11.1 Soigner ou éduquer ?

Significations du handicap mental : 11.1 Soigner ou éduquer ?

Soins, éducation, formation et enseignement ne se laissent pas séparer. Autrefois tenus ensemble au sein de chaque corps de métier, – « le pasteur, le médecin et l’instituteur » -,  et s’inscrivant dans une vision du monde plus ou moins homogène commune, – « le village, son église et son école » -, ils constituent aujourd’hui des sphères bien distinctes, auxquelles se sont ajoutées et s’ajoutent par une spécialisation de plus en plus fine continuellement d’autres sphères et professions. Celles-ci, par le fait que l’être humain avec ses besoins et ses facultés reste profondément le même, doivent cependant non seulement collaborer en se juxtaposant, mais toujours s’inscrire dans une vision commune. Ceci est vital pour le handicap sévère et lourd, avec des personnes qui expriment tout à travers le corps et dans des secteurs où les équipes doivent être mixtes, composées d’éducateurs et de soignants collaborant étroitement avec d’autres métiers, notamment des thérapeutes.

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Institutions sociales et situations limites

Les institutions sociales, – en accueillant des personnes qui ne trouvent pas ou plus leur place dans la société ambiante -, connaissent, par définition, des situations extrêmes ou limites, c’est-à-dire des situations qui temporairement ou régulièrement semblent les dépasser : le système dans son ensemble ainsi que les différents corps professionnels touchent aux limites de leurs moyens et de leurs compétences. Etre confrontées à des phénomènes que la société « ne maîtrise pas » est la raison d’être des institutions ; sinon on n’aurait pas besoin d’elles. Etre par moment aussi dépassées est alors inné à leur mission ; sinon elles seraient toutes-puissantes (donc a priori maltraitantes).

L’Institution de Lavigny a fait le choix d’accueillir, entre autres, des personnes mentalement handicapées :

 « La mission du département hébergement et accueil spécialisé sur le site de Lavigny est d’accueillir, dès leur majorité, des personnes en situation de handicap mental[1] en leur offrant une qualité d’accompagnement optimale. Des résidents souffrant de troubles moteurs, sensoriels, psychiques, comportementaux ou encore d’épilepsie y trouvent un lieu de vie, un espace de partage et d’échange. » (mission du site de Lavigny telle que présentée sur son site Internet ; 14.7.11).

Que faire quand on ne sait plus quoi faire ?

Chercher ensemble.

 1. Dans une vision d’excellence[2]

Avec vous, représentants légaux et familles, et dans le réseau plus large des spécialistes du domaine, analyser la situation et chercher la meilleure solution (la moins pire peut-être), chez nous ou ailleurs, et ailleurs seulement si cet ailleurs est objectivement meilleur. Parce que, à l’intérieur du cadre fixé par la mission, l’accueil est inconditionnel. Si c’est chez nous, nous trouverons les moyens et développerons les compétences nécessaires ; vous pouvez compter sur nous.

 2. Dans une vision d’humilité

Nous avons besoin de vous, représentants légaux et familles, de votre expérience et de vos compétences ; nous les confronterons avec les nôtres et celles des spécialistes, et chercherons ensemble la meilleure solution (la moins pire peut-être), chez nous ou ailleurs, mais ailleurs seulement si ensemble, nous et vous, nous arrivons à la conclusion que c’est la meilleure solution. L’accueil est toujours inconditionnel, même si par moment nous ne savons plus quoi faire. Nous partagerons notre impuissance, convaincus que les bonnes pistes nous seront données, finalement, et cela fait partie de notre conviction, par le résident lui-même.

Quelle différence entre les deux visions ?

La passivité dirait Merleau-Ponty, « die Gelassenheit », la sérénité, un certain lâcher prise de la seconde (« cela nous sera donné »), le volontarisme et le professionnalise plus prononcés de la première (« nous trouverons ») :

 « On entendait par institution ces événements d’une expérience qui la dotent de dimensions durables par rapport auxquelles toute une série d’autres expériences auront sens, formeront une suite pensable ou une histoire – ou encore ces événements qui déposent en moi un sens, non pas à titre de survivance et de résidu, mais comme appel à une suite, exigence d’un avenir. » (Maurice Merleau-Ponty ; L’institution – La passivité ; p. 124)

Les deux sont valables et, probablement, se complètent dans la réalité. La première prend plus de risques et ne supporte pas l’échec ; en ce cas-là, elle est tentée de se justifier par l’argument des moyens limités. La seconde sait qu’échec il pourrait avoir et l’assumerait, ensemble ; devant l’échec, elle ne peut se justifier, tout en étant tentée de le faire par l’impuissance (ou le fatalisme).

