11.11 Pour une théologie paradoxale : le palliatif ou l’esprit comme 4ème dimension du bio-psycho-social

Significations du handicap mental : 11.11 Pour une théologie paradoxale : le palliatif ou l’esprit comme 4ème dimension du bio-psycho-social

Théologie négative (pallitive ou paradoxale) et handicap (mental)

Par rapport à la réalité du handicap (mental), – mais aussi, comme évoqué, face à ce qu’on appelle la condition humaine en générale -, je défends une vision qui s’approche de la théologie dite « négative »[1]. En l’occurrence, elle est plutôt  palliative et paradoxale[2]. L’absence dont il est question, celle de la divinité, autant de Dieu que de l’homme, le vide que cette absence laisse derrière elle, est lieu de naissance. Elle permet à l’homme de devenir entièrement humain et à assumer sa finitude (la mort étant humanité par excellence[3]). Elle nous protège contre une glorification de ce qui distingue, classe, hiérarchise et ségrègue, donc exclue. Elle nous oblige à prendre la différence (ici vraiment différence, et non pas l’altérité) comme simple réalité dans la diversité dans l’égal (du même), donc comme une réalité donnée et point de départ d’un cheminement commun entre fondamentalement égaux. Même Dieu ne se distingue plus. Prendre soin de l’autre est un devoir à l’égard du même. Continue reading

11.8 Être autrui comme soi-même : entre ado- et abolescence – Le triangle pédagogique

Significations du handicap mental : 11.8 Être autrui comme soi-même : entre ado- et abolescence – Le triangle pédagogique

Pyramide et triangle sont du même ordre ; strictement parlé, la pyramide de Maslow est un triangle. Dans l’éducatif et le pédagogique l’idée de triangle évoque tout de suite les travaux de Jean Houssaye. La pyramide d’Abraham Maslow peut être lue à l’intérieur de son triangle pédagogique : Continue reading

11.3 Humain capable, humain vulnérable

Significations du handicap mental : 11.3 Humain capable, humain vulnérable

Qu’est-ce qui fait l’homme ?

Capable, « presque un dieu » (Psaume 8,6), vulnérable, « qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui, l’être humain pour que tu t’en soucies ? » (Psaume 8,5) ?

Ce double trait qui caractérise l’être humain, ses capacités et sa vulnérabilité, traverse l’ensemble de l’accompagnement et de la « prise en charge » des personnes fragiles, les soins, l’éducation, la formation et les thérapies, si ce n’est pas le vivre ensemble tout court. Le rapport à autrui est toujours un donner et un recevoir, le rapport à soi-même un s’investir et un lâcher prise. Action et passivité, agir et subir caractérisent les liens que nous avons avec nous-mêmes, avec notre environnement et notre entourage. Et les institutions, dans le sens large du terme, sont là pour  organiser le tout, lui donner l’espace nécessaire pour qu’il puisse s’exprimer librement et répondre aux besoins des uns et des autres.

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Éducation et spiritualité 3 : l’éducatif, le curatif, le thérapeutique et le palliatif

Comme nous l’avons vu dans notre dernier article sur l’éducation et la spiritualité, « Prendre soin et mobiliser les ressources », l’accompagnement socio-éducatif, tout particulièrement de personnes en situation de handicap grave, voire extrême, demande une attention des deux côtés, du côté des soins et de celui de l’éducatif. Maintenant, nous devons différencier les approches davantage :

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Quand est positive une théologie qui se dit négative

La théologie négative bien comprise

-         s’abstient de qualifier Dieu par des attributs positifs, sachant que Dieu en soi est au-delà de toute qualification

-         respecte donc Dieu dans son altérité

-         parle de Dieu sur la base de ce que Dieu lui-même, selon la tradition biblique, communique de lui aux humains

-         reçoit donc Dieu dans le registre de la foi

-         et ne rend de lui rationnellement que ce qui est rationnellement manifeste

-         ne renvoie positivement, dans le sens de visibilité et d’intelligibilité, qu’à la croix

-         donc au mystère de la souffrance innocente, sa présence dans son apparente absence et dans son silence évident

-         et laisse ce qui est affirmatif, la résurrection, au creux d’un vide, où le lieu de la négativité (le « tombeau vide ») se transforme potentiellement en lieu de nouvelle naissance, de nouvel être, donc en matrice.

 Dieu se révèle « positivement » sur la croix.

 Le recevoir là est souffrance, compassion, lieu où Dieu lui-même assume la condition humaine, donc la condition de handicap. Dans ce sens il prend sur lui l’aliénation innée à la condition humaine. Ici l’être humain « subit Dieu », il s’agit d’un « Gott erleiden », ce qui est insupportable, induit fuite et déni, bibliquement réaction « masculine » (action et maîtrise sont brisées), ou compassion impuissante et lointaine, réaction féminine (passivité du réceptacle potentiel qu’est celle de la foi et de l’amour) :

 Dieu positif, voir Dieu, te renvoie à la croix et la compassion.

 Là où Dieu se révèle « négativement », d’une manière cachée (« verborgen »), est cet événement qui est un non-événement :

la « résurrection »,

 là où l’être humain se relève dans le deuil, dans l’espace du vide qu’est l’absence de celui qui relève et où ne restent que quelques « objets » (« ob-stacles ») qui rappellent la présence réelle sur la croix et devant la mort, bandelettes et suaire, donc signes « palliatifs » (du pallium qu’est la couverture qui enveloppe et cache la honte de la nudité devant et dans la mort, là où ne reste visiblement que corps. Ce n’est que la foi, donc esprit, qui voit autre chose que dépouille ou vide après l’enlèvement de la dépouille).

 Dieu négatif, vivre devant et avec lui, te renvoie à ce non-événement qu’est la résurrection et qui t’invite, lui, à en faire un événement, celui d’une vie nouvelle, ta nouvelle vie, avec celui en qui tu avais de la peine à te reconnaître. C’est le sens de tout miracle.

Armin Kressmann 2011