Charly, folie et institution

Institution et folie sont fondamentalement incompatibles. Elles sont de catégories différentes.

A la folie correspond communauté, à l’institution la raison.

Pour la folie institution est enfermement.

Pour l’institution folie est éclatement, donc chaos.

Institution vise le même, la folie l’autre.

Pour l’institution l’autre n’existe pas, et celui qui est différent est exclu.

Pour la communauté l’autre est constitutif.


Institutions sociales : mission et organsiation

Dans le débat sur la relation entre la mission et l’organisation des institutions sociales, et suite à mon article sur « Le management de qualité et le concept d’accompagnement », j’ai dû clarifier comment je conçois l’articulation entre mission et organisation, ainsi que ce qui donne sens à l’institution :

Dialectique entre organisation et mission, donc éthique (que faire ?), il y a et devrait toujours y avoir, je consens.

Mais, deux remarques fondamentales :

1. Les deux, organisation et mission, ne sont pas du même ordre : l’organisation, donc le management de qualité, est censé donner le cadre dans lequel l’éthique, – comment vivre ensemble ? -, devrait se déployer. L’organisation, – c’est le fondement d’une pensée libérale (libérale dans le sens philosophique et éthique, et non pas tout de suite politique ou économique) -, ne devrait pas dé-finir le vivre ensemble, seulement créer les meilleures conditions pour que cette vie s’épanouisse et cadrer les débordements de vie qui mettent en danger la vie elle-même.

Je constate cependant, en ce qui concerne les institutions sociales, que les contraintes organisationnelles sont telles qu’elles définissent, a priori déjà, une large part de la vie des résidents et de notre manière de faire, imposent donc implicitement du sens sans que ni résidents, ni collaborateurs n’aient pu s’y prononcer. La liberté des résidents, même celle dont ils pourraient jouir dans leur situation de handicap, est fortement restreinte, au-delà de ce que je considère comme indispensable.

2. Par rapport à la quête de sens : ce n’est pas l’organisation qui fait sens ; en principe, elle devrait être neutre (Wittgenstein dirait peut-être même qu’elle est non-sens, tout en étant indispensable ; le théologien que je suis parlerait de deuxième usage de la loi). Le sens est donné et surgit dans le vivre ensemble ; une culture ne s’impose pas, elle se développe. Je l’ai exprimé, parce que l’éthique veut être plus concrète, par le terme du Bien (ou de l’Être). Quel est le Bien dont il s’agit quand nous parlons « d’amélioration » ? Le risque que je relève est que l’organisation, par des mécanismes innés à ce qu’est institutionnel (donc de l’ordre de la norme), se rende autonome (et pas seulement se fige) et cherche un bon fonctionnement, efficace et économique, sans se préoccuper d’un sens plus profond, confonde donc le bien-être avec un bon fonctionnement.

En conclusion : dans le doute, et doute il y a dans la réalité, c’est la mission qui devrait primer sur l’organisation, l’éthique sur la dogmatique (théologiquement la dogmatique n’est pas finalité, mais renvoie à une altérité qui nous échappera toujours, altérité d’ailleurs qu’incarnent les résidents mentalement handicapés comme peu d’autres ; avec eux, nous sommes en conséquence dans un régime de don, de dépendance, de réceptivité et de grâce, et non pas de maîtrise, de performance et de contrôle ; aussi, la mission pointe l’altérité, là où l’institution renvoie à la mêmeté et la différence au sein de la mêmeté).

Armin Kressmann 2011


Institution et folie, pour Charly une contradiction

Fondamentalement, institution et folie sont incompatibles.

A la folie correspond la communauté, à l’institution la raison.

Pour la folie, l’institution veut dire cadrage, contention et enfermement.

Pour l’institution, la folie est chaos, éclatement, morcellement.

Pour la raison la folie est folie. Pour la folie la raison est aussi folie, juste une autre folie. La raison ne peut jamais donner raison à la folie. Le raison supprime la folie, et là où elle ne peut pas la supprimer, elle l’opprime ; ou elle l’exclue. Là où la folie a raison, pour la raison elle est déraison. La raison a toujours raison, même là où elle a tort. Folie et raison ne se connaissent pas ; elles ne se reconnaissent donc pas non plus.

Institution est de l’ordre du même, la folie de l’ordre de l’autre.

Pour l’institution il n’y pas d’autre, et celui qui est différent est exclu.

Pour être reconnue, la folie a besoin de communauté. Reconnaître et respecter la folie de l’autre est la raison de la communauté, sa raison d’être. Vivre ensemble, malgré nos folies.


« Handicapé mental » : ce qui n’a pas de nom n’existe pas

6ème article de la série On m’appelle handicapé

Le statut des « handicapés mentaux » est ambigu. Nous sommes toujours entre deux chaises, « sur le seuil » comme disent certains,

entre l’être et le non-être,

la vie et la mort,

le ciel et la terre,

la raison et la folie,

l’ici et l’ailleurs,

le même et l’autre.

Démons ou anges, monstres ou saints, notre existence pousse tout à sa limite, Continue reading

« Suis-je a-mental ? »

4ème article de la série On m’appelle handicapé

Handicapé, personne handicapée, personne avec un handicap mental, personne mentalement handicapée, personne en situation de handicap, personne en quelle situation de handicap ? Me nommer est un casse-tête. Et moi, je ne peux pas participer à la discussion. Avec la folie, donc la maladie mentale, – d’ailleurs quelle est la différence entre maladie mentale et handicap mental ou, tout court, entre maladie et handicap ? -, ma condition de vie, ma « forme de vie » (« Lebensform ») dirait Wittgenstein, est la seule où moi comme premier concerné suis exclu du débat. Pour le Code civil suisse je fais partie de ceux qu’il nomme « interdits ». Je n’ai pas voix au chapitre. Je ne suis pas raisonnable. Suis-je déraisonnable, ai-je une autre raison, une autre logique, suis-je irrationnel ? « Amentes sunt isti – ils sont fous », disait Descartes de gens comme moi et a ainsi clos le débat, ou presque. Foucault[1] y voyait le commencement de l’exclusion et de l’enfermement qui sont les nôtres jusqu’à ce jour, Derrida l’a contesté, ce qui les a amenés à se disputer. Vous voyez, à quoi nous sommes bons et utiles, nous les « amentaux » ou « démentaux ». Nous poussons toutes les disciplines à leurs limites, la médecine, les soins, l’éducation et même la philosophie. Avons-nous une autre culture, différence ou altérité ?

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