A exclure est une troisième attitude, vision sans vision qui trahit la mission elle-même :

L’accueil conditionnel, la remise en question continuelle de l’accueil en fonction des moyens et des compétences dont on dispose, pire encore, dans une attitude de savoir prétendu (« ce qui est bien pour »). Le factuel ne peut être visée éthique.

Armin Kressmann 2011



[1] Le choix de la terminologie serait à discuter.

[2] Une manière de penser actuellement à la mode

 

Signifier l’enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe : le passage du spirituel au religieux

Arrivé au point de comprendre la spiritualité comme enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe, s’impose finalement la question du religieux, sans penser tout de suite à son côté institutionnel :

les situations extrêmes nous poussant aux limites (et parfois au-delà, probablement plus souvent qu’on ose l’admettre), l’ultime se manifeste. Accepter son impuissance ou insister sur sa raison et devenir soi-même tout-puissant ? Menace l’institution totale ou totalitaire d’un Erving Gofman. Juste gérer l’ingérable ? Se rendre coupable ? Contention pour elle-même ?

Déjà pour des raisons philosophiques je ne vois pas d’autres issues qu’admettre une altérité inaccessible, toute-autre, où le reste est porteur de sens pour l’ensemble. Une fois arrivé au seuil du passage de la raison à la foi, par empathie avec et par solidarité pour cet être humain souffrant et totalement dépendant (de moi et de l’institution), le saut devient impératif. Se remettre ensemble en cette instance qui nous dépasse l’un et l’autre est de nous remettre à pied d’égalité et ouvrir le champ d’une liberté commune nouvelle. Ce n’est que la communauté qui peut le faire ; à l’institution la loi l’interdit.

La communauté est garante d’une réalité autre, inclusive, au milieu d’une réalité d’exclusion.

La communauté est enveloppe renvoyant à une autre enveloppe, l’ultime et la définitive dirait la foi.

Ainsi, le centre de l’Église est hors église, et son sens aussi.

En théologie on utilise la métaphore du « royaume de Dieu ».

Ernst Lange parle de « communauté incognito »[1], de ceux et celles qui croient en une « alliance accomplie et pleine » et une « paix accomplie et pleine » (p. 69)

N’y étant pas encore, la foi se positionne dans la réalité telle qu’elle est en pointant ce que celle-ci signifie à la lumière de la promesse :

« Präsenz des Glaubens in der Situation, die ihn angeht, heisst diese Situation wahrnehmen, ‘wie sie wirklich ist’, zugleich aber fragen, was sie im Licht der Verheissung ‚eigentlich bedeutet’ und wie si erscheint, wenn man nach ihrer in Christus eröffneten Zukunft ausschaut.“ (p. 121)

Pratiquement nous devrions en conséquence requestionner le rôle du culte en institution comme lieu d’interrogation du sens en situation de non-sens.

Armin Kressmann 2011


[1] Ernst Lange ; Chancen des Alltags ; Kaiser, München 1984 ; p. 139

 

La spiritualité : l’enveloppe de l’enveloppe de l’enveloppe

Dans une série d’articles j’ai approfondi le modèle bio-psycho-social de l’être humain proposé pour remplacer le modèle bio-médical en médecine par George L. Engel. J’ai montré que s’impose une quatrième dimension, la spirituelle, sous deux formes :

1. justement comme quatrième dimension, ce qui nous mène vers une modèle spirito-bio-psycho-social ou bio-psycho-socio-spirituel,

2. comme méta-réalité, le spirituel englobant les autres aspects et les tenant ensemble. En ce deuxième cas la quatrième dimension serait davantage constituée par le souci religieux de l’être humain, sa quête de rassembler l’ensemble de ses expériences de vie (Emile Benveniste) et de le relier à un ultime.

Par ces considérations j’arrive maintenant à une vision plus globale de la spiritualité, celle d’enveloppe. Ce concept est bien connu en psychologie, sous le terme « enveloppe psychique » ou le « moi-peau » (Didier Anzieu). La construction de l’enveloppe psychique se fait par l’intériorisation de la fonction contenante de la mère ou de la fonction maternelle (« fonction alpha »).

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Comment établir une charte ?

Dans un échange fort intéressant avec une collègue nous nous posons la question comment élaborer, d’une manière simple et imagée, une charte d’une association ou d’une organisation donnée. L’idée nous est venue d’utiliser l’expérience du jeu ou du sport qui, pour se dérouler en de bonnes conditions, ont besoin d’une part d’un cadre, – une infrastructure, un terrain par exemple et/ou des outils, et des règles -, d’autre part d’une disposition mentale des joueurs, – un certain esprit -, pour que le jeu se mette en place et se développe : Continue reading