La spécificité de l’éthique chrétienne – Propositions

  • L’ultime est transcendant.
  • L’ultime est une personne ; nous l’appelons Dieu.
  • Il se rend visible dans la vulnérabilité humaine ; nous l’appelons croix ; il porte un nom : Jésus Christ.
  • Sinon il est caché.
  • Le vide des deuils et des « pourquoi » de l’existence humaine est matrice de naissance et de connaissance ; nous l’appelons résurrection.
  • Ainsi, quand l’ultime se manifeste, il y a guérison ; guérison avec ou sans guérison ; nous l’appelons miracle, et ce qui s’y révèle Royaume de Dieu
  • Celui-ci est la finalité de l’existence humaine ; mais il reste caché ; parce qu’il n’y a pas seulement guérison avec guérison, mais aussi guérison sans guérison.
  • Le souci ultime est la dignité de l’autre ; nous appelons celle-ci sa sainteté.
  • Toute éthique doit la servir, dans sa posture (éthiques de vertus et de responsabilité), dans ses principes (éthiques déontologiques et objectives ou de valeurs), dans ses méthodologies (éthiques procédurales) et dans ses finalités (éthiques utilitaristes).
  • Nous appelons toute volonté qui œuvre dans ce sens inspirée, guidée par l’Esprit, présence cachée de l’ultime.
  • Elle reconnaît ses limites, parce qu’elle sait que l’ultime est transcendant.
  • La loi révèle et manifeste ces limites.
  • Le savoir que l’ultime est transcendant et le souci de l’autre qui en découle, nous les appelons foi : fides quae (quoi ?) et fides qua creditur (comment ?).
  • Cette dernière est ce qu’on peut appeler une « éthique chrétienne ».

Armin Kressmann 2012

Significations du handicap mental 1 – Le sujet

Significations du handicap mental : 1 Le sujet

« La première apparition du nouveau, c’est l’effroi. » (Heiner Müller)

« … aucune éthique ne peut se permettre de laisser hors de soi une part de l’humain, si ingrate soit-elle, si pénible à regarder. » (Giorgio Agamben)

« La série est toujours une série d’exceptions » (Slavoj Zizek suite à Jacques Lacan)

Mon travail traite la condition humaine, sous l’aspect du handicap : ce que je suis se confronte à un ob-stacle, une réalité, souvent institutionnelle, posée devant moi et que je ne peux pas surmonter seul. L’obstacle, s’il est normatif, est posé arbitrairement. Une fonction sociale, assumée par une multitude d’institutions, définit de quel côté de la norme je me retrouve, dedans, dans la normalité, ou dehors, hors norme, donc anormal. Cette fonction d’inclusion ou d’exclusion est traditionnellement celle du prêtre.

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L’assistance au suicide et les différentes grammaires éthiques : résumé

Devant la diversité des grammaires éthiques et leurs réponses données à une problématique éthique, nous sommes dans la difficulté du choix de la « bonne » grammaire, de la grammaire appropriée à une problématique spécifique. Cette question est importante pour éviter que le choix se fasse en fonction de convictions et de décisions prises d’avance, seulement pour justifier a posteriori une position déjà prise d’entrée. Nous nous retrouverions dans un cercle d’argumentation qui ne ferait rien d’autre que « faire semblant », rien d’autre que donner une « touche sérieuse et scientifique » à des préjugés et des préjugements, c’est-à-dire des a priori. La question en elle-même est d’ordre éthique ; il s’agit en fait d’une question méta-éthique.

Grammaires éthiques et assistance au suicide

En résumé, je pense que des considérations utilitaristes et des éthiques de valeurs et de vertus devraient jouer un rôle plus prépondérant dans l’espace privé, des éthiques de responsabilité et de devoir dans l’espace public. Enfin, les éthiques discursives (procéduralisme) s’offrent pour parvenir à des accords dans les espaces respectives et pour construire des ponts entre ceux-ci.

