La vulnérabilité – une catégorie morale ? (Nathalie Maillard)

Si vous achetez le livre de Nathalie Maillard[1], vous en aurez au moins trois :

  1.  Une étude approfondie des différentes conceptions de l’autonomie et leur histoire,
  2. la partie sur la vulnérabilité comme nouvelle catégorie morale, tel le titre du livre, mais finalement sans point d’interrogation, et
  3. une confrontation entre la pensée de Paul Ricœur et celle d’Emmanuel Lévinas, toujours dans la même perspective, amenant le lecteur à cette limite qu’est celle entre la philosophie et la théologie (ou le religieux) : le rapport à l’autre quand l’autre est tout-autre.

Le parcours est exigent, mais finalement indispensable si on ne veut plus confondre ni les différentes formes de l’autonomie et celles-ci avec la liberté de choix et l’autodétermination,  ni la vulnérabilité avec la dépendance ou la faiblesse, ni les besoins avec les capacités, etc. etc. L’univers des soins, de l’éducation et de l’enseignement ne pourra qu’en profiter. Ce travail est à faire, d’autant plus que ces différentes notions sont parfois avancées dans les milieux de soin ou d’éducation non pas pour défendre les personne accueillies, mais dans l’intérêt des institutions qui les accueillent.

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Wittgenstein au front : devant la question de Dieu et du sens de la vie

« Que sais-je de Dieu et du but de la vie ?

Je sais que le monde existe.

Que je m’y trouve comme mon œil dans mon champ visuel.

Qu’il y a quelque chose de problématique, ce que nous appelons son sens.

Que ce sens ne réside pas en lui, mais en dehors de lui.

Que la vie est le monde.

Que ma volonté est bonne ou mauvaise.

Donc que le bien et le mal ont quelque chose à voir avec le sens du monde.

Le sens de la vie, c’est-à-dire le sens du monde, nous pouvons l’appeler Dieu.

Et y relier la comparaison de Dieu à un père.

Prier, c’est penser au sens de la vie.

Je ne puis plier les événements du monde à ma volonté : je suis totalement impuissant.

Je puis seulement me rendre indépendant du monde – et donc, dans un certain sens, le maîtriser – en renonçant à toute influence sur ces événements. »

Ludwig Wittgenstein ; Journal 11.6.1916 ; Ray Monk ; Wittgenstein ; Flammarion 2009, p. 148

L’âme d’une institution, sa liberté

Suite aux réflexions qui mettent en lien direct l’âme avec la liberté, voir « Spiritualité : âme et liberté », nous voulons nous tourner vers ce qui habite une institution en tant qu’organisation.

Le dictionnaire (Petit Robert), parmi les différentes définitions du mot « âme », religieuses et non-religieuses, donne ces deux-ci :

-   « Ensemble des états de conscience commun aux membres d’un groupe »

-   « Partie essentielle, vitale (d’une chose) »

L’âme d’une institution sociale est en conséquence sa partie vitale, comprise et partagée dans la conscience de ses membres. L’âme, ce qui fait vivre une institution, est de l’ordre du spirituel ; l’institutionnel, – les lois, les règles et les procédures -, n’est que la structure, l’ossature qui doit être habitée et animée. L’institutionnel, ce sont les règles du jeu qui définissent le jeu, mais celles-ci ne sont pas à confondre avec le jeu en lui-même. Comme Charly l’a déjà relevé, la direction d’une institution en tant que garante des règles, doit rester hors jeu pendant le jeu ; ce sont les joueurs sur le terrain, défini lui par les règles du jeu, qui jouent leur match, peut-être le match de leur vie. Mais pendant le match, sur le terrain même, l’espace de jeu, la direction n’a rien à faire, sinon d’échanger les joueurs qui ne correspondent pas à ses attentes. La même chose, d’une manière encore beaucoup plus stricte, est valable pour l’État et ses représentants.

L’image du jeu est une illustration du fait évoqué qu’autonomie est toujours hétéronomie choisie. En se soumettant consciemment et librement à des règles données, le joueur acquiert la liberté dont il a besoin pour jouer son jeu, en équipe avec les autres joueurs, et c’est ainsi qu’il devient sujet, librement assujetti aux règles qu’il a fait les siennes. La même logique s’applique à l’ensemble : l’âme d’une institution sociale, sa liberté, sa vie est ce qui est donné quand, dans cet ensemble, les uns et les autres, au moment du jeu, lâche prise et font confiance aux autres, à l’intérieur d’un espace donné et défini par les règles du jeu. Restons attentifs aux procédures, qui ne peuvent être que des traits de jeu qu’on a élaborés et entraînés hors jeu, mais qu’on ne peut jamais imposer en tant que telles dans le jeu lui-même. C’est l’âme qui fait le jeu, la liberté de jeu, dans le jeu, de jouer, à l’intérieur des règles, même avec les règles du jeu.

Armin Kressmann 2010

Spiritualité : âme et liberté

Quand on parle d’esprit et de spiritualité, inévitablement, on est amené à penser à l’âme, qui, déjà par son étymologie, est de la même catégorie.

Le mot « âme » vient de l’indo-européen « ani-, ane- » qui véhicule une idée de souffle[1], « respirer, souffler », « animus » en latin, « atmen, hauchen » en allemand. Il est intéressant de relever que la même racine « an- » comme onomatopée désigne les an-cêtres, « die Ahnen » en allemand, et signifie en soi comme particule démonstratif « là, de l’autre côté », enfin « l’autre ». Nous sommes donc dans le champ de l’altérité, de ce qui anime et de ce qui vit, « l’animal ».

François Vouga et Jean-François Favre dans leur livre « Pâques ou rien »[2] donne une définition intéressante de ce qu’est l’âme.

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Handicap et folie : entre transcendance et immanence

L’altérité de l’autre dans mon immanence me permet de me transcender moi-même et d’atteindre un degré d’autonomie que je ne pourrais jamais atteindre sans l’autre, et plus dépendant cet autre est, plus il est pour moi invitation à me laisser transcender par son altérité.

C’est ainsi que je conçois l’altérité,  comme

« transcendance immanente » ou « hétéronomie autonome »[1].

Et les figures, si j’ose les appeler ainsi, qui représentent cette altérité transcendante dans l’immanence de la manière la plus radicale sont

-          le polyhandicap,

-          « la folie » (les psychoses graves ou le Grand Mal en épilepsie)

-          et les maladies dégénératives graves.

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