Significations du handicap mental 7 – Il s’agit d’un blog, d’une « web-logique »

Significations du handicap mental : 7 Il s’agit d’un blog, d’un « web-log », d’une « web-logique »

Apprivoiser le phénomène handicap (mental) et le comprendre, – qui veut dire me découvrir dans la confrontation avec lui -, est flexion, tendre vers la personne handicapée, aller à sa rencontre, et ré-flexion, prendre du recul, non pas pour prendre l’autre avec soi, com-préhension, mais se retrouver soi-même devant soi-même, ap-préhension,« saisie au corps »[1] (« bangen », dans sa dimension du souci de soi-même et de l’autre quand il n’y pas prise directe de l’un sur l’autre, donc dans l’impuissance et une certaine angoisse ou crainte). La compréhension se joue au moment de la rencontre, l’appréhension au moment de la réflexion (et de la « pré » ou « anté-flexion », dans le préliminaire) ; ce n’est en conséquence pas dans la réflexion qu’il y a compréhension, mais lors de l’action (sur le seuil, le « limen », dans le rite, « rt- », l’articulation). Éthique, – dans le sens du faire, et non pas du devoir faire -, et compréhension deviennent corollaires, éventuellement identiques ; le pas scientifique est méta-éthique, hors compréhension de l’autre qu’est la personne rencontrée, n’a pour objet donc pas l’autre, mais le soi de celui qui réfléchit. Le travail scientifique en la matière est un travail sur soi-même, celui-ci toujours à comprendre, et, une fois compris, peut-être apte à être avec l’autre, dans son altérité, et apte à agir d’une manière adéquate, c’est-à-dire conforme aux besoins des acteurs impliqués dans la rencontre. Celui qui est à saisir et à comprendre est soi-même, afin qu’il puisse se prendre, entièrement com-prendre, – sans aliénation, mais con-scient de soi -, dans la (prochaine) rencontre.

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Situations extrêmes, soins palliatifs, accompagnement spirituel : quand le père est censé être mère

Aux frontières de la vie, en son début et vers sa fin, en situation extrême, repliés sur nous-mêmes, par la maladie, la souffrance, le handicap sévère, nous sommes terriblement seuls. Aucune logique ne peut consoler celui qui souffre ; nu, les cris et les soupirs, les angoisses et les effrois, les regards et les silences n’appellent qu’une chose, une chose qui n’est pas une chose :

la mère,

celle dont il fallait ou il faudra se séparer un jour, dont il faut, il faudrait au moins, s’émanciper pour devenir ce que nous appelons « soi-même ».Soi-même, qui es-tu quand tu n’es plus toi-même, qui es-tu quand tu n’as jamais pu devenir toi-même ? En situation extrême, les cris et les soupirs, si ce n’est pas le mal et les douleurs qu’ils expriment, c’est  l’appel à la mère, en situation de handicap extrême, souvent, par la force des choses, la mère absente. En situation de handicap, si présente la mère est, on lui reproche d’être trop présente, « fusionnelle », si absente elle est, parce qu’elle ne supporte plus les cris de son enfant, et ses souffrances, on l’accuse d’abandon. Quel choix la mère a-t-elle, quand son enfant n’est pas lui-même, ne peut pas devenir un soi-même ? L’enfant crie, et la maman répond, jusqu’à ce qu’elle ne peut plus répondre, jusqu’à ce qu’elle n’en peut plus.

Un jour, quand l’enfant crie, cet enfant qui est encore un enfant ou qui n’est plus un enfant, un jour, c’est le père, s’il est encore là, avec la maman et son enfant, qui doit, qui devrait répondre.

Un jour, quand l’enfant fait appel au mythos[1], c’est le logos qui répond.

