Les « capabilités » selon Martha Nussbaum

Amartya Sen parle de « capabilité », l’ensemble des fonctionnements potentiellement accessibles à une personne, que ceux-ci soient réalisés ou non.

Martha Nussbaum à son tour, suite au travaux d’Amartya Sen, parle de « capabilités humaines » au pluriel,

« what people actually are able to do and to be, in a way informed by an intuitive idea of a life that is worthy of the dignity of the human being. I identify, dit-elle, a list of central human capabilities, arguing that all of them are implicit in th idea of a life worthy of human dignity. » (Frontiers of Justice ; Harvard University Press , Cambridge 2007, p. 70)

La théorie de justice de Martha Nussbaum, dans la ligne de Rawls et de Sen, accorde à chaque personne le droit à réaliser sa ou ses « capabilités ».

Ce qui est intéressant dans cette approche, – par rapport à une logique des besoins, Maslow, Rosenberg, etc., qui part d’un déficit à combler, donc une logique plutôt médicale et de soins parlant de vulnérabilité -, est le principe de potentialités, de capacités potentielles à réaliser. Nous sommes en conséquence davantage dans une logique sociale et éducative, plus proche de ce que veut atteindre la CIF, la Classification Internationale du Fonctionnement, de la Santé et du Handicap.

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La vie spirituelle et religieuse en institution sociale – Fondements, principes et pratiques

Fondements

-          L’accompagnement des personnes accueillies et hébergées s’inscrit dans une tradition assumée, explicite et explicitée, soit-elle laïque ou confessionnelle.

-          La spiritualité, dans un sens large, en est une composante fondamentale.

-          Les convictions, les croyances et les pratiques religieuses des résidents, résidentes, accompagnants et accompagnantes sont respectées.

-          L’institution veille à ce que l’épanouissement physique, psychique, sociale et spirituelle des résidents et résidentes ne soit pas entravé.

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La spiritualité et la loi

La Constitution fédérale stipule :

Article 15          Liberté de conscience et de croyance

1 La liberté de conscience et de croyance est garantie.

2 Toute personne a le droit de choisir librement sa religion ainsi que de se forger ses convictions philosophiques et de les professer individuellement ou en communauté.

3 Toute personne a le droit d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir et de suivre un enseignement religieux.

4 Nul ne peut être contraint d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir, d’accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux.

La Constitution vaudoise, dans l’article 169, dit :

1. L’Etat tient compte de la dimension spirituelle de la personne humaine.

2. Il prend en considération la contribution des Eglises et communautés religieuses au lien social et à la transmission de valeurs fondamentales.

D’autres articles peuvent entrer en ligne de compte quand on parle des besoins des personnes :

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Spiritualité et réligion en institution socio-éducative – Constitution fédérale et Constitution vaudoise

La spiritualité fait partie de la sphère privée des résidents et des travailleurs. Cependant, l’institution en tant que telle, comme chaque groupe de vie ou chaque atelier, comporte une dimension spirituelle. Celle-ci prend notamment forme en la mission et comment cette mission est incarnée, c’est-à-dire en l’éthique défendue et pratiquée.

La Constitution fédérale stipule : Article 15 Liberté de conscience et de croyance :

1 La liberté de conscience et de croyance est garantie.

2 Toute personne a le droit de choisir librement sa religion ainsi que de se forger ses convictions philosophiques et de les professer individuellement ou en communauté.

3 Toute personne a le droit d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir et de suivre un enseignement religieux.

4 Nul ne peut être contraint d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir, d’accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux.

La Constitution vaudoise stipule dans son article 169.1 :

« L’Etat tient compte de la dimension spirituelle de la personne humaine. »

D’autres articles peuvent entrer en ligne de compte quand on parle des besoins des personnes :

Article 9 Dignité humaine

« La dignité humaine est respectée et protégée. »

En conséquence, l’institution, par délégation, est aussi responsable de l’accompagnement spirituel de ses résidents et travailleurs. Cependant, spiritualité n’est pas à confondre avec religion. La spiritualité est plus vaste ; elle englobe tout ce qui touche au sens, à la transcendance, aux valeurs. Concrètement, elle prend forme en l’art, l’éthique et la religion, c’est-à-dire en ce qui est ou qui n’est pas beau, bien ou juste. Tout collaborateur d’une institution socio-éducative comme l’Institution de Lavigny a donc d’une manière ou d’une autre part à la spiritualité de la maison et en est responsable dans l’accompagnement des résidents et travailleurs, au même titre qu’il l’est par rapport à leur santé physique, affective et sociale.

