Significations du handicap mental 10 – La forme

Significations du handicap mental : 10 La forme

Pour moi, le fond et la forme d’un travail comme celui-ci sont étroitement liés :

  1. par le cercle herméneutique entre terrain et ré-flexion
  2. et, à l’intérieur de la réflexion, par ce qu’on peut appeler le tiers,
    1. le choix des références
    2. et la structure de l’approche.

En principe, pour juger l’ensemble de mon travail, il serait nécessaire de prendre aussi et surtout en considération mon travail comme aumônier d’une grande institution sociale, où, avec les moyens limités qui sont les nôtres, l’aumônerie essaie d’être un lien entre les différentes sphères (hôpital, soins, médecine ; école, enseignement, éducation ; hébergement, accompagnement, éducation, soins ; intendance, services techniques, administration, etc.) et les différents niveaux institutionnels (patients, élèves, résidents ; accompagnants, soignants, thérapeutes ; services et départements ; directions et direction général ; fondation ; réseau des institutions sociales et État), d’habiter ce lien, lui donner corps, et de lui donner du et des sens, fonction par excellence spirituelle (« paracletique, pneumatologique »).

Continue reading

Significations du handicap mental – Guide de lecture

« Nous sommes jusqu’à présent, pour ainsi dire, les ordures du monde, le déchet de l’univers. » (Première épître de Paul aux Corinthiens, chapitre 4, verset 13)

La rubrique « Significations du handicap mental », appelée aussi « Guide de lecture », introduit le lecteur notamment dans mon site « ethikos.ch » pour lui faciliter l’orientation. Entre temps ce site est devenu complexe, un peu à l’image de l’univers du handicap. Il offre des entrées et des clés de lectures diverses, et comportent quelques centaines de pages ou d’articles, à des niveaux divers.

J’ouvre ici un tout petit portail. Les liens qui s’y trouvent font entrer le lecteur, – toujours à travers d’autres liens, donc par hyperliens -,  dans l’univers et le réseau de penser qui est le mien, dans le sujet du handicap mental « au-delà du handicap mental », c’est-à-dire dans une universalité qui dépasse le vécu des personnes en situation de handicap et qui nous concerne tous en tant qu’êtres humains. Ce portail et ses liens lui permettront peut-être de s’y retrouver plus facilement :

Qui es-tu, quelle est ta vie, quel est le sens que tu lui attribues, qui est l’autre pour toi, quel est ton dieu ? Continue reading

Comment supporter l’inexprimable ? L’incongruence entre langage et expérience

D’où vient le rapprochement du handicap (sévère), – et de la folie -, avec le sacré, « anges ou démons », la sainteté ou le mal, la présence ou l’absence de Dieu ?

Le contact avec le handicap (sévère) provoque des réactions émotionnelles fortes, de l’ordre du mystique, une confrontation immédiate avec des réalités absolues, la vie, la mort, la souffrance, l’impuissance, la colère, la sidération, du dégoût, du rejet, de la répulsion, mais aussi de la fascination.

Qu’est-ce qui nous arrive là ? Qui sommes-nous ? Qu’est-ce l’être humain ? Pourquoi ? Pourquoi ça ?

En ne reconnaissant en l’autre pas un autre moi-même, on ne se reconnaît plus soi-même.

L’ultime, l’absolu, en personne, s’impose. L’ultime, l’absolu, en personne, porte un nom : Dieu. Il est inexprimable, « unsagbar, unaussprechlich », au-delà du langage, sinon il ne serait pas absolu.

 « Es gibt allerdings Unaussprechliches. Dies zeigt sich, es ist das Mystische. », dit Ludwig Wittgenstein (Tractatus 6.522)

Celui qui a dit qu’il faut garder le silence sur ce qui ne se laisse pas exprimer (Tractatus 7) dit aussi, – c’est ce qu’on passe souvent sous silence -, que l’inexprimable se laisse percevoir, „erfahren“. Ralf Stolina parle « d’incongruence entre langage et expérience »[1]. Dans l’expérience, devant les faits, nous manquent les mots, nous manque la parole, le langage butte à ses limites, il est en situation de handicap.

Avec le handicap lourd et sévère, et tout particulièrement avec le handicap mental profond où toute communication devient extrêmement difficile, nous sommes dans ces catégories. La question de Dieu, ou du Mal, n’est pas loin. Comment parler du Dieu absent, ou trop présent pour être supporté ?

S’impose une « théologie négative ». Celle-là, est-elle silence, « Sigetik » (Giorgio Agamben) ?

 « (Damit ist gegeben), dass die Grenze der Sprache nicht auch die Grenze der Erfahrung ist und das Schweigen eine Rede eigener Art sein kann und nicht notwendig identisch ist mit Verstummen. »[2]

Armin Kressmann 2011

[1] Niemand hat Gott je gesehen, Traktat über negative Theologie ; de Gruyter, Berlin 2000, p. 76

[2] idem p. 76

 

Charly, les troubles du comportement et les comportements troublants

Et si, au lieu de dire troubles du comportement, on parlait de comportements troublants ?

Pas seulement leur monde changerait, le nôtre aussi :

au lieu de les forcer à adopter bêtement nos comportements, – par des méthodes souvent douteuses, proches de la maltraitance -, nous n’aurions que des découvertes à faire.

Quel enrichissement.

Toujours dans la suite « Communiquer avec le handicap » – Jusqu’au bout

« Le code est dans l’angle », disais -je.

Allons jusqu’au bout, disons, contre toute attente probablement : la bible est scientifique ; dans ses parties les plus significatives elle observe, elle décrit, elle réfléchit et elle témoigne, dans son langage et dans son temps. Ce n’est pas de la biologie, ni de l’astronomie, peut-être même pas de l’histoire ou de la sociologie, en tout cas pas dans le sens moderne de ces termes. Mais de la science de la vie telle qu’est la vie, la vie des humains et des autres êtres.

Au-delà, face à l’essence, face à l’au-delà, donc la métaphysique, elle reste pudique. Elle se méfie de l’ésotérisme, elle lui oppose une théologie qu’on appelle traditionnellement « négative », la seule qui est positive, scientifiquement « vérifiable » (ou, pour rester poperien, pas « falsifiable ») :

Si vous voulez voir l’essentiel, voici la croix, et le creux d’un tombeau vide.

Ni plus, ni moins.

Mais cela, je sais, vous n’aimez pas le voir, ni penser le reste à partir de là ; c’est tout notre problème.

Donc, pour la bible, « l’essentiel », ce qui est au-delà de la science, appartient à la foi.

Ce qui se voit dérange, un savoir qui dérange, et ce qui range, et pourrait arranger, l’ultime, la connaissance, ne se voit pas.

Rien à voir qui plaît, pas de « spectacle » plaisant, juste le regard sur la vie telle qu’elle est.

Serait-ce la raison plus profonde du vide dans les Églises dont les membres ne sont invités qu’à observer, à décrire, à réfléchir (par eux-mêmes) et à témoigner, sans spectacle ? Même plus de miracle. Ou tout, ou presque, en tout cas l’essentiel ?

Philosophie et théologie seules devant ce qui parle : en situation de …

Armin Kressmann 2011