Significations du handicap mental 10 – La forme

Significations du handicap mental : 10 La forme

Pour moi, le fond et la forme d’un travail comme celui-ci sont étroitement liés :

  1. par le cercle herméneutique entre terrain et ré-flexion
  2. et, à l’intérieur de la réflexion, par ce qu’on peut appeler le tiers,
    1. le choix des références
    2. et la structure de l’approche.

En principe, pour juger l’ensemble de mon travail, il serait nécessaire de prendre aussi et surtout en considération mon travail comme aumônier d’une grande institution sociale, où, avec les moyens limités qui sont les nôtres, l’aumônerie essaie d’être un lien entre les différentes sphères (hôpital, soins, médecine ; école, enseignement, éducation ; hébergement, accompagnement, éducation, soins ; intendance, services techniques, administration, etc.) et les différents niveaux institutionnels (patients, élèves, résidents ; accompagnants, soignants, thérapeutes ; services et départements ; directions et direction général ; fondation ; réseau des institutions sociales et État), d’habiter ce lien, lui donner corps, et de lui donner du et des sens, fonction par excellence spirituelle (« paracletique, pneumatologique »).

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Les discordances du moi (Simone Romagnoli) : Unité personnelle transductive

« Qui suis-je maintenant ? »

Simone Romagnoli commence son étude[1] sur l’identité avec la question de Sally, une femme transplantée du cœur.

Qui suis-je après l’accident, la maladie, l’opération, l’attaque qui a touché mon cerveau ? Même : suis-je encore quelqu’un, voire suis-je encore ? Ce sont  des questions récurrentes que nous adressent les patients d’un hôpital de neuroréadaption comme celui de Lavigny.

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Soins et spiritualité : le passage au religieux

Jusqu’ici la série de mes articles sur « Soins et spiritualité » servait de préparation au passage décisif qu’est celui vers le religieux, en tant que concrétisation et institutionnalisation du spirituel. Jusqu’à présent je suis resté ambivalent dans l’utilisation des termes « spirituel » et « religieux ». D’un côté j’ai adopté la vision constructiviste de l’aumônerie des hôpitaux du canton de Vaud défendue notamment par Etienne Rochat, de l’autre côté j’ai maintenu le caractère insaisissable et indéfinissable de la spiritualité, en disant implicitement que définir le spirituel nous fait toujours basculer vers le religieux, avec ou sans Dieu. Chaque définition du spirituel a un côté religieux. Cela est particulièrement le cas là où l’individu donne sa vision du spirituel en disant ce qui compte vraiment dans sa vie, en un moment précis, ce que Paul Tillich a appelé « le souci ultime », « the ultimate concern ». Il transpose la sphère du spirituel qui transcende sa conscience en un champ défini, ses soucis ultimes, qui prennent un caractère plus ou moins religieux, donc, pour lui, absolu.

Pour un adolescent par exemple, les copains, l’amitié, le corps et son état d’âme sont des réalités intouchables et « sacrées ». Son champ religieux pourrait ainsi se présenter sous la forme suivante :

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Soins et spiritualité : le spirituel face au modèle bio-psycho-social

Dans une formation interne à l’Institution de Lavigny, Etienne Rochat, pasteur et aumônier du site de Plein-Soleil, a présenté un modèle de soins et d’accompagnement de la « personne institutionnalisée » qui ne tient pas seulement compte de ses besoins corporels, psychiques et sociaux, – le modèle bio-psycho-social – , mais aussi de ses besoins spirituels  :

« Le modèle bio-psycho-social et spirituel est en voie d’implémentation dans divers milieux de soin, notamment les soins palliatifs. L’évaluation structurée de la dimension spirituelle de la personne institutionnalisée peut être associée à une prise en charge et en soin de meilleure qualité. »

A partir du constat que la couche biologique, à travers la médecine, est devenue régulatrice du psychique et du social, il se pose la question de la place du spirituel. Ce dernier, dans une approche constructiviste, est volontairement défini comme équilibre composée de ce qui fait

- sens (S)

- transcendance (T)

- identité (I)

- et valeur (V)

pour la personne hospitalisée ou institutionnalisée :

à chaque dimension (S, T, I et V) correspond des besoins et l’équilibre globale des quatre, « le STIV », est ce qu’Etienne Rochat définit et appelle le spirituel (dans la ligne de travaux antérieurs).

La transcendance est le fondement extérieur de la personne, ce qui la fonde et l’enracine au plan existentiel.

L’identité se combine d’une part des trois éléments S,T et V, ce qui permet le passage du général au particulier, des aspects psychosociaux qui permettent un maintien de la singularité de la personne d’autre part.

La grande nouveauté est maintenant l’introduction du spirituel, à côté du biologique, comme régulateur du psychique et du social.

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Assistance au suicide et institutions sociales : quelles valeurs mettre en avant ?

La situation telle qu’elle peut se présenter concrètement dans un établissement où le médico-social et le socio-éducatif ainsi que le privé et le public se côtoient et interagissent est complexe ; une multitude de facteurs et de valeurs qui sont en jeu, se confrontent et se contredisent parfois :

-          Le respect et la protection de la vie

-          Suicide ou « autodélivrance » ; respect de la liberté, c’est-à-dire principe d’autonomie, ou « délivrance », c’est-à-dire principe de bienfaisance et de non-malfaisance ? Bioéthique et paternalisme :

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