11.5 Besoins ou moyens ? – « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres »

Significations du handicap mental : 11.5 Besoins ou moyens ? – « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres »

La courbe de la vulnérabilité en fonction de l’âge délimite deux champs distincts, celui qui se trouve sous la courbe, la vulnérabilité, et l’autre qui est au-dessus, la « capabilité ». Travailler à partir de la première est travailler sur les besoins, à partir de la seconde sur les capacités. Les approches d’accompagnement respectives sont fondamentalement différentes, de soin dans un cas, éducative dans l’autre cas. Un accompagnement professionnel misera toujours sur l’une ou l’autre, souvent les deux, et cela en fonction de la situation dans laquelle le patient ou le résident se trouve.

Continue reading

L’assistance au suicide et le procéduralisme (éthique du dialogue)

Le procéduralisme ne se prononce pas sur la validité des normes, mais sur la manière d’amener les arguments pour ou contre elles. Devant la pluralité des opinions, il mise sur la capacité de communication humaine en vue d’une intercompréhension. Il compte non pas sur une rationalité instrumentale, mais communicationnelle. Moralement juste est ce qui pourrait aboutir en un commun accord dans une procédure de communication juste, c’est-à-dire, devant la pluralité des positions, dans une procédure démocratique[1]. La norme ou le devoir (« déontologique ») concerne la manière de traiter les conflits éthiques et d’arriver à un accord.

Sur cette base, la question du suicide et de l’assistance au suicide qui nous préoccupe n’a pas de réponse simple et déductible (d’un but visée, d’une valeur défendue, d’une vertu à atteindre ou d’une norme ou d’une loi à respecter). Les personnes concernées ne peuvent que confronter leurs arguments et leurs préférences éthiques divers, et cela dans un cadre qui garantit l’expression de la parole de chacun, chacune aussi libre que possible.

En conséquence, le résultat de la confrontation sera ouvert. En dernière instance le patient, s’il en est capable, décidera par rapport à la question de mettre un terme à sa vie, son environnement, – famille, institution, hôpital, médecins, associations comme EXIT, etc. -, par rapport à la question de l’assistance. Au-delà du cas particulier, le débat sera mené au sein du « public », c’est-à-dire de tous ceux et celles qui sont ou qui se sentent directement ou indirectement concernés par les problèmes, débat nourri par une « enquête » publique[2], dans laquelle se succèdent hypothèses de travail, expériences, théories et révision de l’ensemble, à l’image d’une expérimentation scientifique. Ainsi, politique et éthique se confondent. Dans un tel processus les conceptions sur des questions comme le suicide et l’assistance au suicide évoluent et peuvent changer avec le temps. Ce qui compte, c’est le débat mené dans les règles de l’art (« Streitkultur »).

C’est sous ce chapitre du procéduralisme que je classe les commissions et les comités d’éthique, lieux intermédiaires entre personnes directement touchées et le public, où ce même public est représenté, – « experts » et « laïcs » -, pour approfondir les enjeux posés par une problématique d’ordre éthique en vue de décisions et de choix à prendre et à faire dans les instances compétentes. Pour moi, ces lieux ne sont pas décisionnels ; ils préparent les dossiers pour les choix éthiques particuliers d’un côté, les décisions politiques pour la législation et la jurisprudence de l’autre côté.

Armin Kressmann 2004

« L’assistance au sucicide 12 : l’éthique des devoirs (déontologique)

L’assistance au suicide 14 : résumé des différentes grammaires éthiques »


[1] cf. p.ex. John Dewey, Le Public et ses problèmes, Farrago 2003 ; Jürgen Habermas, Moralbewusstsein und kommunikatives Handeln, Frankfurt 1983 ; Erläuterungen zur Diskursethik, Frankfurt 1991

[2] cf. note précédente

L’assistance au suicide et l’éthique de la responsabilité

Fonder la morale sur la nature, refaire le lien entre la rationalité et la nature des choses, décrire la nature de sorte que les fins apparaissent, déduire le « devoir » de « l’être », fonder les prescriptions dans une philosophie de la nature[1] (l’ontologie, la science de l’être) – projet abandonné depuis David Hume -, c’est ce que Hans Jonas a tenté de refaire, afin de trouver des normes qui cadrent et régulent les sciences et la technique, car, devant les pouvoirs et les enjeux de celles-ci, il s’agit désormais de la survie de l’humanité. Dans la technologie moderne, nous ne pouvons plus estimer les conséquences de notre action, nous avons une responsabilité face aux générations à venir. Ce n’est pas parce qu’un risque n’est pas avéré qu’il ne faut pas prendre des mesures pour l’éviter : le principe de précaution est né[2]. Hans Jonas opte radicalement pour la vie, une éthique de responsabilité pour la vie. Ainsi il met en avant une « éthique de responsabilité » face à ceux qui défendent une pure « éthique de conviction », distinction faite depuis Max Weber (« Verantwortungsethik » versus « Gesinnungsethik » [3]). En défendant d’un côté la vie et en se souciant de l’autre côté des conséquences de notre action et par là de l’avenir de l’humanité, H. Jonas est fidèle à l’une et à l’autre, selon la position tenue par M. Weber, qui dit :

« L’éthique de la conviction et l’éthique de la responsabilité ne sont pas contradictoires, mais elles se complètent l’une l’autre et constituent ensemble l’homme authentique … »[4].

Comme impératif nouveau adapté au nouveau type de l’agir humain, il dit :

« Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre »[5] ou « Inclus dans ton choix actuel l’intégrité future de l’homme comme objet secondaire de ton vouloir. »[6]

Continue reading

Assistance au suicide et institutions sociales : quelles valeurs mettre en avant ?

La situation telle qu’elle peut se présenter concrètement dans un établissement où le médico-social et le socio-éducatif ainsi que le privé et le public se côtoient et interagissent est complexe ; une multitude de facteurs et de valeurs qui sont en jeu, se confrontent et se contredisent parfois :

-          Le respect et la protection de la vie

-          Suicide ou « autodélivrance » ; respect de la liberté, c’est-à-dire principe d’autonomie, ou « délivrance », c’est-à-dire principe de bienfaisance et de non-malfaisance ? Bioéthique et paternalisme :

Continue reading

Laïcité, communauté, institution

La laïcité est un concept sociologique et politique étroitement lié à la culture et à l’histoire française : la séparation entre l’Église et l’État. D’autres cultures, allemandes ou alémaniques par exemple, parleraient plutôt de sécularisation (« Verweltlichung »), processus mettant l’accent pour se représenter et s’expliquer le monde sur la raison, moins sur la foi ou la religion.

La laïcité concerne l’État et ses institutions (à distinguer de la société civile) : il n’a pas à se prononcer sur ce qui est des convictions et de la foi personnelles, aussi longtemps que celles-ci ne menacent pas l’ordre public.

Les institutions sociales, – en tant qu’institutions (organisations) étant quelque part entre le privé et le public, souvent aussi subventionnées par ce dernier -, doivent se situer entre les deux : dans quelle mesure se comprennent-elles communauté (de valeurs), donc affichant des convictions d’ordre privé, dans quelle mesure institution publique, donc laïque ? En plus, en tant qu’institutions laïques, de quelle laïcité se réclament-elles, exclusive, – excluant toute activité religieuse en son sein -, ou inclusive, – garantissant en son sein l’expression de la liberté religieuse à chacun, chacune ?

En schématisant, nous pouvons finalement définir quatre types d’institutions sociales :

Continue reading