Normalité et différence

Qu’est-ce que c’est la norme ?
Qu’est-ce que c’est une personne normale ?
Est-ce une femme ou un homme, jeune ou vieux, marié, divorcé ou « single »,
de couleur, blanc, de quelle taille, de quel poids, de quelle intelligence,
citadin ou campagnard, un autochtone ou un étranger, avec enfants ou non ?

L’avez-vous déjà vu le « normal » ?
Pouvez-vous me le décrire ?

Le normal est une construction statistique, en réalité il n’existe pas.

Le normal est l’exception, l’anormal la norme.

Une fois compris cela, le monde et la vie deviennent plus faciles.
Je peux exister, tel que je suis, à partir de mes facultés à moi,
avoir ma place à moi
dans cette société et dans cette humanité composées d’êtres différents les uns des autres.
Je suis un sujet et je peux accepter tout autrui comme sujet.
Je comprends que nous pourrions vivre ensemble,
sans avoir de lieux d’exclusion et sans avoir constamment peur d’être exclu ou marginalisé moi-même.
Je n’ai plus besoin de m’imposer par la force voire la violence, en prenant la place d’un autre.
J’ai ma place à moi et personne ne m’en prive.

C’est un rêve.

Être avec des personnes dont la différence est une évidence
nous fait découvrir que le rêve peut devenir réalité,
que nous sommes tous égaux dans nos différences.
L’altérité d’autrui me fait accepter ma différence,
mon altérité face aux autres,
dans un vivre-ensemble d’égal à égal.

C’est paradoxal, mais c’est la magie du partage.

Armin Kressmann 2007

Carl Friedrich von Weizsäcker – Die Einheit der Natur (L’unité de la nature)

« Suis-je mon médecin ? »

Réflexion sur la cybernétique, la thermodynamique, la mécanique quantique et la médecine à partir du livre de Carl Friedrich von Weizsäcker « Die Einheit der Natur – L’unité de la nature » – Traduction ; Hanser, Munich 1971, p. 320ss

Remarques préliminaires :

- Je traduis « Mensch » par « être humain »
- « Sollwert » … « valeur souhaitée/souhaitable/désirée/assignée »

III, 4. Modèles de ce qui est sain et malade, bien et mal, vrai et faux

Introduction

- L’être humain en tant qu’être vivant (« Lebewesen ») vu comme système régulé ou de régulation
- Ce système s’étant développé par mutation et sélection (darwinisme)
- Weizsäcker parle d’une réflexion sur une anthropologie biologique, une biologie cybernétique et une cybernétique darwinienne

- Le sain (« das Gesunde »), le bien et le vrai, ainsi que leurs notions opposées comme phénomènes

- Un projet pour une stratégie

Traduction partielle des pages 322 à 341

1. La santé

Aussi longtemps que nous sommes sains, nous ne remarquons pas que nous le sommes (que nous sommes sains). La santé appartient à ces phénomènes que, justement, nous ne percevons pas comme phénomènes particuliers, parce que nous y vivons au quotidien. Nous les découvrons par leur absence. Ce n’est que la maladie qui nous fait voir la santé comme santé.

La santé n’est pas le seul phénomène (« das Sein » … étant ?) qui nous échappe parce qu’il est et qui apparaît seulement par son absence. On pourrait dire cela justement de l’Etre. Dans notre réflexion, être bien et être vrai sont justement de ce type de manière d’être.

Même si la santé nous apparaît d’abord comme ce qui nous manque dans la maladie, nous savons « d’une certaine manière » (« irgendwie »), ce que nous sous-entendons par le mot « sain », sans pouvoir le définir. Un œil sain ou une jambe saine sont des organes qui sont aptes à fonctionner (« funktionstüchtig ») … Santé semble être aptitude à fonctionner. Pour pouvoir définir santé, il semble qu’il faut savoir ce qu’est fonction. Chaque fonction d’un organe sert à un ensemble plus vaste : à l’être humain dans son ensemble, ou à l’animal, ou au groupe, la famille ou l’espèce. Que veut dire « servir » ? A quoi sert un organe ? L’œil semble avoir une fin ; il est là pour l’être humain. L’être humain, est- il là pour quelque chose ? Le retour (« Regress ») des finalités se termine-t-il dans une finalité en soi (« Selbstzweck »), et le retour des fonctions se termine-t-il dans un ensemble de fonctions fermé (« einem geschlossenen Funktionsganzen ») ? D’un être humain, nous disons aussi qu’il est sain ou malade. La santé d’un être humain, est-elle aussi son aptitude à fonctionner ? Quelle est la finalité de sa fonction ? Peut-être dans la société ? Peut-on parler de la santé ou de la maladie d’une société ? Une époque morbide, une nation saine, la schizophrénie de la conscience moderne (« Bewusstsein ») – est-ce que ce sont des métaphores ou les énoncés/concepts (« Begriffe ») de santé et de maladie, vont-ils aussi loin ? La médecine tend à identifier santé avec normalité. Mais, la norme qu’est-ce que c’est ? Qui pose la norme?

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