11.5 Besoins ou moyens ? – « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres »

Significations du handicap mental : 11.5 Besoins ou moyens ? – « La force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres »

La courbe de la vulnérabilité en fonction de l’âge délimite deux champs distincts, celui qui se trouve sous la courbe, la vulnérabilité, et l’autre qui est au-dessus, la « capabilité ». Travailler à partir de la première est travailler sur les besoins, à partir de la seconde sur les capacités. Les approches d’accompagnement respectives sont fondamentalement différentes, de soin dans un cas, éducative dans l’autre cas. Un accompagnement professionnel misera toujours sur l’une ou l’autre, souvent les deux, et cela en fonction de la situation dans laquelle le patient ou le résident se trouve.

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11.1 Soigner ou éduquer ?

Significations du handicap mental : 11.1 Soigner ou éduquer ?

Soins, éducation, formation et enseignement ne se laissent pas séparer. Autrefois tenus ensemble au sein de chaque corps de métier, – « le pasteur, le médecin et l’instituteur » -,  et s’inscrivant dans une vision du monde plus ou moins homogène commune, – « le village, son église et son école » -, ils constituent aujourd’hui des sphères bien distinctes, auxquelles se sont ajoutées et s’ajoutent par une spécialisation de plus en plus fine continuellement d’autres sphères et professions. Celles-ci, par le fait que l’être humain avec ses besoins et ses facultés reste profondément le même, doivent cependant non seulement collaborer en se juxtaposant, mais toujours s’inscrire dans une vision commune. Ceci est vital pour le handicap sévère et lourd, avec des personnes qui expriment tout à travers le corps et dans des secteurs où les équipes doivent être mixtes, composées d’éducateurs et de soignants collaborant étroitement avec d’autres métiers, notamment des thérapeutes.

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Charly et l’autonomie des résidents

La majorité des institutions sociales (ISE « institutions socio-éducatives ») se déclare aujourd’hui laïque et libérale. Ce sont donc l’autonomie des résidents et leur autodétermination qui sont avancées comme valeurs principales.

Cependant, pour des raisons dites de sécurité, d’organisation et d’économie, la vie des résidents est tellement prédéterminée, qu’on ne peut plus parler d’autonomie, ni d’autodétermination.

La seule liberté qui reste aux résidents est d’accepter ce qu’on leur propose ou impose.

Mais c’est peut-être cela, la véritable autonomie :

garder un esprit de liberté quand on dépend entièrement de l’autre et de ses décisions.

 

Institutions sociales : mission et organsiation

Dans le débat sur la relation entre la mission et l’organisation des institutions sociales, et suite à mon article sur « Le management de qualité et le concept d’accompagnement », j’ai dû clarifier comment je conçois l’articulation entre mission et organisation, ainsi que ce qui donne sens à l’institution :

Dialectique entre organisation et mission, donc éthique (que faire ?), il y a et devrait toujours y avoir, je consens.

Mais, deux remarques fondamentales :

1. Les deux, organisation et mission, ne sont pas du même ordre : l’organisation, donc le management de qualité, est censé donner le cadre dans lequel l’éthique, – comment vivre ensemble ? -, devrait se déployer. L’organisation, – c’est le fondement d’une pensée libérale (libérale dans le sens philosophique et éthique, et non pas tout de suite politique ou économique) -, ne devrait pas dé-finir le vivre ensemble, seulement créer les meilleures conditions pour que cette vie s’épanouisse et cadrer les débordements de vie qui mettent en danger la vie elle-même.

Je constate cependant, en ce qui concerne les institutions sociales, que les contraintes organisationnelles sont telles qu’elles définissent, a priori déjà, une large part de la vie des résidents et de notre manière de faire, imposent donc implicitement du sens sans que ni résidents, ni collaborateurs n’aient pu s’y prononcer. La liberté des résidents, même celle dont ils pourraient jouir dans leur situation de handicap, est fortement restreinte, au-delà de ce que je considère comme indispensable.

2. Par rapport à la quête de sens : ce n’est pas l’organisation qui fait sens ; en principe, elle devrait être neutre (Wittgenstein dirait peut-être même qu’elle est non-sens, tout en étant indispensable ; le théologien que je suis parlerait de deuxième usage de la loi). Le sens est donné et surgit dans le vivre ensemble ; une culture ne s’impose pas, elle se développe. Je l’ai exprimé, parce que l’éthique veut être plus concrète, par le terme du Bien (ou de l’Être). Quel est le Bien dont il s’agit quand nous parlons « d’amélioration » ? Le risque que je relève est que l’organisation, par des mécanismes innés à ce qu’est institutionnel (donc de l’ordre de la norme), se rende autonome (et pas seulement se fige) et cherche un bon fonctionnement, efficace et économique, sans se préoccuper d’un sens plus profond, confonde donc le bien-être avec un bon fonctionnement.

En conclusion : dans le doute, et doute il y a dans la réalité, c’est la mission qui devrait primer sur l’organisation, l’éthique sur la dogmatique (théologiquement la dogmatique n’est pas finalité, mais renvoie à une altérité qui nous échappera toujours, altérité d’ailleurs qu’incarnent les résidents mentalement handicapés comme peu d’autres ; avec eux, nous sommes en conséquence dans un régime de don, de dépendance, de réceptivité et de grâce, et non pas de maîtrise, de performance et de contrôle ; aussi, la mission pointe l’altérité, là où l’institution renvoie à la mêmeté et la différence au sein de la mêmeté).

Armin Kressmann 2011


Les fondements multiples de la (bio)éthique

La bioéthique utilise-t-elle l’autonomie morale au sens de Kant ?

N’est-ce pas plutôt l’autonomie politique dans la conception de Locke ou de Mill[1] ?

Déjà H. Doucet se pose la question dans son livre « Au pays de la bioéthique » [2] :

« Lorsque l’on cherche à approfondir le sens du concept, une première question surgit : à quelle école de pensée, le concept d’autonomie utilisé en bioéthique appartient-il ? Appartient-il à l’école kantienne, comme beaucoup d’auteurs et de manuels semblent l’insinuer, ou à la philosophie de Mill en raison de la place que ce philosophe donne aux choix individuels ? … »

Malgré les différences considérables entre ces deux philosophes que sont Kant et Mill, ces derniers sont habités par une préoccupation commune : secouer le joug des autorités et des institutions qui exercent leur contrôle sur les individus en raison du fait que ces derniers possèdent une valeur indépendante des sociétés dans lesquelles ils vivent, des cultures qui les ont vu naître et évidemment des circonstances. …

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