11.11 Pour une théologie paradoxale : le palliatif ou l’esprit comme 4ème dimension du bio-psycho-social

Significations du handicap mental : 11.11 Pour une théologie paradoxale : le palliatif ou l’esprit comme 4ème dimension du bio-psycho-social

Théologie négative (pallitive ou paradoxale) et handicap (mental)

Par rapport à la réalité du handicap (mental), – mais aussi, comme évoqué, face à ce qu’on appelle la condition humaine en générale -, je défends une vision qui s’approche de la théologie dite « négative »[1]. En l’occurrence, elle est plutôt  palliative et paradoxale[2]. L’absence dont il est question, celle de la divinité, autant de Dieu que de l’homme, le vide que cette absence laisse derrière elle, est lieu de naissance. Elle permet à l’homme de devenir entièrement humain et à assumer sa finitude (la mort étant humanité par excellence[3]). Elle nous protège contre une glorification de ce qui distingue, classe, hiérarchise et ségrègue, donc exclue. Elle nous oblige à prendre la différence (ici vraiment différence, et non pas l’altérité) comme simple réalité dans la diversité dans l’égal (du même), donc comme une réalité donnée et point de départ d’un cheminement commun entre fondamentalement égaux. Même Dieu ne se distingue plus. Prendre soin de l’autre est un devoir à l’égard du même. Continue reading

LE miracle : vivre malgré la vie telle qu’elle est ?

9ème article de la série On m’appelle handicapé

Est-ce que je comprends ce que je viens de dire ? Est-ce mon sujet, mon problème ? Ou, « handicapé mental », ne suis-je pas depuis toujours dans ma situation, telle qu’elle est, telle qu’elle était, depuis toujours ? Puis-je connaître autre chose que ma vie, cette vie ? Est-ce que ce sont juste les douleurs et les émotions qui m’envahissent, – de temps en temps, quand « j’ai une crise » -, les souffrances au premier degré, comme des banalités faisant partie d’une condition d’existence qui est ce qu’elle est, sans que je puisse en prendre du recul et y réfléchir ? Les situations extrêmes, quand elles sont quotidiennes, sont-elles encore extrêmes ? Ne deviennent-elle pas normales ? Job, pour comprendre la pauvreté devait être riche, pour sentir ce qu’est la maladie, il devait être en bonne santé, et pour savoir ce qu’est le bonheur, il devait subir tout le malheur. Dieu, pour comprendre la souffrance, pour nous comprendre, ne devait-il pas se faire homme ? Et pour comprendre la condition humaine, se faire crucifier ? La souffrance, se laisse-t-elle comprendre ?

Alors moi, puis-je avoir de la distance par rapport à ce qui m’arrive ? Ou tout ce que vous faites, n’est-ce que palliatif ? Des soins palliatifs, dès le premier jour ? Passivité partagée (Merleau-Ponty), résilience béante ?

J’y résiste. Je vous résiste, et ma résistance est aussi langage, et le palliatif une parole, plus vraie peut-être que le verbe. Le palliatif, est-il Verbe ? Et le curatif que bavardage ? Et la vraie guérison peut-être une guérison sans guérison, bien plus que la résilience ? Le miracle ultime : vivre, contre la vie telle qu’elle, la mienne ?

Armin Kressmann 2011, On m’appelle handicapé 9

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Comment parler du Dieu absent ? Une théologie palliative

On l’appelle « théologie négative » ; je n’aime pas ce terme. Pour opposer une vision autre à une théologie affirmative qui risque d’enfermer Dieu en ce qu’il n’est pas, j’utiliserais d’autres termes : mystère, croix, abîme, Dieu caché, incertitude, tâtonnement, et la théologie qui en résulte est mystique, et tournée vers l’éthique, une théologie profondément biblique, celle

- du buisson ardent (Exode 3) et du creux du rocher (Exode 33)

- d’Élie, de la caverne et du « bruissement ténu » (1 Rois 19)

- de Job, juste (plus que Dieu ?)