Entre la Galilée et Jérusalem – L’histoire de Pâques et la vie quotidienne

Dans les évangiles, on peut distinguer deux sources principales : le cycle de Pâques et les paroles ou l’enseignement de Jésus. La première, l’histoire de la croix et de la résurrection, nous invite à reconnaître en celui qui a prononcé les paroles de la deuxième la source et le fondement de notre vie, de notre être tout entier, et cela comme un cadeau qui nous vient d’ailleurs, en d’autres paroles de « Dieu », et cela ni comme dû à notre égard, ni comme mérite de notre part. L’enjeu des récits de Pâques est la foi : ce n’est pas une question d’argumentations ni de convictions rationnelles, cela touche plus profondément, c’est le noyau dur de notre être qui est concerné, composé de l’ensemble de nos sentiments, émotions et facultés rationnelles, du conscient et de l’inconscient. Le cycle de Pâques est le centre de la foi comme base existentielle, de la confession de la foi personnelle ou de ce qu’on appelle en grec le « kérygme » ; d’où le « K ». Il est personnel et subjectif et ne se laisse ni prouver, ni falsifier par une argumentation rationnelle. C’est une question de confiance. C’est de l’ordre événementiel et relationnel : est-ce que je reconnais en ce ou en celui qui est derrière ce Jésus de Nazareth dont la bible nous raconte l’histoire mystérieuse et miraculeuse de sa crucifixion et de sa résurrection la source qui me « sauve », le fondement qui me sauve des impasses de ma vie à moi ? Jésus, est-il pour moi le Christ, Fils de mon Dieu qui m’ouvre en tant que tel et en tant que frère humain la voie vers mon Dieu, l’instance ultime en laquelle je crois et j’ai confiance, mais qui me reste inaccessible et incompréhensible en soi, dans son être, dans ses actes et dans ses exigences ?

D’un autre ordre est l’enseignement moral de Jésus, ses paroles, ce qui nous est transmis par la source littéraire que les spécialistes ont appelée la source « Q ». Cet enseignement s’inscrit dans l’histoire de la philosophie morale et peut et doit être soumis aux règles du discours et de l’argumentation philosophiques. Nous sommes dans l’éthique, ce sont nos convictions qui sont en jeu, ce que nous considérons intellectuellement et rationnellement comme vrai ou faux, comme juste, comme bien ou mal. C’est plus une question d’attitude qu’une question d’être.

Il est évident que les deux niveaux, foi et convictions, ne se laissent pas aussi simplement séparés comme nous venons de le faire. Les deux dépendent l’un de l’autre, et le premier est aussi sujet de discussion comme le deuxième influence l’être personnel.

Enseignement et catéchèse : comment respecter la liberté de conscience ?

Cela nous amène à reprendre une distinction importante qui nous permettra de mieux cerner l’enseignement, la catéchèse et l’éducation. Il s’agit de la distinction entre la foi « être » ou « confiance », « faith » en anglais, et la foi « convictions », « belief » en anglais (cf. Fowler). La première a été traduite en allemand par « Lebensglaube », théologiquement « fides qua creditur », la foi à travers laquelle nous vivons. La deuxième est la foi « fides quae creditur », ce qui est cru. La première est l’enjeu premier de la catéchèse, même si elle nous échappe fondamentalement, la deuxième l’objet de l’enseignement, soit-il catéchétique ou « profane ». La première est la visée du travail en Eglise (tout en restant, nous le redisons, non maîtrisable), la deuxième de l’école et de la société. En famille, ou dans l’éducation en générale, les deux s’imbriquent et ne se laissent pas séparer (en Eglise et dans l’école non plus, mais cela ne nous empêche pas à y rester attentifs et à mettre en place des stratégies pour que les deux ne se confondent pas).

Les multiples travaux sur le développement moral de l’individu nous montrent que le niveau foi « être » ou « confiance », « faith », est universel, c.-à-d. est partie constitutive de l’être humain, ce qui veut dire que des phénomènes comme la laïcité ou le communisme qui se veulent « athées ou athéistes » peuvent prendre des formes de foi et aboutir à des fanatismes « religieux » comme peut dévier en fondamentalisme et fanatisme toute religion. En conséquence, l’enjeu pour éviter des dérapages ne se situe pas entre l’enseignement religieux et l’enseignement laïc, mais entre respect de la liberté de conscience et emprise sur le noyau de la personne tel que nous l’avons esquissé précédemment.

Entre l’école et la catéchèse les mêmes questions peuvent se présenter, mais les réponses qu’on y apporte doivent respecter le cadre respectif. Ce n’est que par un travail de discernement constant que nous pouvons remplir notre mission en tant qu’enseignant, éducateur, catéchète ou convive et accompagnant adulte. Qu’est-ce qui est sollicité par les jeunes et par la situation dans laquelle nous nous trouvons : notre savoir, nos convictions, notre foi ou notre être, c’est-à-dire notre personne en tant que telle ?

Aussi, une approche constructiviste quelle qu’elle soit nous semble adéquate pour mieux y parvenir, d’autant plus que le contexte social actuel s’y prête, voire l’exige à son tour.

Armin Kressmann 2006