Armin Kressmann 2004

« L’assistance au suicide 13 : le procéduralisme

L’assistance au suicide et le procéduralisme (éthique du dialogue)

Le procéduralisme ne se prononce pas sur la validité des normes, mais sur la manière d’amener les arguments pour ou contre elles. Devant la pluralité des opinions, il mise sur la capacité de communication humaine en vue d’une intercompréhension. Il compte non pas sur une rationalité instrumentale, mais communicationnelle. Moralement juste est ce qui pourrait aboutir en un commun accord dans une procédure de communication juste, c’est-à-dire, devant la pluralité des positions, dans une procédure démocratique[1]. La norme ou le devoir (« déontologique ») concerne la manière de traiter les conflits éthiques et d’arriver à un accord.

Sur cette base, la question du suicide et de l’assistance au suicide qui nous préoccupe n’a pas de réponse simple et déductible (d’un but visée, d’une valeur défendue, d’une vertu à atteindre ou d’une norme ou d’une loi à respecter). Les personnes concernées ne peuvent que confronter leurs arguments et leurs préférences éthiques divers, et cela dans un cadre qui garantit l’expression de la parole de chacun, chacune aussi libre que possible.

En conséquence, le résultat de la confrontation sera ouvert. En dernière instance le patient, s’il en est capable, décidera par rapport à la question de mettre un terme à sa vie, son environnement, – famille, institution, hôpital, médecins, associations comme EXIT, etc. -, par rapport à la question de l’assistance. Au-delà du cas particulier, le débat sera mené au sein du « public », c’est-à-dire de tous ceux et celles qui sont ou qui se sentent directement ou indirectement concernés par les problèmes, débat nourri par une « enquête » publique[2], dans laquelle se succèdent hypothèses de travail, expériences, théories et révision de l’ensemble, à l’image d’une expérimentation scientifique. Ainsi, politique et éthique se confondent. Dans un tel processus les conceptions sur des questions comme le suicide et l’assistance au suicide évoluent et peuvent changer avec le temps. Ce qui compte, c’est le débat mené dans les règles de l’art (« Streitkultur »).

C’est sous ce chapitre du procéduralisme que je classe les commissions et les comités d’éthique, lieux intermédiaires entre personnes directement touchées et le public, où ce même public est représenté, – « experts » et « laïcs » -, pour approfondir les enjeux posés par une problématique d’ordre éthique en vue de décisions et de choix à prendre et à faire dans les instances compétentes. Pour moi, ces lieux ne sont pas décisionnels ; ils préparent les dossiers pour les choix éthiques particuliers d’un côté, les décisions politiques pour la législation et la jurisprudence de l’autre côté.

Armin Kressmann 2004

« L’assistance au sucicide 12 : l’éthique des devoirs (déontologique)

L’assistance au suicide 14 : résumé des différentes grammaires éthiques »


[1] cf. p.ex. John Dewey, Le Public et ses problèmes, Farrago 2003 ; Jürgen Habermas, Moralbewusstsein und kommunikatives Handeln, Frankfurt 1983 ; Erläuterungen zur Diskursethik, Frankfurt 1991

[2] cf. note précédente

Les fondements multiples de la (bio)éthique

La bioéthique utilise-t-elle l’autonomie morale au sens de Kant ?

N’est-ce pas plutôt l’autonomie politique dans la conception de Locke ou de Mill[1] ?

Déjà H. Doucet se pose la question dans son livre « Au pays de la bioéthique » [2] :

« Lorsque l’on cherche à approfondir le sens du concept, une première question surgit : à quelle école de pensée, le concept d’autonomie utilisé en bioéthique appartient-il ? Appartient-il à l’école kantienne, comme beaucoup d’auteurs et de manuels semblent l’insinuer, ou à la philosophie de Mill en raison de la place que ce philosophe donne aux choix individuels ? … »

Malgré les différences considérables entre ces deux philosophes que sont Kant et Mill, ces derniers sont habités par une préoccupation commune : secouer le joug des autorités et des institutions qui exercent leur contrôle sur les individus en raison du fait que ces derniers possèdent une valeur indépendante des sociétés dans lesquelles ils vivent, des cultures qui les ont vu naître et évidemment des circonstances. …

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