L’esprit du jeu : corps et âme d’une institution

11ème article de la série On m’appelle handicapé

Tout le monde s’occupe de mon corps, peu nombreux sont ceux et celles qui soignent mon âme. C’est un constat, peut-être injuste. Peut-être faudrait-il dire : ils sont payés pour soigner mon corps, pas mon âme. Institution, par définition, est corps ; sinon on l’appellerait communauté, corps animé. L’institution est occupée et préoccupée, absorbée par ce qui est matériel, visible, quantifiable, maîtrisable et contrôlable ; contrôler l’incontrôlable que je suis. Les problèmes se règlent par les structures, la loi, les normes, les règlements et les procédures. Justification par la loi ? La morale n’est plus évidence, intégrée, portée par chacun, mais extériorisée, placardée, définie par une charte, qu’on appelle désormais éthique. Ce qui est visible, tangible, l’emporte sur l’invisible, sur ce qui tient ensemble le visible et l’anime, la culture, l’âme ou l’esprit de la maison. La loi tranche, met d’un côté ou de l’autre, dedans ou dehors, admet, exige ou interdit, mais néglige ce qui est « entre » et ne se laisse pas mettre d’un côté ou de l’autre.

Je suis « entre ». Nous sommes « entre ».

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Le modèle bio-psycho-socio-spirituel de la vie (spirituelle) et l’accompagnement spirituel

Le modèle des quatre dimensions spirituelles établies et développées à partir des deux axes intériorité/extériorité et immanence/transcendance nous permet de poser les enjeux, encore hypothétiques, de l’accompagnement spirituel :

1. Toutes les dimensions de l’existence de la personne humaine participent à sa vie spirituelle :

a. Le physique (bio-)

b. Le psychique (psycho-)

c. Le social (socio-)

d. L’explicite spirituel (spirito-)

Autrement dit, le spirituel a besoin d’un support physique, psychique et social.

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Soins et spiritualité : la sphère du spirituel

Dans mon dernier article sur la spiritualité j’ai déployé, – à partir de ce que j’ai appelé les bases anthropologiques du spirituel -, les espaces dans lesquels l’individu (nous-mêmes et nos interlocuteurs que sont les patients, les élèves ou les résidents) pourrait mettre sa conception du spirituel, où il voit la concrétisation de celle-ci, en lui-même, en autrui, dans la relation, au niveau matériel ou immatériel, bref, de quoi « il fait sa religion ». Cela peut être autant son corps, ses biens que son âme ou Dieu, autrui, son environnement, ses relations, « la nature » que lui-même, sa conscience, son inconscient, sa réflexivité. Chaque dimension du « bio, psycho, socio ou spirituel » peut être porteur ou véhicule du spirituel et devenir religieux, concrétisation d’un souci ultime.

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Soins et spiritualité : sur quoi fonder l’accompagnement spirituel

Pour un chercheur constructiviste comme Etienne Rochat la spiritualité se définit ; d’une manière pragmatique il le fait à travers le STIV, les quatre dimensions que sont

1. la quête de sens (S),

2. le rapport à une transcendance (T),

3. la question de l’identité (I)

4. et les valeurs (V) qu’une personne donnée défend.

Pour lui, au niveau conceptuel, et si j’ai bien compris, ce qu’est spiritualité est une construction. Cela se discute ; personnellement je dirais que le spirituel est justement ce qui, en dernière instance, ne se laisse pas définir :

le spirituel est transcendant.

Comment faire pour quand même le cerner ?

Là où il prend forme, en dernière instance en ce qui est « religion », concrétisation et institutionnalisation de ce qui est le souci ultime, pour parler avec Paul Tillich, d’une personne donnée ou d’une communauté ou d’une société. Le religieux est spiritualité définie, transcendance ramenée à l’immanence, l’infini dé-fini, Dieu incarné ou dieu, l’argent par exemple, fait Dieu, divinité, absolu.

Mais qu’elles sont les bases anthropologiques pour faire, malgré tout, la transition, – la théologie parlerait de médiation -, de ce qui n’est pas définissable, le spirituel, au défini qu’est le religieux ? Intuitivement, – mais on devrait le développer, par exemple à travers la double nature de la lumière, – onde et particule -, je vois ce qui est corps d’un côté (religion) et non-corps de l’autre (spiritualité), corps à corps, corps face à non-corps, non-corps face non-corps. Plus concrètement je propose deux axes sur lesquels travailler : moi face à l’autre, donc intériorité vers extériorité, et matérialité face à non-matérialité, donc immanence vers transcendance :

Nous arrivons ainsi aux quatre dimensions de la personne, le bio-psycho-social et spirituel ou le bio-psycho-socio-spirituel, dimensions chères à ceux ceux et celles qui défendent une « prise en charge globale » du patient ou du résident :

Armin Kressmann 2010

Spiritualité et spiritualités : définition par opposition

Dé-finir, dé-limiter la spiritualité, l’insaisissable, par ce qui s’y oppose, par ce qui se laisse saisir !

Il est simple de dé-finir la spiritualité par la négative, en nous y approchant par ce qu’elle n’est pas, parce que ce qu’elle n’est pas, cela est tangible et maniable (« handfest »). Cette approche se fait dans l’espoir que par la suite le tangible nous offre les métaphores et paraboles qui nous permettent de concrétiser ce qui nous échappe autrement. Nous « touchons du bois » avec Carl Friedrich von Weizsäcker :

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