« Toute institution, même les Églises, devant le dilemme de défendre ses propres intérêts ou ceux des personnes pour lesquelles elle a été fondée, semble choisir les premiers. Pour se justifier, on parle ensuite d’intérêts supérieurs, chez l’État de raison d’État ; sans en donner une explication. Probablement, il n’y en a pas, si ce n’est… Continue reading »
août
22
Le jeu comme enjeu – Johan Huizinga
J’ai proposé le concept du jeu comme mode de communication fondamental, notamment avec des personnes mentalement handicapées.
Cela pour plusieurs raisons :
1. La réalité de l’autre en tant que telle et comme il la conçoit nous échappera toujours
2. La distinction entre ce qui est « sérieux » et ce qui est « jeu » est en conséquence discutable
3. Le jeu permet la mise en égalité de joueurs a priori inégaux (par le « handicap »)
4. Dans un espace régulé par les règles du jeu
5. Celles-ci élaborées par les joueurs lors du jeu
6. À l’intérieur d’un autre espace, l’institution qu’on pourrait aussi concevoir comme espace de jeu, qui permet (devrait permettre), favorise et soutient cette élaboration
7. Donc une succession d’espaces (institutionnels) conçus comme espaces de jeu, espaces intermédiaires, « entre », là où se retrouve la personne handicapée régulièrement
8. Une succession qui, ce serait à étudier, pourrait permettre à cheminer ensemble « hors handicap », en handicapant, si besoin était, la « personne non-handicapée » (cf. Le « handicap » – le terme, son histoire et soin origine)
Reste à discuter la conception du jeu comme réalité ou de la réalité comme jeu, le côté ludique ou sérieux de la réalité. Les auteurs, me semble-t-il, ont des avis divergents.
Commençons avec le « classique », Johan Huizinga, et son livre « Home ludens », « Essai sur la fonction social du jeu » (Gallimard, 1951) :
août
18
L’espace intermédiaire et le jeu : « Jouer, c’est faire » – Donald W. Winnicott
L’environnement joue dans la conception actuelle de la réalité du handicap un rôle prépondérant : une personne telle qu’elle est, avec ses forces et ses faiblesses, ses capacités et ses déficiences, est handicapée seulement quand un facteur environnemental la met « en situation de handicap ». C’est alors un obstacle, – physique, psychique, institutionnel, etc., un facteur extérieur à la personne, « posé devant elle », ob-stacle, insurmontable pour elle avec déficiences -, qui provoque ce que nous appelons aujourd’hui « handicap ». L’environnement, l’espace qui entoure la personne, est en conséquence constitutif, pas seulement du handicap, mais de la personne en elle-même.
« De tout individu ayant atteint le stade où il constitue une unité, avec une membrane délimitant un dehors et un dedans, on peut dire qu’il y a une réalité intérieure, un monde intérieur, riche ou pauvre, où règne la paix ou la guerre. …
Si cette double définition (dedans et dehors, AK) est nécessaire, il me paraît indispensable d’y ajouter un troisième élément : dans la vie de tout être humain, il existe une troisième partie que nous ne pouvons ignorer, c’est l’aire intermédiaire d’expérience à laquelle contribuent simultanément la réalité intérieure et la vie extérieure. » (Donald W. Winnicott ; Jeu et réalité ; L’espace potentiel ; Gallimard, Paris 1975, p. 29s)
Pour Winnicott, cet espace, « l’aire intermédiaire d’expérience », est constitué à partir des « objets transitionnels », qui « sont là, à la place du sein » (p. 31) maternel, et des « phénomènes transitionnels » où le jeu prend une place primordiale :
août
18
Le « rôle d’être handicapé »
« Le mot ‘rôle’ n’avait au début aucune consonance sociologique. Il a pénétré par le vieux français dans l’anglais et le français médiéval. Il est dérivé du mot latin rotula ou rotulus. Ce terme de ‘rôle’ désignait à l’origine quelque chose de concret – le rouleau – puis le rouleau de parchemin sur lequel était écrite la pièce de théâtre dont on parlait. Par une évolution lente, le terme a fini par désigner le texte correspondant à la part que chacun devait prendre à l’action. » (Jacob L. Moreno ; Psychothérapie de groupe et psychodrame ; PUF, Paris 1965, p. 79)
« Le ‘rôle’ peut être défini comme la manière d’être réelle et perceptible que prend le Moi. ‘Nous définissons ainsi le manière d’être et d’agir (functioning form) que l’individu assume au moment précis où il réagit à une situation donnée, dans laquelle d’autres personnes ou objets sont engagés. Le rôle dépend donc de la ‘manière d’être au monde’ d’un individu, de sa situation et dans la position prise par lui dans un groupe donné ou une situation donnée, et de leurs relations réciproques. La représentation symbolique de cette manière d’être et d’agir, perçue tant par l’individu que par les autres, s’appelle le ‘rôle’. Cette manière d’être au monde provient provient des expériences passées et des modes culturels de la société dans laquelle vit l’individu … Tout rôle est une fusion d’éléments privés et collectifs. Chaque rôle a deux aspects : un aspect privé, personnel, individuel, et un aspect social, de groupe collectif. » (p. 81)
« Tout individu – de même qu’il a à n’importe quel moment un certain nombre d’amis et un certain nombre d’ennemis – dispose d’un éventail de rôles dans lesquels il se voit et fait face à un certain nombre de rôles qui lui donnent la réplique (contre-rôles) et que tiennent les autres autour de lui. Ils sont développés à des degrés différents. les rôles dans lesquels un individu agit forment l’aspect tangible de ce qu’on appelle son Moi. … Le rôle est l’unité de culture. Le Moi et le rôle sont en interaction continuelle. » (p. 83)
A partir de ces considérations de Jacob Moreno nous devons nous poser la question si « être handicapé » tient du moi ou est un rôle, rôle attribué par les autres dans le jeu de société qu’est le vivre ensemble.
août
05
Justification du paternalisme (John Rawls) et l’éthique d’avocature (Micha Brumlik)
Le paternalisme est décrié ; pourtant nous nous remettons régulièrement à l’appréciation d’autrui quand nous sommes à la limite de notre capacité de juger une situation et ne savons plus quoi faire : « Docteur, dites-moi, qu’est-ce que vous feriez à ma place ? » Même le médecin comme patient n’est plus médecin, mais patient. Qu’est-ce qui justifie le paternalisme, l’impose même
John Rawls[1] dit :
« Le problème du paternalisme mérite … une discussion, puisqu’il a été mentionné dans l’argument en faveur de la liberté égale pour tous et qu’il concerne une liberté moindre …