributs positifs, sachant que Dieu en soi est au-delà de toute qualification

-         respecte donc Dieu dans son altérité

-         parle de Dieu sur la base de ce que Dieu lui-même, selon la tradition biblique, communique de lui aux humains

-         reçoit donc Dieu dans le registre de la foi

-         et ne rend de lui rationnellement que ce qui est rationnellement manifeste

-         ne renvoie positivement, dans le sens de visibilité et d’intelligibilité, qu’à la croix

-         donc au mystère de la souffrance innocente, sa présence dans son apparente absence et dans son silence évident

-         et laisse ce qui est affirmatif, la résurrection, au creux d’un vide, où le lieu de la négativité (le « tombeau vide ») se transforme potentiellement en lieu de nouvelle naissance, de nouvel être, donc en matrice.

 Dieu se révèle « positivement » sur la croix.

 Le recevoir là est souffrance, compassion, lieu où Dieu lui-même assume la condition humaine, donc la condition de handicap. Dans ce sens il prend sur lui l’aliénation innée à la condition humaine. Ici l’être humain « subit Dieu », il s’agit d’un « Gott erleiden », ce qui est insupportable, induit fuite et déni, bibliquement réaction « masculine » (action et maîtrise sont brisées), ou compassion impuissante et lointaine, réaction féminine (passivité du réceptacle potentiel qu’est celle de la foi et de l’amour) :

 Dieu positif, voir Dieu, te renvoie à la croix et la compassion.

 Là où Dieu se révèle « négativement », d’une manière cachée (« verborgen »), est cet événement qui est un non-événement :

la « résurrection »,

 là où l’être humain se relève dans le deuil, dans l’espace du vide qu’est l’absence de celui qui relève et où ne restent que quelques « objets » (« ob-stacles ») qui rappellent la présence réelle sur la croix et devant la mort, bandelettes et suaire, donc signes « palliatifs » (du pallium qu’est la couverture qui enveloppe et cache la honte de la nudité devant et dans la mort, là où ne reste visiblement que corps. Ce n’est que la foi, donc esprit, qui voit autre chose que dépouille ou vide après l’enlèvement de la dépouille).

 Dieu négatif, vivre devant et avec lui, te renvoie à ce non-événement qu’est la résurrection et qui t’invite, lui, à en faire un événement, celui d’une vie nouvelle, ta nouvelle vie, avec celui en qui tu avais de la peine à te reconnaître. C’est le sens de tout miracle.

Armin Kressmann 2011

 

Une spiritualité bonne et bienveillante – Quelques critères

Suite à mes recherches sur la spiritualité dans les institutions sociales, puis le colloque sur la spiritualité à Kappel je propose quelques critères pour distinguer ce qu’on peut qualifier de spiritualité bonne et bienveillante, sans aucun jugement du contenu que celle-ci défend.

Une spiritualité bonne et bienveillante

-          rappelle la dignité humaine, l’être humain en tant que personne unique, et cela d’une manière inconditionnelle, au-delà de tous les problèmes « que la personne pose ou qui se posent avec cette personne »

-          se centre avec empathie sur et se soucie de l’être humain dans toute sa vulnérabilité

-          mais compte aussi sur les ressources intérieures de la personne et sur ses capacités propres, cherche sa guérison et le dépassement des ses souffrances

-          libère donc l’individu et cherche son bien

-          est sensible à la souffrance, à la mort, au deuil, au mal et aux injustices, aux scandales que ceux-ci représentent ; elle les dénonce

-          ne lâche jamais l’espérance, cherche et défend fondamentalement une perspective de vie, se tourne donc vers une réalité ultime et le sens de la vie ; elle les nomme

-          elle dépasse la culpabilité, même quand faute il y a ; elle assume sa faute là où elle-même se rend coupable

-          s’inscrit dans une communauté avec une histoire de vie et des personnes de références

-          cherche un positionnement, une attitude

  • d’honnêteté et d’humilité
  • de confiance
  • de fidélité et de suivance raisonnables
  • de liberté d’esprit
  • de joie et d’espérance face aux incertitudes de la vie

-          est ouverte aux autres spiritualités et respectueuse à leur égard ; elle cherche le dialogue, sans estomper les différences

-          ne se réduit pas à l’inexplicable, le sentimental et l’irrationnel ; elle prend au sérieux l’entendement, la raison, la compréhension, la sagesse et cherche le dialogue avec la philosophie et la science ; elle accompagne les autres réalités sans se confondre avec elles

-          connaît ses limites, ne se confond pas avec l’absolu et sait prendre avec humour du recul par rapport à elle-même ; elle ne se substitue pas aux autres sphères, le politique, le juridique, l’économique, le scientifique, etc., mais se permet à les interpeller quand cela lui semble nécessaire et éthiquement indispensable

Armin Kressmann 2011