- du Cantique des cantiques, de la tendresse et de la caresse (Emmanuel Lévinas)

- de Nicodème (Jean 3), de la voix du souffle quand on ne sait pas d’où vient le vent ni où il va

- de Samedi saint, des soins du corps, de ce qui reste, et du tombeau, enfin vide

- de l’Ascension et de Pentecôte, de l’absence de Dieu qui instituent l’homme et qui font de lui avocat de l’homme, à l’image du Paraclet, « imago Dei », autrement

Une théologie palliative !

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L’amour peut-il handicaper ?

Où est le problème quand quelqu’un se handicape lui-même ?

Est-il fautif ? Est-ce lui le problème ?

Qu’est-ce qui se passe quand quelqu’un se piège lui-même ? Soi-même comme un autre … ?

Il faut l’admettre :

Il y a des handicaps « sympathiques », la trisomie p. ex., et il y a des handicaps « antipathiques », les troubles d’envahissements, les psychoses, l’autisme, le polyhandicap. Malchance à celui qui tombe dans la seconde catégorie ? Est-il le handicapé parmi les handicapés ? Et qu’est-ce qui fait la différence entre les deux catégories ?

Par rapport à l’envahissement :

Y en a-t-il que le vie handicape ? La vie peut-elle être obstacle, handicap ?

Je fais référence à celui dont une accompagnatrice disait, après son décès, lors de la préparation du service funèbre :

« Il aimait la vie, mais il ne la supportait pas. »

Qu’est-ce qui se passe quand quelqu’un est agressé par la vie, quand la vie agresse ? Comment réagir, prendre quelle mesure ? L’hypostimulation, tellement décriée par ceux et celles qui dénoncent le manque de stimulation dans nos institutions ? Que dire de celui qui « agresse » parce qu’il est agressé, par la vie ? Qui agresse ? Peut-on se défendre contre la vie ?

L’amour peut-il handicaper ? Obstacle amour, amour obstacle ?

Dieu handicap ? Job, qu’en dirait-il ?

« Pourquoi donne-t-il la lumière à celui qui peine, et la vie aux ulcérés ? … Pourquoi ce don de la vie à l’homme dont la route se dérobe ? » (Job 3,20.23)

Où mettre Dieu dans la CIF, la Classification internationale du fonctionnement, du handicap et de la santé ?

Cause, obstacle, voie de sortie, salut, accompagnant, compagnon de route quand plus personne ne veut partager le même pain ?

Perplexité !

Armin Kressmann 2010

Handicap lourd, situations extrêmes

Les situations extrêmes, – et avec le handicap lourd elles font irruption dans l’intimité de la famille -, font éclater, comme le mot le dit[1], le vivre ensemble, les systèmes des valeurs, les institutions, les compréhensions quelles qu’elles soient.

« La première peur est une gêne, une sorte de pénibilité qui nous est imposée par l’être qui n’est plus dans nos normes habituelles. Cette première peur se fait vite plus accentuée quand nous affrontons les transformations qui suivent son accueil : notre vie éclate, nos projet s’effondrent ; et au-delà de nous, individus, les différentes organisations sociales apparaissent rigides, fermées, hostiles : il faudrait les faire voler en morceaux. En nous, ou autour de nous, l’avènement d’un ‘handicap’ constitue une désorganisation à la fois concrète et sociale. Mais de là nous apercevons une autre désorganisation, bien davantage profonde et douloureuse : celle de nos compréhensions acquises, celle de nos ‘valeurs’ établies. » (Henri-Jacques Stiker ; Corps infirmes et sociétés ; Essais d’anthropologie historique ; Dunod, Paris 2005, p. 3)

Les situations extrêmes font fondre l’épaisseur et l’étendu du temps et de l’espace qui nous permettent de prendre de la distance face à l’inexorable, de re-culer, de ré-fléchir et de re-spirer. Elles aspirent tout, elles rapprochent ce qui, pour survivre et bien vivre, est d’habitude éloigné, séparé, espacé : la vie et la mort, le bien et le mal, le corps et l’âme, même Dieu et Satan comme le livre de Job l’illustre.

« Il y a un temps pour tout », dit Qohélet (Bible ; Premier Testament ; Qohélet, chapitre 3, verset 1).

Dans les situations extrêmes, il n’y a plus de temps pour tout, le temps est suspendu, fondu.

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