11.10 La condition humaine comme condition judéo-chrétienne

Significations du handicap mental : 11.10 La condition humaine comme condition judéo-chrétienne

La tradition judéo-chrétienne déduit la dignité humaine de l’imago dei, de la conviction que l’homme est image de Dieu, à reconnaître et à protéger en tant que telle. Source première est évidemment le récit de la création en Genèse 1,26s où Dieu (se) dit :

« Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. » (TOB)

Par rapport à ce verset la TOB note en bas de page :

« Les termes image et ressemblance définissent l’homme (l’homme et la femme comme le souligne le v. 27) » (traduction œcuménique de la bible, note r)

« Dieu créa l’homme à son image, à l’image de Dieu il le créa ; mâle et femelle il les créa. » (Genèse 1,27)

Dans le Nouveau Testament l’affirmation de la Genèse est parfois lue au niveau anthropologique (1 Corinthiens 11,7), Continue reading

Le handicap sévère, pour toi, pour moi

Tout simplement, pragmatique

Faire avec, vivre avec ; pas eux, mais toi, moi

Objectivement

Le sens, l’ultime, Dieu ? Révolte, interrogation, résilience, foi, scandale, dans le désordre

L’homme, enfin humain ; sa dignité, sa condition – la condition humaine

Ecce homo, voire ecce, rien qu’ecce ; être dans le miroir

La science, la médecine, l’État, l’Église, l’université, l’éthique, la philosophie et la théologie, la religion et le savoir, toute institution

A la limite, impuissants, jugés, coupables

Relation, à l’état pur

Toi, moi, nus, sans autre intention ; tout ou rien

« Ich und Du », « Je et Tu », dépouillés, au commencement

Dérision

Un sourire

Dieu clown, hic et hunc

Humour, espérance, joie, partage, connaissance plus profonde, mystique

« A demain, oui, à demain ; promis. »

Être là, c’est tout ; et « da sein » devient « Dasein » ; humilité

Grâce ?

Dieu misérable

Toi-même « selbst-los »

Condition handicapée, condition humaine, condition chrétienne, toi-même, enfin.

Résurrection, est-ce cela ? La gloire de Dieu, et de l’homme ?

Armin Kressmann 2011

 

Qui suis-je ? L’identité « Unité personnelle transductive » (Simone Romagnoli)

La conception de l’unité personnelle transductive est proposée par Simone Romagnoli (Les discornaces du moi, Essai sur l’identité personnelle ; Presses Universitaires de Nancy, Nancy 2010, p. 123s). Elle désigne .

  1. « L’unité de l’être humain en tant que personne (selon une conception unifiée de la personne reposant sur l’image du corps). … L’être humain est une certaine sorte d’animal qui développe une image du corps dont le moi (conscient) est l’une des composante mais pas la seule. Ce qui signifie que … ‘être une personne’ est une propriété spécifique de l’homme … »
  2. « L’unité transductive de l’être humain en tant que personne … il faut sortir d’une logique identitaire où la personne (le moi conscient) n’est qu’une chose (substantielle) habitant le monde objectif et de ce fait véhicule une conception ‘impersonnelle’ et ‘stable’ de la personne – mais aussi où la personne n’est qu’un pur esprit, une subjectivité auto-fondationnelle -, pour aller vers une nouvelle conception qui s’écarte de l’idée que l’on puisse déterminer positivement l’essence de la personne individuelle et singulière. »

Charly :

« Dieu ? L’homme qui aime, sans faille.

La conséquence ? La croix.

Donc Dieu ? L’homme fragile qui accepte sa fragilité, sans faille.

Donc l’homme ? Comme Dieu, mais fragile, faillible.

L’homme infaillible ? L’homme qui se prend pour Dieu, sans  Dieu. Autrefois on disait : le péché. »

Axiomes et postulats sur le handicap

Au niveau des représentations, le « handicap » surgit là où il y a confrontation de déficience, d’incapacité, voire de simple différence, avec « institution », avec le fait institutionnel (l’ordre social institué, c’est-à-dire avec une dimension de droit positif, lois, normes et règles). C’est le postulat principal de mes recherches.

Il s’inscrit dans un enchaînement d’axiomes et d’autres postulats :

-  Tous les êtres humains sont des humains. Cela semble évident, voire trivial, mais ne l’est pas quand on admet que c’est la reconnaissance comme humain qui nous rend humain devant les humains.

« La remise en cause de la qualité d’homme provoque une revendication quasi biologique de l’appartenance à l’espèce humaine. Elle sert ensuite à méditer sur les limites de cette espèce, sur sa distance à la ‘nature’ et sa relation avec elle, sur une certaine solitude de l’espèce donc, et pour finir, surtout à cnocevoir une vue claire de son unité indivisible. » (Robert Antelme ; L’espèce humaine ; Gallimard, Paris 1957, p. 11)

- Tous les humains sont des personnes.

- Nous sommes tous concernés et sollicités par le phénomène « handicap », tous  confrontés aux questions qu’il pose, dans notre humanité et dans notre personnalité.

- Le phénomène « handicap » nous interpelle dans notre essence, notre soi-même (« self » ou « Selbst ») et notre compréhension de nous-mêmes. Il rend aiguë et problématique la distinction entre l’avoir et l’être, ce que nous avons et ce que nous sommes.

- Il nous touche dans notre existence.

- Il nous place devant une transcendance (quelqu’un ou/et quelque chose qui nous dépasse ; « Dieu »).

- Enfin, l’institution, dans le sens le plus vaste, est la clé du phénomène « handicap », du fait « d’être ou ne pas être handicapé ». C’est l’institution, le fait institutionnel, la confrontation avec ce qui est institutionnalisé qui produit le handicap. Ce qui dérange l’institution est handicapé.

- Le phénomène « handicap » pousse toute institution à sa limite ; il met les institutions, – le langage, la pensée et la raison, la philosophie et la théologie, la loi et le droit, l’éthique, la médecine, l’école, la famille, l’État, l’Église, l’éducation, le mariage, etc. -, en situation de handicap.

- Mais c’est aussi l’institution, – en quelque sorte en tant que méta-institution, donc à un niveau supérieur  -, qui permet aux institutions d’assumer le phénomène handicap.

Armin Kressmann 2010