Par rapport à la mission des institutions sociales : cohérence et incohérences

Dans un des articles précédents j’ai esquissé, – à partir du concept du triangle pédagogique ou éducatif -, quelques facteurs qui caractérisent les institutions sociales : le cadre institutionnel, la mission et les diverses visions qu’apportent tous ceux et celles qui y vivent et y travaillent. Cohérence y a-t-il, si tout le monde s’y retrouve plus ou moins, et les uns par rapport aux autres :

Des difficultés surgissent quand les visions se contredisent ou quand il y en a qui « sortent du cadre ».

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Par rapport à la mission des institutions sociales : unité et diversité

Chaque résident et chaque collaborateur d’une institution sociale se situe, explicitement ou implicitement, par rapport à tous les autres, par rapport à l’institution en tant que telle et par rapport à tout ce que l’institution représentent pour lui au niveau symbolique. Pour chaque personne il y a en conséquence une multitude de triangles relationnels, éducatifs, pédagogiques, thérapeutiques, d’accompagnement, etc. :

En théorie, une institution sociale donnée se laisserait décrire par la somme de ces triangles. Un bonne dynamique est garantie par un cadre qui laisse se déployer un jeu aussi libre que possible entre les visions des uns et des autres. Le cadre, avec ses lois, ses règles et ses procédures, est l’aspect institutionnel dans le sens restreint :

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Par rapport à la mission des institutions sociales

La mission des institutions sociales et de leurs collaborateurs peut être qualifiée de spirituelle, tel que nous avons défini ce terme. Elle englobe donc :

- l’éthique – que devons-nous faire ?

- « l’art » ou la technique, mais cette dernière non pas réduite à sa seule dimension technologique – comment faire ce que nous devons faire ?

- et la « religion » – pourquoi / pour quoi devons-nous faire ce que nous devons faire, ses raisons ultimes ?

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Le monde hospitalier, socio-éducatif et scolaire : une éthique entre le privé et le public

Comme notre État, notre société se veut libérale ; on est « tolérant ». Devant l’éclatement et le pluralisme consécutif des systèmes de pensées, de convictions et de valeurs, – constat devenu évident et banal[1] -, elle garde sa neutralité. Aussi longtemps qu’il n’y a pas diffamation (et encore !) ou interférence négative sur l’ordre et la paix publics, la conscience, la pensée, la foi, les opinions et leurs expressions sont de l’ordre privé ; l’Etat ne s’en mêle pas.

Mais voilà, il y a des domaines où le privé et le public se touchent et s’interpénètrent, notamment dans l’éducation et dans la santé. Ce qui était privé peut devenir public : la conviction politique ou religieuse d’un enseignant, la foi d’une infirmière, etc. Et parfois le public doit se mêler du privé, notamment dans le parapublic et dans les institutions de droit ou d’intérêt public. Les liens entre le privé et le public ne se laissent pas tous ramener à des relations purement politiques, professionnelles, institutionnalisées, contractuelles et/ou économiques.

Ainsi, en hôpital, mais plus encore en institution médico-sociale ou socio-éducative où patients et résidents vivent au quotidien et sont même domiciliés, les systèmes de pensées et de convictions ne s’affrontent pas seulement, mais sont sous-jacents à toute relation, au travail, à la prise en charge et aux collaborations. Alors, quelles sont les bases sur lesquelles se fonde le travail dans ces maisons et institutions ? Quel est le dénominateur minimal commun auquel chaque collaborateur doit adhérer ? Quelles sont les sources d’où sont tirées les approches et les missions ? Y a-t-il une éthique commune ? Et de quel type est-elle ? Après une longue période où les valeurs héritées faisaient évidence et n’étaient pas mises en question, aujourd’hui, trouvons-nous encore un fondement commun au travail accompli ? En a-t-on même besoin ? L’éthique institutionnelle est-elle encore en prise avec les modèles éthiques dominants dans notre société moderne ? Et ceux-ci, sont-ils appropriés au milieu socio-éducatif et opérationnels pour le travail auprès d’une population aussi dépendante que celle qui vit en institution ?

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Spiritualité et religion dans les institutions sociales : conclusion

Ce que j’attendrais de toute institution (sociale), est d’exprimer ce qu’elle considère comme « son spirituel », son « âme » ou son « esprit » :

-         Qu’est-ce qui tient notre institution ensemble ? Le « ciment », ce qui est « entre », le tiers dans notre histoire

-         Dans l’espace, le présent : ce qui fait du corps social un corps spirituel, la qualité que nous voulons pour nos relations

-         Dans le temps, du passé au présent et à l’avenir … la question de la « pérennité » de notre « fondation » ou de notre « association », notre histoire et notre mission

Ceci

-         en toute transparence

-         le communiquer

-         le confronter aux autres visions existantes

-         et le mesurer dans un débat public

… afin que tout résident, accompagné là où c’est nécessaire, puisse

-         trouver du sens à son existence

-         se sentir reconnu comme personne, être quelqu’un

-         garder, trouver ou retrouver sa dignité et son intégrité

-         avoir des ressources pour affronter le quotidien

-         trouver l’orientation dans les valeurs parfois contradictoires

-         avoir des perspectives

-         souffler … avoir un espace de vie, même et surtout devant la finitude, les limites et la mort

-         choisir son « dieu »

-         savoir ce qu’il faut faire, ici et maintenant …

« Le travail social demeure une organisation sociale fragile, à l’intersection des institutions et des individus. [...] Cette position à la fois frontalière et “d’entre-deux” caractérise le travail social dans la double position de l’exercice du mandat institutionnel et de la prise en compte du besoin ou de la demande des individus. S’il est situé dans tous les lieux où la logique des institutions rencontre la singularité et la subjectivité des individus, il inscrit ses réponses sur le double registre de la normativité (logique du mandat) et du respect des subjectivités (l’émancipation) »[1].

Michel Autès

« Für den Menschen ist das Ewige, Wichtige, oft durch einen undurchdringlichen Schleier verdeckt. Er weiss : da drunten ist etwas, aber er sieht es nicht. Der Schleier reflektiert das Tageslicht.“

Ludwig Wittgenstein

Armin Kressmann, Rapport « La spiritualité et les institutions », CEDIS 2008


[1] Michel Autès, Les paradoxes du travail social, Paris, Dunod, 1999 ; cité in : IGAS Inspection générale des affaires sociales ; Rapport 2005, « Intervention sociale, un travail de proximité», p. 18

« Spiritualité et religion dans les institutions sociales 2 : entre le privé et le public