Mais logos n’est logos que pour celui qui comprend ce qu’est le mythos, présence de l’autre quand l’autre est absent, parole, quand les mots n’expliquent rien, sens devant et dans le non-sens, une logique d’un autre ordre, une logique quand on dit : « Ce n’est pas logique », cette logique qui fait que la logique n’est pas seulement logique, mais fait du sens : l’esprit, au-delà des lettres et des mots. Continue reading

« Suis-je a-mental ? »

 

4ème article de la série On m’appelle handicapé

Handicapé, personne handicapée, personne avec un handicap mental, personne mentalement handicapée, personne en situation de handicap, personne en quelle situation de handicap ? Me nommer est un casse-tête. Et moi, je ne peux pas participer à la discussion. Avec la folie, donc la maladie mentale, – d’ailleurs quelle est la différence entre maladie mentale et handicap mental ou, tout court, entre maladie et handicap ? -, ma condition de vie, ma « forme de vie » (« Lebensform ») dirait Wittgenstein, est la seule où moi comme premier concerné suis exclu du débat. Pour le Code civil suisse je fais partie de ceux qu’il nomme « interdits ». Je n’ai pas voix au chapitre. Je ne suis pas raisonnable. Suis-je déraisonnable, ai-je une autre raison, une autre logique, suis-je irrationnel ? « Amentes sunt isti – ils sont fous », disait Descartes de gens comme moi et a ainsi clos le débat, ou presque. Foucault[1] y voyait le commencement de l’exclusion et de l’enfermement qui sont les nôtres jusqu’à ce jour, Derrida l’a contesté, ce qui les a amenés à se disputer. Vous voyez, à quoi nous sommes bons et utiles, nous les « amentaux » ou « démentaux ». Nous poussons toutes les disciplines à leurs limites, la médecine, les soins, l’éducation et même la philosophie. Avons-nous une autre culture, différence ou altérité ?

 

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La structure du handicap dans un modèle bio-psycho-social

L’interprétation des réactions de personnes mentalement handicapées est souvent difficile, presque impossible en situation extrême, autisme profond, psychose grave ou polyhandicap lourd. Les états physiques, psychiques, relationnels, cognitifs, voir spirituels sont tellement imbriqués les uns dans les autres que chaque manifestation prête à interprétations diverses. Continue reading

Le « rôle d’être handicapé »

« Le mot ‘rôle’ n’avait au début aucune consonance sociologique. Il a pénétré par le vieux français dans l’anglais et le français médiéval. Il est dérivé du mot latin rotula ou rotulus. Ce terme de ‘rôle’ désignait à l’origine quelque chose de concret – le rouleau – puis le rouleau de parchemin sur lequel était écrite la pièce de théâtre dont on parlait. Par une évolution lente, le terme a fini par désigner le texte correspondant à la part que chacun devait prendre à l’action. » (Jacob L. Moreno ; Psychothérapie de groupe et psychodrame ; PUF, Paris 1965, p. 79)

« Le ‘rôle’ peut être défini comme la manière d’être réelle et perceptible que prend le Moi. ‘Nous définissons ainsi le manière d’être et d’agir (functioning form) que l’individu assume au moment précis où il réagit à une situation donnée, dans laquelle d’autres personnes ou objets sont engagés. Le rôle dépend donc de la ‘manière d’être au monde’ d’un individu, de sa situation et dans la position prise par lui dans un groupe donné ou une situation donnée, et de leurs relations réciproques. La représentation symbolique de cette manière d’être et d’agir, perçue tant par l’individu que par les autres, s’appelle le ‘rôle’. Cette manière d’être au monde provient provient des expériences passées et des modes culturels de la société dans laquelle vit l’individu … Tout rôle est une fusion d’éléments privés et collectifs. Chaque rôle a deux aspects : un aspect privé, personnel, individuel, et un aspect social, de groupe collectif. » (p. 81)

« Tout individu – de même qu’il a à n’importe quel moment un certain nombre d’amis et un certain nombre d’ennemis – dispose d’un éventail de rôles dans lesquels il se voit et fait face à un certain nombre de rôles qui lui donnent la réplique (contre-rôles) et que tiennent les autres autour de lui. Ils sont développés à des degrés différents. les rôles dans lesquels un individu agit forment l’aspect tangible de ce qu’on appelle son Moi. … Le rôle est l’unité de culture. Le Moi et le rôle sont en interaction continuelle. » (p. 83)

A partir de ces considérations de Jacob Moreno nous devons nous poser la question si « être handicapé » tient du moi ou est un rôle, rôle attribué par les autres dans le jeu de société qu’est le vivre ensemble. Continue reading