Respirer contre toute respiration

10ème article de la série On m’appelle handicapé

J’ai parlé de Dieu, d’une réalité devant laquelle nos différences deviennent négligeables. Ce serait déjà raison suffisante pour garder la foi. Tous égaux, enfin, parce que l’autre égalité, celle des Droits de l’Homme, au fond ne concerne que les citoyens, justifie ainsi sa propre transgression et, comme conséquence, l’exclusion[1] de personnes comme moi de certains des droits proclamés. Moi, je ne suis pas citoyen, je suis interdit, étranger dans mon propre pays. L’égalité de tous, au-delà de la capacité de raisonnement, est peut-être ce qui fait aussi renier Dieu, par peur que, devant une instance absolue, les différences s’estompent ; c’est donc une question de pouvoir. Qui aimerait être comme moi, impuissant ? A l’opposé l’autre dérive : se faire Dieu, encore une fois pour exercer du pouvoir.

Laïcité radicale ou exclusive et fanatisme religieux se rejoindraient alors ?

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Spiritualité et religion, comment les distinguer (définitions) ?

Religion donne « Gestalt » à la spiritualité

Dans mon dernier article « Le handicap comme ‘Gestalt’ » j’ai affiné la vision de la spiritualité et sa place dans une conception bio-psycho-social de l’être humain. Cette démarche a laissé vacant cette quatrième dimension auparavant nommée « l’explicite spirituel ». Existe-t-elle et de quoi serait-elle faite ?

En radicalisant ma position, je postule que la quatrième dimension est la dimension religieuse de l’être humain, présente en tout être humain. Le bio-psycho-social devient en conséquence un bio-psycho-socio-religieux, englobé et tenu ensemble, enveloppé en quelque sorte, par le spirituel.

Comment cela ?

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Suicide et directives anticipées

Après deux semaines à domicile pour se remettre de sa grève de la faim, Bernard Rappaz, le chanvrier condamné à 5 ans et 8 mois, est de retour en prison. La conseillère d’État valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten ne veut plus se laisser mettre sous pression :

« S’il devait recommencer sa grève de la faim et refuser toute réanimation, je respecterai sa volonté et le laisserait mourir. »

24h heures ; Lausanne 22-24 mai 2010, no. 11

Une telle position est-elle éthiquement tenable pour une représentante de l’État ?

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La « capabilité »

L’approche que j’ai retenue se concentre sur notre « capabilité » de réaliser les fonctionnements valorisés dont est faite notre existence, et, plus généralement, sur notre liberté de promouvoir les objectifs que nous avons des raisons de valoriser.

Amartya Sen, Repenser l’inégalité

Note du traducteur :

La mot capability existe en anglais …et signifie « capacité », « aptitude », « possibilité », etc. Chez Amartya Sen, il prend un sens très précis : l’ensemble des modes de fonctionnement humain qui sont potentiellement accessibles à une personne, qu’elle les exerce ou non. Il est d’usage d’exprimer ce concept en français par le néologisme « capabilité ».

« L’homme capable »

Une … caractéristique de la pensée de Ricoeur est l’accent porté dans ses recherches sur la thématique de « l’homme capable ». Ce qui est d’abord constitutif du soi, ce sont ses diverses capacités, que Ricoeur regroupe sous la catégorie générale de l’agir …

La saisie réflexive de soi est à chaque fois contemporaine de l’expérience d’un « je peux » sous une forme spécifique :

pouvoir dire, pouvoir faire, pouvoir raconter et se raconter, pouvoir de se tenir soi-même comme l’auteur de ses propres actes.

Le soi n’est donc pas autre chose que le qui de l’action (sous ses différentes formes) approché réflexivement et par le détour de l’analyse.

Nathalie Maillard Romagnoli, Autonomie et vulnérabilité

kap – (i.-e.)      prendre

Institution égale contention

Hannah Arendt et le monde des institutions socio-éducatives

Institution égale contention, c’est une évidence ! Toute institution donne un cadre, sur la base de lois et de règles. Elle a été fondée par un acte de droit, de droit privé ou de droit public, récemment ou il y a longtemps, aussi longtemps que ses traces peuvent se perdre dans les mythes de l’histoire. Droit, loi, règles, cadre et limites, tout institution est un contenant qui contient et cadre un contenu. C’est lui, le contenu, qui est sa fin ; c’est ce qui habite le contenant qui compte et non pas le contenant en soi, c’est-à-dire l’institution. L’institution n’est que moyen. Malheureusement toute institution a finalement la tendance de se justifier par elle-même et de persister hors les besoins et les intérêts de son contenu pour qui elle a été instituée. Et quand les moyens deviennent fin nous sommes dans la violence ; pour sauvegarder le contenant, le contenu est sacrifié. Cela s’appelle la raison d’Etat.

L’année 2006 était l’année Hannah Arendt. Cette femme penseur, tellement engagée contre tout totalitarisme, ne nous a pas seulement quelque chose à dire par rapport au politique en général, mais aussi en ce qui concerne le politique institutionnel, les « cités » que constituent en soi les institutions socio-éducatives.

Hannah Arendt distingue la violence du pouvoir par son côté instrumental, utilitariste, qui tend vers une fin ou un but. Le pouvoir s’appuie sur une délégation, une légitimité remise par d’autres, la violence sur des seuls moyens ou outils.

Aussi, pour Hannah Arendt, la tradition politique définit la « non-liberté » doublement : d’un côté par le fait d’être exposé et soumis à la violence d’un autre, de l’autre côté par le fait d’être exposé et soumis à la nécessité nue de la vie. De fait, la vie d’une société n’est pas définie par la liberté, mais par la nécessité. En résulte la contrainte du travail.

Ainsi, les résidents de nos institutions socio-éducatives sont exposés à des risques multiples de violence et de maltraitance, en dehors de toute maltraitance physique primaire :

1. Comme personne d’autre ils subissent les nécessités de la vie, étant souvent dépendants déjà pour des actes quotidiens premiers, des soins de base à l’alimentation.
2. Dépendants d’autrui, ils doivent se remettre à son pouvoir ou subir sa violence.
3. Et, en général, ce ne sont pas eux qui choisissent et définissent leur cadre de vie, l’institution dans laquelle ils vivent.

Si, maintenant, l’institution se considère comme finalité en soi et, en plus, se définit, comme c’est la cas actuellement, davantage par les moyens que par les besoins, violence et maltraitance font partie du système, d’un système de contention maltraitant en dehors de toute contention malveillante. Et l’Etat en est complice.

Armin Kressmann 2006