Troubles de comportement, comportements troublants et Dieu troublé

Je défends la dignité de la personne telle qu’elle est, quelle qu’elle soit[1]. Une personne  trisomique est une personne trisomique, un autiste un autiste, en principe en bonne santé et seulement handicapés quand on les mets en situation de handicap, devant des obstacles qu’ils n’arrivent pas à surmonter à partir et avec ce qu’ils sont. Dans ce sens, la trisomie ou l’autisme ne sont pas des pathologies, des maladies, comme la masculinité ou la féminité ne le sont pas non plus. L’époque de la discrimination à cause de ce qu’on est devrait être achevée.

Cependant, ces affirmations posent toute une série d’interrogations sur l’être humain en général, dont la question des comportements et des actes qui dérangent l’ordre tel qu’il est prévu par notre société : qu’est-ce que nous devons accepter ? Où est la limite ? Comment faire pour clairement distinguer la personne, à prendre telle quelle, et ses actes peut-être répréhensibles, voire intolérables et inadmissibles ? Continue reading

Les fêtes chrétiennes et le socio-éducatif (Institution de Lavigny) : vision protestante, vision catholique

Je viens de revoir avec mon collègue aumônier catholique de l’Institution de Lavigny, Jean-Pierre Cap, le tableau des fêtes chrétiennes que j’avais fait pour usage au sein des groupes de résidents, avec l’intention d’articuler les significations religieuses des fêtes avec leurs rôles pédagogiques et éducatifs potentiels. Le consensus entre nous était large, avec cependant quelques différences, peut-être divergences, notables. Continue reading

Autre turbulence : confirmation objective ou confirmation subjective ? Débat relancé dans l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV)

Le débat est relancé dans l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (Suisse)  : en réintroduisant le terme « confirmation », se pose la question : qui confirme quoi ? Les autorités de l’EERV ont tranché (Directive du Conseil synodal sur les cultes, fêtes chrétiennes, sacrements et autres rites au sein de l’EERV) : Continue reading

« respirE – Éthique (théologique) »

Significations du handicap mental : 11.14.3 « respirE – Éthique (théologique) »

Une centaine d’articles de ce blog « ethikos.ch » traite d’éthique et de bioéthique, une partie plus spécifiquement d’éthique du handicap (mental), dont un certain nombre se recoupe avec la spiritualité.

L’assistance au suicide a été le sujet d’un travail de séminaire lors de ma formation en éthique médicale. Mais la problématique est aussi aiguë en milieux d’éducation, là où la capacité de discernement est donnée. En institution socio-éducative, faut-il entrer en matière quand il y a demande d’accompagnement d’assistance au suicide, d’une manière organisée ou non, qui, comment, quelles sont les limites de l’accompagnement, quelles sont les implications pour l’entourage, par rapport aux valeurs défendues par l’institution (l’établissement), la mission, etc. ?

Dans ce même cadre de formation j’ai travaillé la question de l’autonomie, premier des quatre piliers de la bioéthique (avec la bienfaisance, la justice et l’équité). Ce principe est aussi celui qui est le plus souvent avancé dans les milieux éducatifs, étant pour la majorité des éducateurs la finalité de leur engagement. Je l’ai en un premier temps articulé avec la bienfaisance, puis élargi le champ vers la « capabilité » et la vulnérabilité, ce qui est indispensable quand on est devant et avec des personnes aussi fragiles et fragilisées.

Théologiquement, mais peut-être aussi anthropologiquement, l’autonomie est un non-sens. Continue reading

La spécificité de l’éthique chrétienne – Propositions

  • L’ultime est transcendant.
  • L’ultime est une personne ; nous l’appelons Dieu.
  • Il se rend visible dans la vulnérabilité humaine ; nous l’appelons croix ; il porte un nom : Jésus Christ.
  • Sinon il est caché.
  • Le vide des deuils et des « pourquoi » de l’existence humaine est matrice de naissance et de connaissance ; nous l’appelons résurrection.
  • Ainsi, quand l’ultime se manifeste, il y a guérison ; guérison avec ou sans guérison ; nous l’appelons miracle, et ce qui s’y révèle Royaume de Dieu
  • Celui-ci est la finalité de l’existence humaine ; mais il reste caché ; parce qu’il n’y a pas seulement guérison avec guérison, mais aussi guérison sans guérison.
  • Le souci ultime est la dignité de l’autre ; nous appelons celle-ci sa sainteté.
  • Toute éthique doit la servir, dans sa posture (éthiques de vertus et de responsabilité), dans ses principes (éthiques déontologiques et objectives ou de valeurs), dans ses méthodologies (éthiques procédurales) et dans ses finalités (éthiques utilitaristes).
  • Nous appelons toute volonté qui œuvre dans ce sens inspirée, guidée par l’Esprit, présence cachée de l’ultime.
  • Elle reconnaît ses limites, parce qu’elle sait que l’ultime est transcendant.
  • La loi révèle et manifeste ces limites.
  • Le savoir que l’ultime est transcendant et le souci de l’autre qui en découle, nous les appelons foi : fides quae (quoi ?) et fides qua creditur (comment ?).
  • Cette dernière est ce qu’on peut appeler une « éthique chrétienne ».

Armin Kressmann 2012