« Mais quoi ? ce sont des fous … » … « sed amentes sunt isti » … (Descartes)

« Mais quoi ? ce sont des fous … » … « sed amentes sunt isti » …

Cette phrase est de René Descartes, tirée de ses Méditations, publiées à Paris en 1641 en latin, et en 1647 en français, sous le titre :

« Les Méditations métaphysiques de René Descartes touchant la première philosophie, dans lesquelles l’existence de Dieu et la distinction réelle entre l’âme et le corps de l’homme sont démontrées. »[1]

Pas seulement l’œuvre dans son ensemble, mais aussi la petite phrase a fait histoire ; elle a provoqué, plus que trois cents ans plus tard, dans les années soixante-septante du siècle passé, ce qu’on appelle « La querelle sur la folie »[2], dispute vive entre Michel Foucault et Jacques Derrida. Dans le petit passage que Descartes avait consacré à la folie, Foucault voyait un tournant historique dans la conception et dans la prise en charge de la folie : désormais, à partir de Descartes, la folie était exclue de la raison ce qui, selon Foucault, était le début de son enfermement, de tout ce qu’il dénonce dans « L’histoire de la folie à l’âge classique »[3].

La folie est-ce raison ou déraison ?

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Handicap, raison, déraison, folie et foi – Une petite anthologie

La formation d’idées est une fonction universelle des entendements humains, qu’il s’agisse de personnes dites normalement constituées, de malades ou de handicapés mentaux ; chacun à sa manière, en fonction de ses propres limites et des limites du monde qui l’environne, produit des idées d’ordre abstrait.[1]

Il est aisé à voir combien l’esprit humain est téméraire et dangereux, même s’il est vif et vigoureux (…). C’est miracle de trouver un grand et vif esprit bien réglé et modéré (…). La sagesse et la folie sont fort voisines. Il n’y qu’un demi-tour de l’une à l’autre : cela se voit aux actions des hommes insensés. La philosophie nous apprend que la mélancolie est propre à tous les deux. De quoi se fait la subtile folie que de la plus subtile sagesse ? C’est pourquoi, dit Aristote, il n’y a point de grand esprit sans quelque mélange de folie …[2]

… il se rencontre peut-être beaucoup d’autres (choses), desquelles on ne peut pas raisonnablement douter (…) : par exemple, que je sois ici, assis près du feu, vêtu d’une robe de chambre, ayant ce papier entre les mains, et autres choses de cette nature. Et comment est-ce que je pourrais nier que ces mains et ce corps-ci soient à moi ? si ce n’est peut-être que je me compare à ces insensés (nescio quibus insanis, à je ne sais quels fous), de qui le cerveau est tellement troublé et offusqués par les noirs vapeurs de la bile, qu’ils assurent constamment qu’ils sont des rois, lorsqu’ils sont très pauvres ; qu’ils sont vêtus d’or et de pourpre, lorsqu’ils sont tout nus ; ou s’imaginent être des cruches, ou avoir un corps de verre. Mais quoi ? ce sont des fous (sed amentes sunt isti), et je ne serais moins extravagant, si je me réglais sur leurs exemples.[3]

En 1961, Foucault avait cru pouvoir trouver dans ces quelques lignes de la Première Méditation le témoignage d’un tournant historique dans l’appréhension et dans le traitement pratique de la folie. Au cours des siècles précédents, le fou avait conservé sa place dans la Cité, ou du moins dans le village, cette place étant associée à la représentation commune, mais aussi lettrée, d’une certaine proximité entre folie et sagesse … Cette certitude de n’être pas fou, qui manquait encore à Montaigne, « Descartes, maintenant, l’a acquise, et s’y tient solidement : la folie ne peut plus le concerner ».[4]

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